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Safonov, la tête et les gants

De recrue (très) inattendue à héros des séances de tirs au but, de dernier rempart qui prend l’eau à Munich à muraille infranchissable du côté de Liverpool, Matveï Safonov a déjà tout connu depuis son arrivée au PSG. Sans un mot plus haut que l’autre. Toujours discret, le cérébral gardien russe est devenu un atout majeur dans la manche de Luis Enrique.
Depuis l’enfer de l’Allianz Arena de Munich, le 26 novembre 2024, rarement autant de certitudes auront volé en éclats. Ce jour-là, après 90 minutes balbutiantes, une boulette sur corner du gardien remplaçant et une troisième défaite en cinq matchs de phase de groupes de Ligue des champions, c’est certain : Paris ne sera pas champion d’Europe, encore une fois ; Ousmane Dembélé est un boulet, une fois de plus ; Matveï Safonov, dernier gardien débarqué à Paris, n’est pas au niveau, une fois de plus. Un an et demi plus tard, les certitudes ont bel et bien mal vieilli. Paris a soulevé la C1, Dembélé son Ballon d’or, et le statut de titulaire de Safonov, lui, ne soulève plus aucune contestation.
De recrue intrigante, inattendue, chère pour une doublure, le Russe est devenu l’incontournable gardien titulaire du PSG cette saison. Un an après avoir échoué à bousculer la hiérarchie, voilà qu’il a gardé la tête haute et montré son envie de prouver sa valeur, tout en surmontant une blessure au pire des moments, pour finalement mettre Lucas Chevalier dans le rétro.
Safonov 🧤 🤝 M A R Q U I N H O S ⚔️⚔️⚔️⚔️⚔️⚔️⚔️ pic.twitter.com/oCHEHrpMdN
— Paris Saint-Germain (@PSG_espanol) April 15, 2026
Depuis, il est devenu celui qui sort quatre tirs au but en finale de Coupe intercontinentale contre Flamengo, même s’il considère que sortir les pénos, c’est simplement « son travail ». Serein, monté en puissance au fur et à mesure des rencontres, mais aussi discret, mystérieux, à l’aise en français et devant les micros, mal coiffé, Safonov est en train de doucement trouver sa place dans la capitale avant de retrouver Munich et ses dangers pour une demi-finale de Ligue des champions, sans que l’on ne sache encore vraiment qui il est.
Du petit bain au grand bain
Né le 25 février 1999 à Krasnodar, Matveï Safonov est un enfant de la ville située à mi-chemin entre la Crimée et la Géorgie. C’est surtout un enfant du FK Krasnodar, qu’il a rejoint dès ses 12 ans après avoir été repéré lors d’une séance de… natation. Enfant et élève modèle, fils d’un ancien basketteur de deuxième division, il tâte de tous les sports sur les parquets, les praticables ou les tatamis et, donc, dans les piscines. On ne sait pas si ce sont ses longs bras ou des plongeons explosifs qui ont convaincu le club de l’intégrer à son académie, reste qu’il y est rentré et impressionne vite son monde par sa quête de perfection. Un centre d’entraînement où évolue actuellement son petit frère, lui aussi dans les buts.
Je pense que le style Matveï Safonov, c’est l’intelligence.
Les années passent, et Matveï continue son ascension au sein du club. Igor Pikusciak, qui fut son entraîneur avec l’équipe réserve de Krasnodar, se souvient d’un gamin « talentueux », « prometteur », « volontaire » et d’une « grande qualité humaine ». Un gardien chez qui « on ne voyait jamais le moindre signe d’abandon, dans une recherche d’exemplarité » et qui s’est endurci en répétant les séries sur les mêmes exercices de coordination qu’un certain Lev Yachine en son temps. La fameuse mystique russe.

Fruit d’une refonte de son système par le club et d’une volonté de s’appuyer sur son centre, Safonov a rapidement sa chance et démarre en équipe première à 18 ans, en août 2017. Les premiers rôles en équipe une arrivent à l’hiver 2018 et les performances de haut vol dans le même temps. Pour Charles Kaboré, ex-coéquipier en Russie, c’est même un plébiscite : « À un moment, nous-mêmes les joueurs on voulait que ce soit lui qui reste dans le but. Il était rassurant, ne se blessait pas. Il a conquis l’équipe très vite. »
Le brassard de capitaine lui est parfois confié deux ans plus tard, pour se pérenniser autour de son biceps en 2021. Résultat, lorsqu’il quitte son club de cœur en 2024, à 25 ans, le portier cumule 175 matchs avec les Byki (les Taureaux) et a déjà découvert la Ligue des champions en dégoûtant Rennes en 2020. Le made in Krasnodar a porté ses fruits.
Concours de maths, échecs et bonne tête
Une progression qui doit également beaucoup au cerveau de Matveï Safonov, peut-être l’organe le plus musclé du colosse. Dans l’ouest de la Russie, le garçon a laissé le souvenir d’un gamin capable de remporter un concours de mathématiques, ou de briller devant un plateau d’échecs. « Mes capacités intellectuelles m’aident sur le terrain, confie-t-il ainsi dans un sujet que lui a récemment consacré Ligue 1+, tout en prenant soin de rejeter l’étiquette de surdoué, préférant se qualifier de cérébral. Je pense que le style Matveï Safonov, c’est l’intelligence. » Au point que selon certains, celui qui a commencé à déchiffrer ses premiers mots avant même de savoir parler aurait pu avoir un destin tout aussi brillant loin du ballon rond.
