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« Quand il y a des grandes compétitions comme un Mondial, les femmes journalistes de sport disparaissent »

Propos recueillis par Lucie Lemaire
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« Quand il y a des grandes compétitions comme un Mondial, les femmes journalistes de sport disparaissent »

À l’aube de la Coupe du monde, seulement dix femmes journalistes de sport sur 150 journalistes français seront accréditées pour suivre la compétition. Un chiffre dérisoire qui reflète malheureusement l’invisibilisation systémique des femmes dans ce milieu. Cinq d’entre elles ont accepté de témoigner de leur vécu dans les rédactions sportives.

6%. C’est le pourcentage abyssal de femmes journalistes en France qui auront la chance de couvrir sur place la Coupe du monde de football à partir de jeudi aux États-Unis, au Mexique et au Canada. Elles ne sont guère davantage (17%) dans le monde du sport selon une étude publiée par l’association Femmes journalistes de sport et l’enseignante-chercheuse au laboratoire CNRS Arènes Sandy Montañola. Des chiffres effarants qui prouvent que le chemin est encore très long, malgré notre envie, notre détermination, nos connaissances, notre travail.

Des commentaires sur notre physique ou notre tenue, une sororité entre consœurs, une légitimité pas toujours simple à trouver… Nous sommes presque toutes passées par là. Dans un métier où les femmes sont encore trop invisibilisées, nous avons donné la parole à cinq d’entre elles pour raconter leur expérience, à la fois personnelle et universelle, dans des rédactions ultra-masculines.

  • Mejdaline Mhiri, 37 ans, coprésidente de l’association Femmes journalistes de sport depuis cinq ans et journaliste pigiste
  • Marion Canu, 30 ans, journaliste en CDI depuis trois ans au service des sports du Parisien en charge du football et notamment du Paris FC
  • Gnamé Diarra, 26 ans, journaliste pigiste depuis trois ans, passée notamment par So Foot et travaillant pour Eurosport
  • Géraldine Pons, 53 ans, directrice des sports d’Eurosport France depuis huit ans et ancienne journaliste-présentatrice
  • Léa Dridi, 24 ans, journaliste pigiste diplômée de la licence de sport à l’ESJ Lille depuis un an, passée notamment en CDD par les locales d’Ouest France

→ Ce que vous inspirent ces chiffres dérisoires

Mejdaline Mhiri : Sur la présence des femmes à la Coupe du monde, c’est un chiffre vraiment catastrophique. Il est en deçà du nombre qu’on a dans la profession, ça veut dire que quand il y a des grosses compétitions, quand il y a de l’enjeu, on disparaît. On n’est pas le premier choix des rédactions. Mais surtout, comme on ne couvre déjà pas assez tout au long de l’année les sports les plus regardés, et bien, ça se voit sur ce genre de compétitions là qu’il n’y a pas assez de femmes sur le foot. Pour une Coupe du monde, on les emmène peu, on ne les considère jamais assez comme des spécialistes. Et ça se répète de compétition en compétition, ce n’est pas comme si c’était la seule. C’est inquiétant d’un point de vue démocratique sur la présentation de l’information, la diversité des personnes qui créent l’information. Pour les jeunes filles qui veulent faire ce métier, ça leur montre, dès le début de leur carrière, qu’il ne faut pas qu’elles rêvent trop grand, comme pour celles qui sont installées depuis plus longtemps d’ailleurs. Il y a un côté « plafond de verre » vraiment tenace.

Je me demande si un jour je vais réussir à réaliser mon rêve de couvrir un Mondial.

Léa Dridi, journaliste pigiste passée par Ouest-France

Marion Canu : C’est terrible, mais je n’étais pas spécialement étonnée en les voyant parce que je n’ai pas constaté d’évolution majeure sur le terrain. Tous les week-ends en allant en déplacement ou quand je suis à Jean-Bouin pour le Paris FC, je me retourne dans les tribunes et on est rarement plus de 4 ou 5 femmes sur la totalité des accrédités. Ce qui m’a marquée cette année en ne faisant quasiment que du foot, c’est vraiment l’écart entre l’omnisports et le foot. On le voit dans les staffs des clubs, dans les encadrements, dans les dirigeants, j’ai croisé très peu de femmes en dehors des journalistes aussi. Pour la Coupe du monde, c’est encore plus déprimant. C’est surtout le chiffre en presse écrite qui m’a choquée : 2 pour 80, je trouve ça hallucinant.

