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On a suivi la préparation de l’Équipe française des amputés avant son Mondial en Turquie

Par Léon Geoni, à Villeneuve-la-Garenne et Orly

Un match contre la Turquie, à Istanbul, dans le stade de Fenerbahçe devant plus de 40 000 personnes et en ouverture de la Coupe du monde. C’est ce qui attend l’Équipe française de football pour amputés (EFFA) ce vendredi 30 septembre. Une semaine plus tôt, joueurs et staff se retrouvaient en banlieue parisienne pour un dernier stage de préparation animé. Immersion au cœur d’un groupe de potes qui vit (très) bien.

« Vous l’avez en photo celle-là, hein ? » Le sourire aux lèvres, Billy Lunaschi vient de mettre la praline de la journée, haut le pied : une splendide volée acrobatique, appui béquille. « C’est la technique Dragon Ball Z », se marre-t-il. À l’échauffement, Billy avait travaillé son geste en catapultant les galettes parfaites du capitaine Jérôme Raffetto au fond des filets. Mais la cuisine ne se limite pas au terrain. À quelques mètres, les bénévoles de l’Association des Africains du 92 (AA92) font griller des merguez pour les spectateurs. Sous leurs yeux et sous les nuages qui menacent d’entacher ce samedi après-midi, la sélection nationale des amputés affronte les U14 de Villeneuve-la-Garenne.

Pour moi, c’est quelque chose de fort de revenir dans le quartier où j’ai grandi, avec ces joueurs qui sont tout pour moi. Un message pour toutes les personnes handicapées qui sont présentes aujourd’hui : avec la volonté, tout est possible.

Une double lucarne, chef !

La veille, joueurs et membres du staff de l’EFFA ont débarqué dans les Hauts-de-Seine (92) pour le dernier stage de préparation avant la Coupe du monde. Billy et Jérôme arrivent de Marseille : ils jouent pour l’US Endoume, l’un des quatre clubs de football pour amputés en France. Quelques jours plus tard, les Bleus s’envoleront pour Istanbul. Du 30 septembre au 9 octobre, la reine des compétitions, organisée tous les quatre ans, opposera 24 équipes réparties en six poules de quatre. Et la France a tiré le gros lot. « La Turquie, c’est tout simplement l’une des meilleures équipes du monde », confirme Jérôme. Même son de cloche au sujet des deux autres équipes de la poule de la France au Mondial : « Le Liberia est vice-champion d’Afrique, et Haïti champion d’Amérique centrale. C’est le groupe de la mort. » Ce week-end francilien est donc l’occasion de se mettre dans les meilleures conditions avant d’affronter ce menu titanesque.

Ce samedi-là, à l’initiative conjointe de Kamel Saouchi, l’entraîneur adjoint de l’équipe et de l’AA92, la venue de l’équipe nationale constitue le point d’orgue des « Jeux paralympiques », une journée inédite de sensibilisation au handicap au cœur de La Caravelle, quartier défavorisé où Kamel a grandi. Pour l’occasion, des stars ont fait le déplacement : Gay, aka l’Ancien, et son équipe ont ramené la célèbre « lucarne d’Évry » – ou du moins sa « copie » portative. Personnes en fauteuil, déficients mentaux : tous relèvent le défi. « El Capo » Jérôme prend ses responsabilités. Premier essai, lucarne. « Un peu plus tard, ils m’ont dit de le refaire, et il ne m’a fallu que trois essais pour la mettre à nouveau », rigole le joueur d’Endoume.

Vous êtes pas contents ? Triplé !

Mais les Bleus ne sont pas là que pour imiter « l’Ancien ». Ils ont une compétition à préparer. D’où cette fameuse opposition contre les U14 du club local. « On joue souvent contre des valides, on a du mal à trouver des joueurs amputés pour faire des oppositions », explique Ammar Meribai. Lui est gardien, deuxième dans la hiérarchie. Il vient du Plan d’Aou, dans le 15e arrondissement de Marseille. Dans le foot pour amputés, les portiers ont deux jambes, mais une seule main. Ammar a perdu la sienne il y a quelques années, à cause d’un pétard. Le Mondial en Turquie sera son premier. Certains de ses coéquipiers, comme Nabil Labhilil ou Sébastien Lebailly, en ont déjà disputé trois.

