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Sid Belhaj : « Le ballon est plus facile à manier que la canne à pêche »
L’équipe de France de futsal lancera son Euro mercredi, contre la Croatie, à Riga. Parmi les tauliers du groupe, Sid Belhaj vient d’entrer dans l’histoire en battant le record de sélections (152). Le moment parfait pour revenir sur son passage à l’OL, son amour du futsal et son job de vendeur chez Decathlon, qu’il ne lâcherait pour rien au monde.

Tu t’apprêtes à jouer ton troisième tournoi majeur avec les Bleus. Comment tu te sens ?
Trois compétitions majeures, ça commence à être pas mal sur le CV ! Je me sens bien. J’ai fait une super saison et je me suis blessé deux fois coup sur coup. Je n’ai pas touché le ballon pendant un mois, ça m’avait manqué. J’avais un peu peur de mon état de forme car rien ne remplace le terrain, mais j’ai bien travaillé, je suis très satisfait de mon état de forme. Je me suis bien préparé physiquement, je suis prêt pour cette compétition. On va tout faire pour mieux figurer qu’en 2018 (nul contre l’Espagne, défaite contre l’Azerbaïdjan et élimination au premier tour, NDLR).
Que serait un Euro réussi pour toi ?
Sortir des poules, puis prendre les matchs comme ils viennent. Pourquoi pas faire comme à la Coupe du monde, une demi-finale ce serait bien ! Il faut être ambitieux, ne pas se fixer de limites, mais aussi rester humble. Même si on a fait un super résultat à la Coupe du monde, ce serait un peu prétentieux de dire qu’on est favori alors qu’on n’a jamais gagné un match à l’Euro. On fait partie des outsiders.
Tu ressens quoi quand tu fais ta valise avant un grand tournoi, sans savoir exactement pour combien de temps tu pars ?
T’es un peu comme un gamin de primaire qui prépare ses affaires pour aller en colonie ou en classe de mer. C’est exactement la même sensation. Tu es pressé, tu prépares ta valise deux ou trois jours avant, tu vérifies bien que tout y est. Je suis d’un naturel assez tête en l’air donc ça m’est déjà arrivé d’oublier des trucs. Heureusement, le plus important, c’est le passeport et les chaussures, et je les ai toujours (Rires.) C’est vraiment la même sensation que quand tu es gamin, tu es impatient, tu as les fourmis dans le bas du ventre. D’autant que j’avais raté les deux derniers rassemblements donc j’étais très content de retrouver le groupe.
J’ai grandi avec l’équipe de France version Zizou, avec cette génération qui a marqué l’histoire du sport français. C’est ce dont je rêvais au départ. Je pense que je me suis quand même bien rattrapé.
C’était un rêve de pouvoir vivre de tels moments ?
Bien sûr. Quand j’ai commencé le futsal, c’était par curiosité et par plaisir. Je n’imaginais pas un jour atteindre ces altitudes. Je ne me suis jamais fixé de limites non plus, j’ai toujours essayé de faire au maximum de mes capacités et voilà. Je n’ai pas commencé le futsal en me disant que je ferais une demi-finale de Coupe du monde ou que je jouerais des compétitions internationales. C’était très loin pour moi.
Tu rêvais plutôt du maillot de l’équipe de France de foot étant gamin ?
Oui bien sûr ! J’ai grandi avec l’équipe de France version Zizou, avec cette génération qui a marqué l’histoire du sport français. C’est ce dont je rêvais au départ. Je pense que je me suis quand même bien rattrapé. Je suis fier de porter le même maillot et d’être à Clairefontaine pour me préparer, au même titre que les joueurs de l’équipe de France.

Tu as passé un essai à l’OL à ton adolescence. Comment tu te situais par rapport à Rachid Ghezzal, Jordan Ferri et cette génération ?
Franchement, je n’ai pas senti d’écart entre eux et moi. J’étais milieu gauche, je jouais et je m’entraînais avec eux, c’était une super expérience. Malheureusement, je ne suis pas allé plus loin. C’est comme ça. Je ne regrette pas, j’ai aussi réussi à faire une belle carrière de mon côté. Chacun a pris son chemin et je suis très content de ce que j’ai fait.
Pourquoi ils ne t’ont pas gardé ?
Les choses se sont mal goupillées. Si ce n’était qu’une histoire de niveau, ils m’auraient signé, mais j’avais contracté une pubalgie en plein milieu de saison donc ils n’ont pas pris de risque.
