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Rétro Danemark 92: Entretien Kent Nielsen

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Rétro Danemark 92: Entretien Kent Nielsen

Kent Nielsen était le défenseur central très costaud du Danemark 92. Il formait la paire axiale avec le capitaine Lars Olsen. A l'Euro, il avait 30 ans et achevait son bail de trois ans à Aston Villa (1989-92). Il faisait partie des 7 joueurs passés par Brondby (1987-89) parmi le onze danois qui a disputé la finale contre l'Allemagne. Aujourd'hui, Kent est l'entraîneur du Brondby IF (D1 danoise).

Où étiez-vous tous quand vous avez appris que la Yougoslavie était exclue de l’Euro ?

J’étais au pays, parce que j’avais fini la saison en Angleterre avec mon club, Aston Villa. Mon contrat avec Aston Villa était fini. J’étais revenu au pays et je jouais dans un club danois, pour les dernières journées du championnat. Il y avait ces rumeurs comme quoi la Yougoslavie serait exclue et qu’on ait des chances de les remplacer. Ce fut une grosse surprise ! On savait que ça pouvait arriver. C’était dans l’air, dans les médias, la guerre là-bas…

Vous n’étiez donc pas du tout partis en vacances ?…

Quelques joueurs étaient partis. Le reste des sélectionnés était là. On avait un match amical à jouer contre la CEI. Je l’ai joué : c’était ma 50ème sélection ! Pendant le rassemblement, on entendait parler de plus en plus de la possibilité que nous allions en Suède : on nous a demandé à tous de laisser nos numéros de téléphone et de se tenir prêt, au cas où. On a regagné nos clubs, et on attendait.

De combien de temps effectif avez-vous bénéficié pour vous préparer à l’Euro ?

Une bonne dizaine de jours, je crois. Mais, certains comme moi s’entraînaient déjà en club.

Contre l’Angleterre ?

C’était un match très tendu. Pas terrible… Mais, bon : 0-0. On était content de ramener un point, et ça nous a apporté une grande confiance pour la suite. On s’est dit : « OK, on est bel et bien dans ce tournoi. Maintenant on y va ! » . Contre la Suède, on perd 1-0 contre l’organisateur. Mais on a senti qu’on aurait pu faire match nul…

Et contre la France ? Vous étiez impressionnés par cette équipe qui avait gagné ses 8 matchs sur 8 en éliminatoires ?

Oui, bien sûr ! En plus, il y avait ces grands noms : Papin, Cantona, etc ! Mais, bon : nous autres, Danois, on suivait bien tout le football européen, à peu près tous les championnats, même un peu le championnat français. On connaissait tous les grands joueurs du continent, Français y compris. On savait que la France était très forte, mais on avait cette confiance en nous, toute cette expérience accumulée en commun qui nous faisaient croire qu’on pouvait battre tout le monde.

Après la victoire contre la France, vous étiez comment ?

La fatigue, bien sûr. On avait 13 joueurs un peu blessés, dont moi ! Ca nous a mis un peu dans le doute… Mais on était focalisé sur la suite, la demi-finale.

Et la demi-finale contre la Hollande ? (NDLR : 2-2 à la fin des prolongations, le Danemark bat les Pays-Bas 5 tab à 4. C’est Van Basten qui rate le sien)

Je ne l’ai pas jouée, j’étais blessé. Avec tous les joueurs blessés ou éclopés le coach s’est même demandé qu’il allait pouvoir aligner ! Mais, on était OK, très forts dans nos têtes. Le match contre les Pays-Bas fut notre meilleure partie du tournoi et on a manqué de chances de ne pas les avoir éliminés dans le temps réglementaire. Parce que dans les prolongations, c’était dur, physiquement. En face, il y avait toutes ces stars, Gullit, Rijkjaard, Van Basten…

C’est incroyable comment vous les avez baladés ! Brian Laudrup était partout ! Les hollandais étaient fous : ils ne s’attendaient pas à ça… Tu penses que les Hollandais vous ont un peu « méprisés » ?

Oui, je le crois. Ils avaient tellement de super joueurs, comparé à nous… Mais notre collectif était au point. Je crois que la différence entre eux et nous, c’est que les Hollandais jouaient pour aller en finale, alors que nous on courrait et on se battait pour jouer la finale…

En fait, ils n’étaient pas préparés à se battre et à souffrir…Van Breukelen était vachement agressif, presque violent…

Oui, oui. Ce n’est pas vraiment faux…

Avez-vous fait quelque chose de spécial pour fêter votre qualification pour la finale ?

Non, pas vraiment… Déjà, contrairement à certaines légendes, on n’est jamais allés en boîte, ou dans des night-clubs. Jamais ! On restait à l’hôtel pour écluser quelques bières, pas plus. Une fois, on est allé au Mc-Do, escortés par la police, pour aller chercher à manger et à emporter. On a ramené ça à l’hôtel.

Et alors, arrive la finale contre l’Allemagne (Ndlr, 2-0)…

Là encore, notre coach a été confronté à des problèmes à cause des blessures. Déjà, on ne pouvait pas s’entraîner trop. Donc, on a surtout passé du temps à la piscine, à nager, ou faire des étirements, un peu de foot, et c’est tout. Je me rappelle que le buzz de notre qualification devenait énorme. On avait commencé avec 5 journalistes autour de nous, après la demi-finale il y en avait 500 ! Pour la finale, on croyait en nos chances. Les Allemands ont été très forts dans les 20 premières minutes. Peter a fait quelques arrêts déterminants. Les Allemands ont joué le jeu qu’on souhaitait qu’ils jouent, on n’a pas été surpris. On a marqué en première mi-temps et en deuxième, on est resté groupés, en bloc soudé. Et puis Kim a marqué. A 2-0, on a compris que c’était bon. Même les Allemands l’ont ressenti ainsi. Peter Schmeichel avait tout arrêté, on avait sauvé un but sur notre ligne… Le deuxième but est arrivé au bon moment, parce que la pression allemande s’était intensifiée et qu’on subissait à fond. Ca devenait de plus en plus difficile de tenir !

Et l’arbitre a sifflé la fin du match…

C’est très étrange parce que… C’est un moment fantastique mais au bout de quelques minutes sur le terrain, après avoir célébré notre titre, nous, les joueurs, on aurait préféré descendre ensemble dans les vestiaires et se retrouver juste entre nous et partager ce moment. Parce que dans ces moments-là, après une finale, tu es sollicité par tout le monde. Tu dois aller chercher ta médaille, et tout ça… On avait hâte de redescendre aux vestiaires, de se congratuler, serrer la main aux autres membres de la délégation, et se boire une super bonne bière glacée !

Et le rôle de Richard Moller-Nielsen ?

Il connaissait très bien tous les joueurs depuis les Espoirs. Il savait quand les joueurs avaient besoin de déconner et quand ils devaient bosser dur. Bien sûr, il y avait la discipline, mais il savait laisser respirer les joueurs. Il a su nous responsabiliser. On devait se coucher à 23 heures, mais ce n’était pas strict à ce point. On pouvait boire deux à trois bières, certains en éclusaient trois ou quatre : il n’en faisait pas un drame. Il savait alterner des entraînements classiques et des activités carrément ludiques comme jouer au minigolf pour se relaxer. Ou bien il organisait des petites compètes de natation entre nous ou bien faire des plongeons rien que pour déconner et décompresser. Après on se re-concentrait vraiment comme il faut.

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