Léa Dridi : Je trouve ça honteux, désespérant. Évidemment, on ne demande pas la parité. On sait qu’on est moins de femmes dans le milieu, donc avoir autant d’hommes que de femmes sur une Coupe du monde, ce n’est pas ce qu’on demande. 17% dans le métier, ce n’est pas déjà pas beaucoup, mais pourquoi sommes-nous encore moins sur un tel événement ? Forcément, ça a un impact sur nous. Un de mes plus grands rêves en tant que journaliste, c’est de couvrir un Mondial. Savoir que sur celui-là, il n’y a que 6% de femmes, je me demande si un jour je vais réussir à réaliser mon rêve. J’aimerais savoir pourquoi on choisit d’envoyer un homme et pas une femme dans une rédaction ? Comment se fait ce choix par les rédacteurs en chef ? C’est beaucoup d’interrogations. (Précisons que les trois envoyés spéciaux à la Coupe du monde pour So Foot sont également des hommes, NDLR.)

C’est un peu un angle mort de ce genre d’études alors que ça doit être pris en compte.

Gnamé Diarra, au sujet du manque de diversité chez les journalistes femmes

Gnamé Diarra : Quand ces chiffres nous ont été présentés (à la restitution de l’étude faite par Sandy Montañola), on ne comprenait pas comment ça se fait qu’en 2026, seulement une dizaine de femmes soient envoyées sur plus de 150 journalistes. On ne comprend pas comment on n’arrive toujours pas à intégrer des femmes dans les rédactions, on n’arrive pas à leur faire confiance pour les envoyer. Une des excuses données, c’est « les femmes, c’est difficile de les convaincre de partir un mois sans leur conjoint ». Je trouve ça hallucinant, c’est la même invisibilisation pour les femmes racisées.

J’ai posé la question lors de la conférence de presse après la restitution de l’étude. On m’a dit qu’il n’y avait pas de chiffres parce qu’ils ne s’étaient pas concentrés là-dessus. Je trouve ça un petit peu dommage parce que c’est un peu un angle mort à chaque fois de ce genre d’études, alors que c’est un truc qui doit être pris en compte. On en a quand même un peu discuté et le problème est à la source. Dans les écoles de journalisme, les profils ne sont déjà pas diversifiés. Chaque année, quand je regarde les photos des promos, c’est toujours les mêmes profils, c’est toujours des promos composées uniquement de personnes blanches et je trouve que c’est dommage.

→  Pourquoi les choses bougent si peu

Mejdaline Mhiri : C’est l’importance de volonté réelle des chefs dans les rédactions. Ils sont vraiment très peu à nous avoir dit, quand ils ont signé la charte (de l’association), qu’ils s’étaient dotés d’un objectif chiffré pour faire en sorte que ça progresse de manière significative dans les années à venir. Ils voient tous énormément d’empêchements : le fait que leur média est en difficulté sur le plan économique, qu’il y a peu de départs à la retraite, etc. Ils vont nous sortir toutes les bonnes raisons pour ne pas recruter de femmes, tout en nous disant « la mixité, c’est important ». Mais ils en recrutent vraiment très peu, trop peu. On a cru un certain nombre de discours, mais on voit bien que globalement, il y a des rédactions où ça a progressé, où ça a stagné et d’autres où ça a même régressé. De manière globale, ça n’avance pas et c’est un manque de volonté politique.

Il y a une véritable sororité qui s’est renforcée dans la profession.

Mejdaline Mhiri sur le rôle de l’association Femmes journalistes de sport

Marion Canu : Ce qui a changé, c’est la proximité que tu peux créer avec d’autres consœurs. Le fait de s’identifier, de se croiser sur les événements sportifs, de savoir que si tu as un besoin, tu crées une espèce de communauté bienveillante avec des gens qui ont envie comme toi de réussir dans le sport. Et ça, c’est cool.

Gnamé Diarra : Quand j’arrive quelque part et qu’il y a d’autres journalistes femmes, je me sens tout de suite plus à l’aise, moins stressée. Je sais que si j’ai besoin de parler de quelque chose à quelqu’un, je vais le faire en priorité avec des femmes. Il y a beaucoup d’autocensure parce que quand 99 % des gens sont des hommes à un événement, automatiquement tu n’es pas à l’aise. J’ai eu l’occasion de couvrir des matchs, j’étais super gênée en conférence de presse, en zone mixte parce que j’étais une des seules femmes. En plus, je suis une personne noire, je suis voilée, donc ça veut dire que je suis très visible quand j’arrive dans un lieu. C’est hyper facile pour moi de me sentir mal à l’aise rapidement.