Puisque ce n’était pas une question de niveau, pourquoi tu n’as pas essayé de rebondir ailleurs ?
Je ne voulais pas me retrouver à devoir aller à l’autre bout de la France ou à l’étranger, avec un agent que je connais à peine, faire des essais à droite à gauche. Ça ne m’intéressait pas. Je me suis concentré sur mes études. Un de mes potes faisait du futsal à haut niveau, il m’a invité à venir m’entraîner et je suis tombé sur un super coach qui m’a appris les bases. Il a vu mon potentiel et m’a proposé de faire la reprise au mois d’août. J’avais 18 ans, les cours n’avaient pas encore repris, donc j’y suis allé. Finalement, je ne me suis jamais arrêté.
Je vomissais tellement c’était compliqué pour le cardio, j’avais l’impression de ne pas avoir d’air pour respirer. Il m’a fallu un peu de temps pour m’habituer.
La plupart des joueurs passés par le foot disent ressentir beaucoup plus de plaisir en découvrant le futsal. Toi aussi ?
Franchement, ouais. Tu découvres un sport complètement différent, une autre manière d’appréhender le jeu. Dès mes premiers entraînements, j’étais avec des joueurs qui avaient connu le plus haut niveau en Espagne, des Brésiliens, etc. C’était une révélation. Tu touches beaucoup plus la balle, tu es beaucoup plus impliqué dans le jeu offensivement et défensivement, tu n’as jamais le temps de souffler. En revanche, physiquement, c’était compliqué. Je vomissais tellement c’était compliqué pour le cardio, j’avais l’impression de ne pas avoir d’air pour respirer. Il m’a fallu un peu de temps pour m’habituer.
Tu es arrivé en équipe de France à peine un an après avoir commencé le futsal, c’est assez fou.
C’est vrai, c’est allé hyper vite. Pour mon premier match de D1, le coach me fait entrer et je marque sur mon premier ballon. Dès ma première saison, on joue la finale du championnat et de la coupe, je suis avec l’équipe de France U21 et je découvre Clairefontaine – quand tu te retrouves dans la chambre de Thierry Henry ou de Zidane, ça fait quelque chose ! Et dans la foulée, en octobre 2012, je suis appelé chez les A. Première sélection à Angers, contre la Biélorussie, et pareil, je marque sur mon premier ballon. Vraiment un conte de fées, comme dans Téléfoot !
À l’époque, ça ressemblait à quoi, un rassemblement de l’équipe de France ?
C’était très différent : l’usage était d’organiser des doubles confrontations. On se retrouve le dimanche soir, on voyage le lundi, on s’entraîne le mardi, un match le mercredi et la revanche le jeudi. C’était express, tu n’avais pas trop le temps de mettre des choses en place. Aujourd’hui, c’est comme en football : les rassemblements sont plus longs et tu affrontes des adversaires différents. La fédé a mis beaucoup de moyens pour qu’on soit dans des conditions optimales. On est passé d’un cadre semi-pro à un cadre professionnel. Par exemple, à l’époque, on avait le droit à un maillot par rassemblement et il n’était pas forcément à notre taille. Aujourd’hui, on peut garder le maillot en cas de victoire ou de nul, même parfois quand on perd. Ce sont des maillots floqués à nos noms de manière systématique. C’est complètement différent.

Tu savoures encore plus aujourd’hui, compte tenu de vos conditions de travail à tes débuts ?
Grave. Quand tu as connu des conditions différentes, tu sais d’où tu viens, tu gardes ça en tête et tu savoures encore plus. Tu essaies aussi de transmettre ça aux jeunes qui arrivent. On en rigole mais c’est bien d’expliquer tous les sacrifices qu’on a dû faire, le travail qu’on a dû accomplir, pour pouvoir en arriver là.
Comment on se sent quand on devient le recordman de sélections de l’équipe de France ?
Il y a beaucoup de fierté et de satisfaction d’avoir pu contribuer à développer le futsal en France, d’avoir charbonné et d’avoir fourni un tel travail. Rester 14 ans au plus haut niveau, ce n’est pas facile, ça demande beaucoup de sacrifices. C’est bête à dire, mais je suis heureux de voir que le travail paie. Ce n’est pas fini, je ne me fixe pas de limites pour la suite.