Il va épater encore plus. En France, on cherche toujours la petite bête. Il fera des erreurs, mais il va surtout beaucoup apporter à Paris. Pour le moment, il n’est même pas à la moitié du potentiel qu’il avait à Krasnodar.
Des capacités cognitives qu’il a finalement décidé de mettre au service du club de sa ville natale. « Je suis tout à fait d’accord avec l’idée qu’il est un garçon intelligent, abonde Igor Pikusciak. Il avait de bons résultats scolaires. » Une dernière étape dans sa formation franchie avec brio, avant le grand saut vers le monde professionnel au cours de la saison 2018-2019. « C’était un jeune vraiment talentueux et respectueux. C’est quelqu’un d’appliqué, se remémore Charles Kaboré, l’un des cadres du club à l’époque. Il ne parlait pas dans le vestiaire, il était toujours tranquille, dans son coin. »
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Concentré et réfléchi. Voici la voie que Safonov s’est finalement choisie, avec une grande réussite illustrée par ce départ pour Paris à l’été 2024. Dans la capitale, il commence également par faire preuve d’une grande discrétion, conscient que son arrivée ne déchaîne pas les passions. Sans faire de vagues, il apprend le français pour mieux prendre le temps d’échanger avec le monde qui l’entoure. Pratique pour naviguer dans l’océan de sous-entendus qui entoure souvent un club comme le PSG, allant même jusqu’à s’en amuser. Le Thomas Meunier 2.0 est bien conscient également que le temps finira par faire son œuvre. Car entre deux visites dans les musées de la capitale ou shootings photos, le bonhomme s’est construit une belle carte de visite.
Safonov, le gardien du futur au PSG ?
Les opportunités de sa première saison restées sans lendemain, c’est finalement à l’automne 2025 que la bascule s’opère, dans le sillage d’une greffe difficile avec Lucas Chevalier. Avec en point d’orgue cette séance de tirs au but magistrale contre Flamengo, en Coupe intercontinentale. Un exercice qu’il « ne travaillait pas beaucoup », mais dans lequel il brillait « naturellement », dixit Kaboré. Depuis janvier, le débat concernant le dernier rempart parisien est de nouveau en sourdine. Mais jusqu’à quand ? Pour l’ancien Marseillais, aucune raison de rouvrir la boîte de Pandore cet été. « Je suis resté trois ans avec lui, et je peux dire qu’il n’a pas de limites ! Il va épater encore plus. En France, on cherche toujours la petite bête. Il fera des erreurs, mais il va surtout beaucoup apporter à Paris. Pour le moment, il n’est même pas à la moitié du potentiel qu’il avait à Krasnodar. Les face-à-face, les penaltys… Qu’est-ce qu’il nous sauvait ! »
4 - Matvey Safonov devient le premier gardien du Paris SG à stopper quatre penalties lors d'une même séance de tirs aux buts au 21e siècle. Mur. #PSGFLA pic.twitter.com/zsNcgRwlFU
— OptaJean (@OptaJean) December 17, 2025
D’autant que malgré quelques errements occasionnels sur sa ligne, le Russe a démontré une meilleure fiabilité technique que Gianluigi Donnarumma, préoccupation première de Luis Enrique au moment de laisser partir l’Italien. « Notre philosophie s’inspirait du Napoli de Sarri et du Dortmund de Klopp : basée sur le beau jeu. On jouait beaucoup avec le gardien pour repartir proprement de derrière, détaille encore Kaboré. On pressait haut, ce qui obligeait le gardien à jouer comme un libero. À Krasnodar, les gardiens participent beaucoup au jeu à l’entraînement, en particulier les toros, les exercices d’appui-remise… »
2 - @FCKrasnodar's Matvey Safonov has saved two of the last three penalties he faced in RPL (one v Zenit in November 2020 and one today v Ural). He has saved 33% of the penalties faced in RPL (4/12). Reaction.#ТинькоффРПЛ #УралКраснодар pic.twitter.com/gfkuDBPLpm
— OptaIvan (@OptaIvan) July 25, 2021
À croire que finalement, le staff parisien avait plutôt bien fait son travail de prospection avant de surprendre tout le monde en achetant cet inconnu du grand public. « Lorsque Safonov est arrivé au PSG, bien sûr, tout le monde savait qu’il ne jouerait pas tout de suite et qu’il aurait besoin de temps pour s’adapter, remet Pikusciak. Il a fait preuve d’une grande patience et prouvé qu’il avait les qualités nécessaires pour jouer en tant que titulaire. » Si Kim Min-jae ne devrait cette fois pas être de la partie pour revenir le tourmenter, retrouver le Bayern Munich à ce stade de la compétition a tout du rendez-vous décisif pour montrer par a+b qu’il n’est pas une solution de secours. Encore faudra-t-il que le commun des mortels puisse déchiffrer la démonstration.
PSG-Bayern : une vraie affiche de rêvePar Tom Binet et Julien Faure
Propos recueillis par TB et JF, sauf mentions













































