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  • Brésil/Corée du Nord (2-1)

Samba triste

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Samba triste

Luis Fabiano, Kaka, Robinho, Julio Cesar... les stars de l'équipe brésilienne ont bien failli se faire torpiller comme une vulgaire barquette sud-coréenne par onze moustiques rouges décomplexés 45 minutes durant, avant de se recroqueviller à tort sur leur but.

10e minute : le petit bonze Jong Tae-se sacoche sans se poser de questions, puis In-Guk tente un lob impudique de 35 mètres (15e). Les Brésiliens hallucinent. Se sont fait voler leur football. Le Joga Bonito porte un maillot rouge, et les jaunes sont comme amnésiques : Kakà a beau chercher aux quatre coins du terrain, il est infoutu de retrouver sa place, multiplie les « passes-à-qui-? » et prend vent sur vent sur ses appels de balle. Pire : le Nord-Coréen est taquin. Chaque fois que Myong-guk a le ballon entre ses poignes, il s’amuse en envoyer un missile à l’autre bout du terrain, jusqu’à Julio César, comme pour dire aux cadors brésiliens : allez, try again. Et les jaunes de répéter l’exercice, façon handball. Des types arrêtés, disposés en arc de cercle autour de la surface de réparation, et qui se passent la baballe. On croyait que la France était la seule nation à avoir troquer le foot pour le hand, mais apparemment, le Brésil a suivi la tendance. A sa sauce : les passes se font de la semelle et après deux passements de jambes, pour le cirque. Devant le verrou coréen, les auriverde finissent par revenir en arrière, tentent une ouverture de 40 mètres pour les bras de Myong-guk, au mieux, ou doit s’en remettre aux malabars de Bastos à 35 mètres (34e, 60e).

Mais c’est finalement de la droite brésilienne que viendra le salut : sur une percée tout kostadinovienne de Maicon bouclée par une frappe angle mort qui longe la ligne de corner, puis s’infiltre entre le poteau et le goal coréen, pris par surprise pour avoir anticipé le centre en retrait. 1-0, on sait la Corée du Nord foutue, et mine de rien, on aurait presque tendance à ne pas trouver ça très juste. Le Brésil n’a plus alors qu’à dérouler. Ce qu’il fait assez mal, jusqu’à l’éclair de génie de Robinho de la 70e minute. Une passe « à la Kakà » -merde, il est où Kakà ?-, limpide, qui transperce la défense dans la grande diagonale jusqu’à l’horrible Elano et son physique à chevaucher la moto de Tonnerre Mécanique -d’ailleurs lui aussi ne doit aller vite que si on ajoute une bonne dose d’effets spéciaux cheap-. Plat du pied, sécurité, deux zéros. On croit les Nord-Coréens bons pour la peine de mort en rentrant au pays et puis, bam, de nulle part surgit Ji Yun-Nam, qui sur une superbe remise de Tae-se, sacré bonhomme, s’infiltre comme John Stockton dans la raquette, feinte la frappe, mais pas le but. 2-1, les rouges joueront, en vain, leur chance jusqu’au bout.

Les grandes équipes de cette coupe du monde, Allemagne exceptée, démarrent cette coupe du monde avec le frein à main rudement serré. On pourra toujours dire que les calendriers sont surchargés, que les physiques sont émoussés, que le ballon est tout pourri, qu’il fait froid, ou chaud, ou les deux en même temps, que les vuvuzelas empêchent la communication, que les médias abîment les ambiances club-med des équipes… mais ce qu’on retiendra de ce Brésil-Corée du Nord, c’est que le seul Brésilien sur le terrain avait la tronche de Ronaldo, la taille de Wayne Rooney et des yeux bridés : il s’appelle Jong Tae-Se.

Giovani Seri

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