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Rafa Márquez, Santanisme et Carlos Slim

Par Thomas Goubin, à Guadalajara
Rafa Márquez, Santanisme et Carlos Slim

Dimanche dernier, le León FC a été sacré champion du Mexique. Un club où évolue le vétéran Rafa Márquez, managé par l'Uruguayen Gustavo Matosas - coach au futur européen - et détenu en partie par Carlos Slim, l'homme le plus riche du monde. Un club qui contrarie les vieux patrons du football mexicain.

Le championnat mexicain accumule les particularismes. Prenez Jésus Martinez, le président du León FC, sacré champion du Torneo Apertura dimanche dernier après avoir maté l’América (2-0, 1-3). Ce jeune homme de 29 ans n’est autre que le fils de… Jésus Martinez, président d’un autre pensionnaire de la première division : Pachuca. La relation entre les deux clubs n’est pas seulement familiale, puisqu’ils appartiennent au même patron depuis la mi-2012 : le groupe Pachuca, détenu à 30% par l’homme considéré comme le plus riche du monde, Carlos Slim. Cette proximité entre les deux institutions et leurs présidents peut accoucher de ce genre d’étranges scènes : Martinez père et fils, accompagnés par Slim, assistant ensemble à la finale aller du championnat entre León et América, et célébrant la victoire du haut de leur loge. Le discret Carlos Slim y ira même de sa petite visite dans les vestiaires pour offrir IPad et IPhone aux futurs champions. Voir le président d’un club (Pachuca) fêter la victoire d’un adversaire (León), voilà le genre de particularisme qui fait du championnat mexicain, sans doute le plus relevé d’Amérique latine derrière le brésilien, une compétition peu lisible pour l’observateur extérieur. Un championnat où, autre originalité, des clubs peuvent être sauvés de la descente par rachat de franchise (Queretaro en juin dernier). Reste que si la multi-propriété de clubs au Mexique est aussi commune qu’un policier demandant une mordida (bakchich), les arrangements de matchs entre équipes appartenant au même patron ne sont pas si courants qu’on pourrait le penser. Tout du moins, ils ne sautent pas aux yeux.

Les buts de la finale aller :

Vidéo

« L’ordre dans le désordre »

Violation du règlement FIFA mis à part (la multi-propriété est interdite), León est l’une des équipes les plus enthousiasmantes du moment en Amérique latine. Son entraîneur, l’Uruguayen Gustavo Matosas, n’a jamais caché sa fascination pour Telê Santana et fait honneur aux principes du défunt sélectionneur du Brésil joga bonito (1982 et 1986). Un an à œuvrer au sein de l’entrejeu de São Paulo (1992-1993) a suffi à convertir cet ex-milieu aux joies du Santanisme. « L’ordre dans le désordre » , voilà comment Matosas définit le style survitaminé de son équipe. Outre l’audace de ses intentions de jeu, León force le respect pour avoir remporté le championnat avec une moitié d’équipe qui évoluait encore en D2 jusqu’à la mi-2012. Matosas, qui avait lancé et révélé Cavani en 2006 chez les Uruguayens de Danubio, a fait brûler des étapes à son groupe et sublimé ses protégés, à l’instar du surpuissant milieu Gullit Peña, meilleur joueur du Mexique lors des derniers matchs de la sélection. Les millions de pesos de Carlos Slim ont surtout servi à conserver ces joueurs, plutôt qu’à acheter des stars, Rafa Márquez mis à part.

Golazo de León en demi-finale :

Ce « fils de pute » de Márquez

Quand il a signé à León début 2013, l’ex-Barcelonais semblait au bout du rouleau, tout proche d’adieux par la petite porte après son passage calamiteux en MLS, aux New York Red Bulls. Aujourd’hui, le Kaiser du Michoacan est redevenu le capitaine du Mexique, et pourrait devenir le premier joueur de l’histoire à disputer quatre Coupes du monde avec le brassard autour du biceps. Avec León, le défenseur central dont les diagonales de géomètre ont fait soupirer le Camp Nou pendant plus d’une demi-décennie a remporté son premier titre de champion du Mexique, à 34 ans. Dans la foulée du coup de sifflet final au stade Azteca, Matosas a accouru vers le Mexicain le plus titré de l’histoire pour lui dire quelques douceurs : « Il ne te manque rien, fils de pute, t’as tout gagné, t’es un animal. » Dans sa capacité à impliquer ses joueurs dans un projet sans concession, comme dans son relationnel frontal, il y quelque chose de Diego Simeone chez cet homme qui ne cache pas vouloir entraîner en Europe dès l’année prochaine. Sans doute après avoir conclu la participation de León en Copa Libertadores. Célibataire assumé de 46 ans, Matosas est un homme libre.
Slim vs Televisa

La finale entre León et l’América n’opposait pas seulement les deux meilleures équipes du tournoi, mais aussi deux groupes en guerre commerciale. D’un côté, CARSO, la holding de Carlos Slim. De l’autre, le groupe Televisa, propriétaire de l’América et patron officieux du football mexicain. Dommage collatéral de ce conflit qui a notamment conduit Slim à ne plus annoncer ses marques chez le TF1 mexicain, la finale aller du Tornero Apertura fut la première de l’histoire à ne pas être diffusée sur une chaîne gratuite. L’homme qui valait des milliards souhaite concurrencer Televisa, et son soudain intérêt pour le football a tout d’un cheval de Troie pour assouvir ses ambitions de diffuseur. Depuis la mi-2012, León a ainsi brisé le duopole Televisa/TV Azteca en signant un contrat avec la chaîne Fox Sports, seulement accessible par câble. Soutenu par Slim, León, à l’inverse de la grande majorité de ses concurrents, pouvait se permettre de ne pas se plier aux conditions des diffuseurs traditionnels du football mexicain. Cette montée en puissance de l’habitué à la première place des classements Forbes a d’ailleurs conduit la Fédération mexicaine, sous influence du groupe Televisa, à contre-attaquer au mois de mai dernier en fixant à 2018 la date-butoir pour la fin de la multi-propriété. Ce, au moment où des rumeurs faisait de Slim le nouveau patron des Chivas, le club le plus populaire du pays avec l’América. Cette soudaine prise de conscience des dommages de la multi-propriété n’a toutefois pas empêché les patrons du football mexicain d’accepter en ce mois de décembre le rachat de l’Atlas Guadalajara par TV Azteca, pourtant déjà propriétaire des Monarcas Morelia. Au sein du curieux football mexicain, la loi ne s’applique pas à tous, mais à Carlos Slim.

Par Thomas Goubin, à Guadalajara

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