Dans la légende de l’Equipe de France Futsal ⭐️ En honorant ce soir sa 1️⃣5️⃣2️⃣e sélection, Sid Belhaj devient le joueur le plus capé de l’histoire des Bleus 🇫🇷 pic.twitter.com/5hd6QMXOkv
— FFF (@FFF) January 15, 2026
C’est plutôt cool d’être le Hugo Lloris du futsal français !
(Rires.) Oui, c’est cool ! Tous les records sont faits pour être battus, après moi il y en aura d’autres, c’est la vie. La plus grande fierté, c’est qu’entre le moment où je suis arrivé et aujourd’hui, il y a eu beaucoup de progression. C’est ça que je retiens le plus. Je suis très proche de Djamel (Haroun, détenteur de l’ancien record et actuellement dans le staff de l’équipe, NDLR), il m’a bien accueilli à mes débuts et il a toujours cru en moi. Il a été comme un grand frère, donc c’est un beau clin d’œil. Il a toujours voulu et pensé que ce serait moi qui battrais son record.
J’aime beaucoup mon travail donc pourquoi arrêter ? Autant préparer l’avenir dès maintenant et mettre à profit le temps que j’ai.
Tu es encore jeune (33 ans), tu te vois aller chercher les 200 ?
Je ne sais pas, ça dépend de trop de paramètres. Je ne me dis pas que c’est impossible, on verra. Tant que je suis performant et qu’on compte sur moi, je serai là pour l’équipe de France.
Tu es le seul joueur de cette équipe de France qui travaille à côté, en tant que vendeur chez Decathlon. Pourquoi un joueur avec ton CV ne se concentre pas sur son sport ?
J’ai commencé à bosser en m’apercevant que je pouvais être performant sur les deux tableaux. J’aime beaucoup mon travail donc pourquoi arrêter ? Autant préparer l’avenir dès maintenant et mettre à profit le temps que j’ai. Même dans les moments où je suis fatigué, ce plaisir, le fait d’évoluer avec des gens que j’apprécie, ça me donne un coup de boost pour assumer les deux. Ça fait partie de mon équilibre. Ça t’apprend aussi à être discipliné, rigoureux au quotidien dans ton alimentation et ton sommeil. C’est tout bénef.
À quoi ressemble ton emploi du temps lors d’une semaine classique ?
J’ai la chance d’avoir un responsable et des collègues qui font tout pour que je puisse m’épanouir et être performant. Je suis en temps partiel donc je bosse quatre après-midi par semaine. On s’entraîne de 12h à 13h30. Douche rapide, je prends ma moto, je mange en 15 minutes et je commence le travail à 14h30, jusqu’à 20h – 20h30. Le mardi et le mercredi, je fais ma muscu avant l’entraînement donc ce sont des jours assez hard. L’avantage, c’est que tu n’as pas le choix de te coucher tôt le soir ! Je mets mes chaussettes de récup tous les jours, je m’hydrate, je mange bien, je fais attention à mon sommeil. C’est la base pour assumer.
Qu’est-ce qui te plaît dans ce job ?
Le contact avec les gens, et puis je suis dans un environnement de travail hyper sain. Je suis affecté sur plusieurs rayons : foot, sports de raquette et nature. Je m’épanouis beaucoup dans ce que je fais.
Tu avais déjà des familiarités avec les sports de raquette ou les sports de nature ?
Pas trop, non. (Rires.) Mais c’est bien, ça te fait découvrir des choses. Depuis que je bosse chez Decathlon, je me suis mis à la pêche. C’est cool. Le tennis, le padel, le ping-pong, tu connais, mais tu es obligé de grimper en compétences et d’apprendre des choses qui sont plutôt réservées aux experts. Ça me plaît.
C’est en parlant avec des clients ou des collègues que tu t’es intéressé à la pêche ?
Un collègue qui était pêcheur m’a appris beaucoup de choses, c’était très intéressant, donc j’ai suivi. Je ne suis pas un gros pêcheur mais ça m’arrive d’y aller de temps en temps. Je pêche en mer, au Maroc, pendant l’été. Ça me permet d’être au calme, de me ressourcer, tranquille. J’attrape des poissons, mais c’est très technique. On ne le sait pas forcément de l’extérieur, c’est compliqué au début. Le ballon est plus facile à manier pour moi que la canne à pêche !
À quoi ressemble le futur camp de base des Bleus aux États-Unis ?Propos recueillis par Quentin Ballue


















































