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Sahin, l’indispensable de Dortmund

Par Charles Alf Lafon
4' 4 minutes
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Sahin, l’indispensable de Dortmund

Même si Klopp peut enfin compter sur un milieu de terrain - presque - au grand complet, il lui manque encore Nuri Şahin. L'absence de son véritable maître à jouer est d'autant plus problématique que le BVB est quasiment dans l'obligation de remporter la DFB-Pokal pour voir l'Europe.

Après des mois de galère, Nuri Şahin est pour la première fois titulaire de la saison le 31 janvier pour le début de l’Hinrunde face au Bayer Leverkusen. Alors au fond du trou, Dortmund tient un bon nul 0-0. Si Augsburg renvoie ensuite le BVB à ses démons, la suite est beaucoup plus réjouissante, le club remontant tranquillement au classement en enchaînant les victoires. Tout est quasiment pardonné lorsque le tarif standard (3-0) est infligé aux Knappen de Schalke. Mais si Dortmund remporte le Revierderby, il perd peut-être bien plus ce jour-là. En effet, à la 87e minute, juste après la dernière réalisation de Reus, Şahin cède sa place à Sebastian Kehl.

Depuis, le premier prodige de l’ère Klopp n’a plus jamais refoulé la pelouse, le BVB a balbutié son football, et les résultats ont été à l’avenant. Une qualification dans la douleur face au Dynamo Dresden, deux nuls vierges et sans saveur contre Hambourg et Cologne, la faillite de Turin, un sursaut d’orgueil contre Hanovre, une leçon d’efficacité bavaroise. Toutes compétitions confondues, cela fait donc deux victoires (contre un club de 3. Liga et un candidat à la descente), deux nuls (pas mieux), deux défaites (des mastodontes, certes), et zéro but inscrit à domicile. Avec Nuri titulaire, le BVB a empoché la bagatelle de 2,16 points par match, contre 0,95 sans. Des chiffres à prendre avec des pincettes, l’échantillon sahinien ne portant que sur six rencontres, mais qui illustrent bien son importance, surtout comparé à la saison dernière, où il a disputé l’intégralité des matchs. Au-delà des chiffres bruts, c’est la manière qui a pêché.

No Nuri No Party

La contribution de Şahin est invisible sur la feuille de match (un seul but, aucune passe décisive). Pourtant, le Turc est peut-être le joueur le plus important, celui qui dicte le tempo et conserve le ballon, pour le passer court à Reus, Kagawa, Mkhitaryan, quiconque se trouvant derrière l’attaquant, ou long, d’une superbe ouverture. Aucun autre milieu du Borussia ne distribue aussi bien que lui. Sans Nuri, Klopp alterne entre Kehl et Bender aux côtés de Gündoğan. Deux joueurs évidemment plus physiques, infiniment moins techniques, qui ont trop souvent tendance à balancer de longs ballons devant. Soit tout l’inverse du plan de jeu habituel. Ainsi, l’une des seules fois où Dortmund a été dangereux samedi face au Bayern, c’est lorsque Bender a réalisé un contrôle orienté pour se mettre dans le sens du jeu, brisant ainsi la ligne adverse, avant de transmettre simplement devant lui. Du Nuri Şahin dans le texte qu’est incapable de reproduire avec régularité l’Allemand.

Pourtant, Nuri s’était déjà perdu au Real lors du dernier sacre en Bundesliga du BVB, remplacé par un joueur qu’il considère comme son petit frère : İlkay Gündoğan. Et lors de la finale de la Ligue des champions 2013, c’est bien l’hériter qui tient les siens à bout de bras, inscrivant même un penalty, alors que Nuri, revenu la queue entre les jambes en prêt, n’entre que dans les arrêts de jeu d’un match que vient de plier Arjen Robben. À l’époque, la combinaison Bender-Gündoğan est parfaite. Sauf qu’ils ont eux aussi été depuis plombés par les blessures, et ne courent plus autant qu’avant. S’il n’a jamais été demandé à Sven de faire des passes, İlkay n’a clairement plus le tranchant d’avant. Il a besoin d’aide, surtout en Bundesliga, où les équipes ont tendance à se regrouper pour défendre.

Şahin affamé

Depuis le retour en janvier 2013 du fils prodigue, l’association Şahin-Gündoğan est tout simplement la plus efficace sur le plan comptable, juste devant Şahin-Bender et Şahin-Kehl. Parce que contrairement aux autres, Nuri a réussi à devenir un joueur bi-dimensionnel. Évidemment essentiel en attaque, ce qui lui a notamment valu d’être élu joueur de la saison en Bundesliga 2010-2011 après un exercice à six buts et huit assists, et un transfert au Real dans la foulée. Moins directement impliqué cette saison, il permet pourtant à Dortmund d’inscrire 2,16 buts par match lorsqu’il est sur le pré, contre un tout petit pion lorsqu’il est en tribunes. Seul Marco Reus a un effet similaire aussi drastique sur l’efficacité offensive des Schwarzgelben.

De plus, Nuri s’est aussi mué au fil des années en récupérateur fiable, systématiquement au bon endroit au bon moment, taclant toujours à la perfection, presque enfin correct de la tête. Une sorte de Xabi Alonso, clef de voûte de son équipe. Malheureusement pour le BVB, un mois après Schalke, Şahin n’est toujours pas sur pied. Au grand désespoir de Klopp : « Nuri continue son traitement. Donner une date de retour ne changera rien. Je ne sais pas combien de temps il faudra attendre avant qu’il soit de nouveau en pleine forme » . En attendant, Dortmund devra se défaire d’Hoffenheim sans lui, et prier pour qu’il revienne vite. L’Europe est en jeu.

Mais d’où viennent ces secondes de décalage avec la télé d’à côté ?

Par Charles Alf Lafon

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