Mejdaline Mhiri : Depuis que l’association s’est lancée, il y a une véritable sororité qui s’est renforcée dans la profession, avec le principe de marrainage, d’entraide entre des jeunes journalistes et des femmes plus expérimentées, etc. Tout ce qui est proposé par l’association permet de donner plus d’espoir d’y arriver, d’avoir des modèles, de s’inspirer des consœurs, de ne surtout pas les considérer comme des concurrentes. S’il y a bien une chose qui a changé depuis cinq ans, c’est justement à cet endroit-là, le fait qu’on s’entraide, qu’on s’encourage, qu’on valorise le travail des unes et des autres.

Je me dis, s’il y a des jeunes journalistes femmes qui voient la vidéo, qui veulent faire ce métier, est-ce que ça va leur donner envie de se retrouver au milieu de 30 mecs dans une salle de presse, de poser une question et de se faire afficher sur les réseaux ?

Marion Canu, au sujet de son échange en conférence de presse avec Antoine Kombouaré, filmé et diffusé sur les réseaux sociaux.

Léa Dridi : Cela rassure de se dire qu’on peut se soutenir entre femmes. Avec mes deux consœurs d’Ouest France, j’étais très en confiance parce que je savais que si un jour il y avait un problème, ce serait beaucoup plus simple d’en parler avec elles. Si jamais il se passe quelque chose avec un interlocuteur, le fait de savoir qu’il y a une femme, entre nous, même sans se le dire, on va s’aider, on va se protéger et on va se défendre. C’est rassurant puisqu’on se dit qu’on vit la même chose.

Géraldine Pons : À compétence égale, j’aime bien avoir des femmes. C’est d’ailleurs une demande que j’ai faite à mes équipes d’essayer d’aller trouver aussi des profils féminins dans les écoles. On travaille avec beaucoup de femmes, en régie, des cheffes d’édition, c’est important. Y a-t-il un regard féminin ? Je ne sais pas. En tout cas, j’essaie d’être dans l’empathie. Quand je suis arrivée à Eurosport, je faisais le journal le soir ou en décalé le matin, très tôt, le week-end et j’avais deux petits enfants. Quand on me disait de rester jusqu’à 22 heures et que mon mari n’était pas là, c’était « Démerde-toi, tu as choisi de faire des enfants » en gros. J’ai dépensé des fortunes dans du baby-sitting, on trouvait des solutions. Aujourd’hui, je suis sensible à ça. Avec mon équipe, dès qu’on peut faire en sorte d’avoir ce regard bienveillant sur les situations familiales, personnelles, difficiles, on le fait. Je pense que ça, ça a un peu évolué.

→  La sensation en arrivant dans un environnement très masculin

Marion Canu : Je me suis encore fait de la réflexion en allant couvrir les Bleus (à Lille contre l’Irlande du Nord), je trouve que c’est encore pire avec l’équipe de France. Dimanche, en conférence de presse, il y avait une autre fille assise, mais je suis la seule à avoir posé une question. J’ai de moins en moins d’appréhension, mais je l’ai eue pendant longtemps. Il y a eu le cas de la vidéo (avec Antoine Kombouaré), je ne pensais pas que ça ferait autant parler. On ne me voyait pas sur la vidéo, ça ne m’a pas traumatisée, mais c’est vrai que quand la vidéo est sortie, je me suis dit : « Punaise déjà que je suis la seule fille à prendre la parole en conférence de presse… » 

Je me dis, s’il y a des jeunes journalistes femmes qui voient la vidéo, qui veulent faire ce métier, est-ce que ça va leur donner envie de se retrouver au milieu de 30 mecs dans une salle de presse, de poser une question et de se faire afficher sur les réseaux ? Je me suis dit : « Merde, c’est chiant. » Tu n’es entourée que de mecs dans une salle, tu ne peux pas trouver de sororité. J’espère, en tout cas, que les gens avec qui j’interagis me voient tout de suite comme journaliste et pas juste comme une jeune femme de 30 ans qui suit le foot.

