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Rayan Raveloson : « Le foot, si tu ne t’amuses pas, à quoi ça sert ? »

Propos recueillis par Grégory Letort

L’histoire du Troyen Rayan Raveloson, 23 ans et installé en Ligue 2 depuis 2014, a pourtant débuté sur le parking d’un Lidl. L’international malgache rembobine sa trajectoire et raconte la puissance du Port. Sur un air de maloya.

Dans cet article :

Tu es né à Anosibe Ifanja à Madagascar : tu en as quels souvenirs ?Anosibe Ifanja, c’est un quartier de la capitale Antananarivo. En fait, j’y suis né un peu par hasard. Ma mère est réunionnaise et mon père malgache : ils vivaient à La Réunion mais ils étaient en vacances là-bas et je suis arrivé un peu plus tôt que prévu… Et puis lorsque j’avais deux ou trois mois, la famille est rentrée à La Réunion. J’ai grandi là-bas mais à Madagascar j’ai plein de souvenirs : les vacances, les matchs dans la rue avec des terrains que l’on traçait nous même. Les gens n’imaginent pas forcément mais Madagascar c’est une grande terre de foot avec des terrains à tous les coins de rue…

Tu parles Malgache ? Je comprends un peu, les formules de politesse surtout mais je ne prétends pas le parler. A la maison, on parlait créole.

Ta ville à La Réunion, c’est Le Port, pas forcément la ville la plus sexy de l’île…Ah bon, pas sexy avec le grand port international ? (rires) Moi je suis fier d’être Portois. A 1000%. On nous a collé une étiquette : celle de voyous. Mais au Port, il y a une âme. Du caractère aussi. On sait ce qu’il faut pour s’en sortir.

« Mais je peux jouer partout, je suis polyvalent. Même si à la base je n’ai pas un grand amour pour les tâches défensives, je suis là si l’équipe en a besoin. »

C’était une évidence pour toi le football ?

C’est une histoire de famille. Mon père, qui était international malgache évoluait à La Réunion et avait signé à la Jeanne d’Arc, le club du Port. Il a une belle réputation. Il est connu sous le nom de Pierre Kelly, un surnom. Kelly, ça veut dire petit en malgache… Ma mère jouait aussi à la Jeanne d’Arc. Ils se sont rencontrés à l’entraînement. J’ai vu jouer mon père à la fin de sa carrière à l’AS Chaudron et j’ai vu des cassettes de ses matchs : je peux dire qu’il était fort mais son parcours n’a jamais été un poids pour moi. Après sa carrière, il a pris un poste à l’Office Municipal des sports de sa ville et il a entraîné. Forcément, à la maison, ça parlait football tout le temps, une vraie passion. J’ai suivi. J’ai commencé officiellement à six ans parce qu’on ne pouvait pas prendre de licence plus tôt. Mais a quatre ans, je suivais mes premiers entraînements. Je n’ai jamais arrêté. Mon père était attaquant, ma mère en défense et moi je suis milieu… Mais je peux jouer partout, je suis polyvalent. Même si à la base je n’ai pas un grand amour pour les tâches défensives, je suis là si l’équipe en a besoin.

Le stade Lambrakis de la Jeanne d’Arc a la réputation d’être l’un des plus chauds de l’île…C’est vrai. Je le connais bien ce stade. Quand j’était petit, j’allais voir les matchs mais bon, je prenais surtout le ballon et on jouait sans rien regarder. En grandissant au fil des ans, j’ai commencé à lever les yeux sur l’atmosphère, les tribunes, l’ambiance. Ca m’a marqué. En métropole on n’imagine pas ce que c’est. Il faut savoir que c’est en sortant un gros match dans le contexte du Port avec son club de l’époque que Dimitri Payet s’est fait remarquer par Nantes… La Jeanne d’Arc, c’est mon club. J’y ai fait toutes mes classes avant de quitter le club en U17. J’ai participé à la moitié de la saison avant de partir en métropole. Cette année là, la Jeanne d’Arc U17 a fait le triplé… Je n’ai pas pu être avec eux jusqu’au bout mais tu sais, je n’ai pas perdu espoir de jouer là-bas à la fin de ma carrière… Ouais, j’ai cette idée en tête.

« Ma mère était venue s’installer un an plus tôt à Vierzon, pour préparer le terrain à une éventuelle arrivée. Donc j’ai décidé de la rejoindre en métropole pour tenter ma chance, pensant que j’aurais plus d’opportunités de me faire remarquer. »

Comment s’est déroulé ton départ en métropole ? J’avais depuis toujours en tête d’essayer de faire une carrière professionnelle… Je suivais la Ligue 1 bien sur. J’avais droit aux matchs le samedi mais le dimanche, avec le décalage horaire, je devais éteindre à la mi-temps. Mon joueur c’était Ronaldinho donc j’étais attentif au PSG, surtout qu’ensuite Guillaume Hoarau y a évolué. Forcément, ca représentait quelque chose de voir des Réunionnais réussir… Et avec cette génération U17 à la Jeanne d’Arc, on était allés en métropole pour participer à un tournoi international à Noeux les Mines. On avait gagné et j’avais été élu meilleur joueur… Ma mère était venue s’installer un an plus tôt à Vierzon, pour préparer le terrain à une éventuelle arrivée. Donc j’ai décidé de la rejoindre en métropole pour tenter ma chance, pensant que j’aurais plus d’opportunités de me faire remarquer.