Léa Dridi : J’ai de la chance, lors de ma première expérience dans la Manche, il y avait une journaliste femme. À Caen, il y en avait une aussi. On ne se croisait pas tout le temps, mais on était deux donc, au sein de la rédaction, je n’ai jamais eu ce sentiment. Mais sur le terrain, j’étais quasiment tout le temps la seule femme. Je n’ai jamais eu affaire à des réflexions, ça m’est arrivé certaines fois d’avoir des regards parce qu’en plus, j’étais assez jeune donc les gens s’interrogeaient. Je pense que je suis un peu plus sur la réserve pour poser mes questions quand il n’y a que des hommes dans la salle de conférences.

Gnamé Diarra : Pour mon premier stage, j’appréhendais beaucoup d’être une femme dans un secteur plein d’hommes. On m’avait toujours dit : « Les rédactions de sport, c’est hyper sexiste », donc c’est sûr que ça peut nous freiner, on peut s’autocensurer et ne pas avoir envie d’y aller. Maintenant que je suis à Eurosport, ce que j’apprécie et qui change d’énormément de rédactions, c’est que dans mon service, on est à parité entre les hommes et les femmes, donc ça fait vraiment du bien.

Je ne dis pas que tous les hommes de 50-60 ans avec qui j’ai grandi étaient très sexistes mais de fait, on a grandi dans un patriarcat ambiant.

Géraldine Pons

Géraldine Pons : Quand je suis arrivée à Eurosport, j’étais la seule femme embauchée, et je pense qu’au contraire, ça a été un moteur pour moi de me dire : « Montre de quoi tu es capable », « Tu as la “chance” d’être la seule, profites-en. » J’ai compris que j’avais dû montrer deux fois plus qu’un homme, mais j’avais des lacunes quand je suis arrivée dans le sport, je venais des infos généralistes. J’ai dû rattraper ça, donc j’ai travaillé deux fois plus, mais pas parce qu’on me le faisait savoir. Parce que je sentais bien qu’il y avait des trucs. J’ai eu aussi de la chance d’avoir eu des patrons qui ont cru en moi. Ce qui évolue aussi, c’est que dans la nouvelle génération, les gens entre 25 et 35 ans, il y a une sorte de relation au genre qui est plus apaisée. En tout cas, ce n’est pas du tout un sujet, donc c’est différent. Je ne dis pas que tous les hommes de 50-60 ans avec qui j’ai grandi étaient très sexistes, mais de fait, on a grandi dans un patriarcat ambiant.

→  Une anecdote sur un moment qui vous ramène à votre genre dans votre métier

Gnamé Diarra : En conférence de presse il y a plusieurs années après une défaite. À la mi-temps, le coach avait sorti un des meilleurs joueurs sur le terrain, donc je pose la question totalement légitime au coach. Et il me répond : « Je ne sais pas si vous êtes au courant, mais au football on a droit à cinq changements. » C’était une des premières fois que je posais une question en conférence de presse, j’étais ultra-timide. Je me suis sentie très mal parce que c’était gênant, il y avait d’autres confrères et consœurs qui étaient là. Je me suis dit : « Il me prend pour une conne en mode je ne connais pas les règles du football », alors que c’était pas du tout le sens de la question.

Géraldine Pons : Avec le recul et tout ce qui est arrivé, j’ai constaté que j’avais eu des réflexions malheureuses. Mais je ne les ai pas vécues comme quelque chose de douloureux parce que les choses se passaient comme ça. La femme était souvent le faire-valoir en plateau, la touche féminine un peu glamour. On m’a dit à plusieurs reprises : « Tu dois perdre un peu de poids. » En rentrant de congé maternité, on m’a dit : « Elle s’est empâtée, elle est un peu mémère. » Heureusement, on est sortis de ça, c’est bien.

Le pire ce sont des réflexions que j’ai pu entendre dès qu’il y a une affaire judiciaire, de victime, de viol, qui concerne des personnalités du monde du sport.

Marion Canu au sujet des propos que l’on peut encore entendre dans les rédactions

Mejdaline Mhiri : Un grand reporter du journal où j’étais en stage, qui ne m’avait quasiment pas adressé la parole durant le mois de mon stage, m’avait envoyé quelques messages deux semaines après la fin de ce stage. Il m’avait dit qu’il voulait m’emmener à New York, je m’étais dit : « Trop bien, je vais partir couvrir l’US Open etc. » et au bout de quelques messages, j’ai compris que ce n’était pas ça dont il s’agissait. Tout de suite, on se remet en cause, on se demande ce qu’on a fait de mal. Heureusement, à ce moment-là, j’étais déjà outillée pour assez vite me dire qu’évidemment, ce n’était pas du tout mon comportement qui était en cause, mais le sien. Et que c’était lui qui avait un comportement qui ne convenait pas du tout, qui n’avait rien de professionnel et qui dépassait les bornes.

Marion Canu : Ce qui me gêne, c’est qu’il n’y a pas de femmes à l’encadrement du service des sports. En avoir plus permettrait de mieux parler des affaires de violences sexuelles, de ce que les femmes peuvent subir dans le milieu sportif. Le pire, ce sont des réflexions que j’ai pu entendre dès qu’il y a une affaire judiciaire, de victime, de viol, qui concerne des personnalités du monde du sport. Il y a toujours au moins une personne qui va remettre en cause la parole des victimes. J’entends des trucs, c’est terrible, c’est à l’image de la société. Ce sont des réflexions vraiment clichées : « Pourquoi tu vas chez un homme si tu n’as pas envie de coucher avec lui ? » Mais le chef du service des sports est hyper alerte sur ces sujets-là et il n’hésite pas à remettre en place certaines réflexions.

Dès qu’il y a un sujet féminin à traiter, on a tendance à se tourner vers la seule femme de la rédaction.

Léa Dridi

Léa Dridi : Avant, je faisais quelques vidéos sur les réseaux sociaux essentiellement pour parler de foot. Très souvent, j’avais des commentaires de personnes qui voulaient un peu me décourager mais surtout, je recevais des messages de drague en DM (messages privés) quasiment tout le temps. Et c’est usant. Sur le terrain, j’ai vraiment eu beaucoup de chance, je n’ai jamais eu affaire à ce genre de choses. Il y a quelque chose qui est assez maladroit, dès qu’il y a un sujet féminin à traiter, on a tendance à se tourner vers la seule femme de la rédaction. Moi, ça ne me dérange pas, parce que j’aime traiter tous les sujets, mais c’est presque systématique. C’est des petits détails, mais tout le temps, tu te dis pourquoi moi et pas mon collègue ? Ce n’est rien, c’est une interview, la femme ne va pas se sentir offusquée parce que c’est un homme qui l’appelle.

→  Un message à faire passer aux jeunes filles attirées par ce métier

Léa Dridi : Il ne faut pas que votre sexe définisse vos plans d’avenir, il faut se battre, évidemment, parce que c’est un métier difficile mais il faut y croire, parce que c’est un beau métier. Même si c’est difficile pour nous parce qu’il va falloir qu’on fasse notre place, parce que, malheureusement, la société est encore trop patriarcale et c’est le cas dans ce métier. On a quand même de la chance d’avoir cette association qui fait qu’on est entourées et qu’il y aura toujours une épaule pour se reposer, une oreille à qui se confier si jamais ça ne va pas. Il faut se soutenir, en parler et dénoncer ce pourcentage qui est hallucinant.

Marion Canu : J’essaie de rester optimiste et je suis persuadée qu’il y a de la place pour les femmes dans le foot, qu’on peut être capables de travailler dans ce milieu, dans le sport, dans le foot. Quand je suis arrivée au foot, tu sens quand même que tu es un sport beaucoup plus suivi et que ça peut être un peu impressionnant parce que je sais que j’ai moins le droit à l’erreur qu’un confrère masculin dans ce que j’écris. Je suis persuadée que s’il y avait plus de femmes, il pourrait y avoir d’autres questions, d’autres thèmes abordés. Je suis persuadée que si on avait une femme à l’encadrement, il y a peut-être des choses différentes qui pourraient être impulsées, des manières de parler de certains sujets qui pourraient être différentes.

Gnamé Diarra : Le fait que le journalisme de sport de manière « traditionnelle » soit de plus en plus difficile d’accès… Je vois plein de femmes qui pourraient avoir le profil de journaliste sportive se lancer dans la création de contenus parce que ça rapporte plus d’argent. C’est un comportement que j’observe de plus en plus et quand je parle de non-représentation dans les rédactions, ce profil c’est beaucoup de jeunes femmes des quartiers populaires qui se lancent directement sur les réseaux sociaux. Je trouve ça dommage parce que c’est des talents qu’on perd en rédaction et qui se retrouvent à faire de la création de contenus. Ça ne veut pas dire que c’est mal, mais c’est juste que c’est dommage.

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Propos recueillis par Lucie Lemaire


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