Et ça a fonctionné ?J’ai attendu un coup de fil de Châteauroux qui n’est jamais venu. Ma mère avait retrouvé à Vierzon une amie réunionnaise dont le fils est un de mes amis, Kenny Philippe. Il n’y a pas de plan précis et puis un jour, on est là-bas en plein été devant Lidl. J’ai le survêtement de la sélection réunionnaise que j’avais réussi à intégrer même si je n’avais pas été retenu au pôle espoir de l’île, pour une question de gabarit, un truc pas très clair. J’étais déçu mais je n’avais pas vécu ça comme une claque… Mon pote Kenny, lui, avait un survêt’ de la Jeanne d’Arc. Arrive un monsieur : « Salut les gars, vous jouez au football ? Moi je suis entraîneur, venez faire un essai » . C’est comme ça que j’ai rejoint l’Eglantine de Vierzon. Premier entraînement avec les U17. Mais comme ils reprenaient juste et que moi j’étais sur la lancée de la saison à La Réunion, je n’allais pas faire du physique. Donc je suis monté avec la première. Première opposition, je dribble et tente un lob d’entrée. Ils se sont dit : « c’est qui lui ? » Je me suis entraîné avec eux mais j’ai fait la saison avec les U17 DHR et je montais avec les U18 sur les matchs de Coupe. On était allés loin, d’ailleurs.

« J’arrive à Tours donc en U19. Premier match contre Angers, qui m’avait refusé. Sur le banc, le coach qui m’avait recalé. J’étais motivé et j’ai fait un gros match. »

Et au bout de cette saison, Tours vient te chercher…J’avais fait un essai à Angers mais je n’avais pas été retenu. Un éducateur fait le lien et je pars donc faire un essai à Tours. Il devait durer quelques jours. Le premier soir, ils me disent : « c’est bon tu peux repartir, on t’appellera » . Moi, ça m’allait très bien. J’arrive à Tours donc en U19. Premier match contre Angers, qui m’avait refusé. Sur le banc, le coach qui m’avait recalé. J’étais motivé et j’ai fait un gros match. Je l’entendais : « Oh, il va passer tout l’après midi lui ? Trop facile… » Il m’avait reconnu. A la fin, il est venu me voir pour me féliciter. Mais très vite, je suis appelé avec la réserve. Et convoqué pour un match contre Le Mans. Thomas Fontaine qui jouait à Tours à l’époque, Réunionnais comme moi, vient me voir et me dit : « Joue tranquille, pas de pression. » . J’ai rigolé : « Tu sais d’où je viens ? » … Et puis, rapidement j’ai été appelé dans le groupe en Ligue 2. C’est allé très vite, trois mois plus tôt, j’étais en U17 DHR. Je sais que mon père était fier. Il ne me l’a pas dit parce qu’il n’extériorise pas trop mais je sais.
Mais quand on me dit que maintenant, c’est moi qui suis parmi les exemples à suivre pour les jeunes joueurs réunionnais, j’ai du mal à l’imaginer et à m’en rendre compte.

Tu parles de ton lob tenté avec Vierzon… Ton premier but en Ligue 2, c’est un lob de quarante mètres contre Valenciennes. C’est un geste que tu aimes ?Je m’en souviens bien de ce but. Ca part d’un amorti au milieu du terrain. Je lève les yeux et je vois que le gardien est avancé. Je me le suis noté dans un coin de ma tête en me disant que si la situation se représentait je tenterai. Et puis c’est arrivé, le ballon m’est arrivé dessus à quarante mètres, j’ai vu Perquis un peu avancé et j’ai frappé. C’est le foot, il faut tenter, essayer, jouer, se faire plaisir. Si tu ne t’amuses pas à quoi ça sert ?

« C’était la première fois que Madagascar participait à la CAN. Il y avait une fierté immense. Pour les anciens, pour la génération de mon père, on avait réussi là où ils avaient échoué. »

Tu disais que tout est allé très vite, au point d’être appelé à 21 ans avec Madagascar : comme ça s’est passé ? Le capitaine Faneva Andriatsima que je croisais en Ligue 2 m’en parlait souvent : il me disait de les rejoindre, me parlait du projet de participer à la CAN 2019. Il appelait même ma mère, mon père pour me convaincre. Moi j’ai voulu me laisser le temps de choisir. J’avais l’équipe de France aussi en tête. Je voulais me laisser jusqu’aux espoirs. Une fois j’ai reçu une convocation avec l’équipe de France U18 ou 19 mais je me suis blessé. Et puis j’ai choisi Madagascar. J’étais fier et convaincu que ça allait me faire franchir un cap dans ma carrière de joueur. Derrière, convocation pour la CAN 2019 dont on avait tant parlé : une aventure parfaite avec une défaite en quarts de finale. C’était la première fois que Madagascar participait à la CAN. Il y avait une fierté immense. Pour les anciens, pour la génération de mon père, on avait réussi là où ils avaient échoué.

Toi tu es né à Madagascar mais dans cette sélection, il y a beaucoup de Français aux origines lointaines. Comment est-ce vécu au pays ? Pour l’instant très bien, les résultats sont au rendez-vous. C’est quand les résultats seront plus difficiles qu’il faudra être présent et avoir du caractère. Il faut s’y préparer. Forcément l’attention sera portée sur les « Vazas », comme on appelle les étrangers là-bas. Bon, je ne sais pas si j’y aurai droit : avec mon nom, mes traits et mon père, moi, on ne m’appelle jamais « Vaza ».

En arrivant à Troyes, tu avais choisi une chanson malgache pour ton bizutage ?Non, j’avais choisi du maloya avec une chanson du groupe réunionnais Lindigo. Moi je ne suis pas trop rap, je suis resté fidèle à mon identité.

Et si tu dois rejoindre un club de Ligue 1 ou l’étranger, tu chanteras quoi ?Ca sera du maloya toujours. La Réunion, c’est important pour moi. Il ne faut jamais oublier d’où l’on vient…

Dans cet article :

Propos recueillis par Grégory Letort

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