Pied droit-pied gauche les gars, allez !

« Travaille, Driss, travaille ! », « Allez Nabil, c’est bien mon garçon ! » Au bord du terrain, Kamel, encore plus imposant qu’un Igor Tudor en Air Max avec ses 2,05 mètres, alterne entre les encouragements, les remontrances et les vannes : « Pied droit-pied gauche les gars, allez ! » « Attends, je refais mes lacets », lance Billy, goguenard, mimant le geste devant son moignon. Face aux U14, les joueurs jouent trois mi-temps de 25 minutes – un match de football pour amputés dure normalement 2×25 minutes, et oppose deux équipes de sept joueurs. En deuxième mi-temps, les Bleus enchaînent les buts, dont un triplé d’un Marian Sacacol qui marche sur l’eau. Billy, lui, claque sa volée. Les Bleus s’imposent 7 à 2, sans pour autant être satisfaits de leur prestation. Mais pour le moment, l’essentiel est ailleurs. Car Kamel, ému aux larmes, conclut la journée par un discours poignant : « Pour moi, c’est quelque chose de fort de revenir dans le quartier où j’ai grandi, avec ces joueurs qui sont tout pour moi. Un message pour toutes les personnes handicapées qui sont présentes aujourd’hui : avec la volonté, tout est possible. Que Dieu vous préserve. »

Le pied dans le tieb

De retour à l’hôtel, les Bleus filent à la douche. L’occasion d’un débrief avec Guénaël Rocher, aka « Guéna », le coach des gardiens : « Pendant le match, certains gars se retenaient, c’est normal, ils n’ont pas envie de se blesser maintenant. Mais il y a eu de belles constructions à une ou deux touches de balle. » Tout de même satisfait de la prépa, le coach ? « On fait des stages une fois par mois seulement, à Annecy, mais c’est trop léger. » En cause, le manque de moyens dont souffre l’EFFA : l’équipe ne dispose que d’une poignée de sponsors et n’est pas intégrée à la Fédération française handisport (pour cette raison, elle est appelée « Équipe française » et non « Équipe de France » ). « On fait de la prépa tactique, pas encore de la prépa vidéo, mais on aimerait y venir. » Pour ce qui est du physique, « cet été, on a envoyé un programme aux joueurs : certains jouent le jeu, mais tous ne le font pas à fond. »

On ne peut pas atteindre le niveau d’une équipe comme la Turquie avec si peu d’occasions de s’entraîner tous ensemble. Eux ont près de 700 licenciés, un championnat à trois divisions, et surtout, ils ont le statut professionnel.

Le soir, toute l’équipe est invitée au local de l’association AA92. Là, c’est régalade : Mariam, directrice de l’AA92, et les mamans du quartier ont préparé la totale. Pastels de thon, assiettes de tieb gargantuesques, mouton cuit à l’étouffée, pâtisseries, jus de bissap. En partageant une tarte aux framboises, Driss Mlahfi confirme les dires de Guéna : « On ne peut pas atteindre le niveau d’une équipe comme la Turquie avec si peu d’occasions de s’entraîner tous ensemble. Eux ont près de 700 licenciés(contre moins de 50 en France, NDLR), un championnat à trois divisions, et surtout, ils ont le statut professionnel. » Driss, 29 ans, s’est entraîné de son côté avec un préparateur physique. Il travaille aujourd’hui en tant que technicien d’approvisionnement dans une grande boîte parisienne. Il a perdu sa jambe à 18 ans, à Djibouti, renversé par une voiture alors qu’il se rendait en moto aux épreuves du bac. « Les secours ont mis du temps à arriver, ce qui fait que la gangrène avait déjà attaqué la jambe. » Rapatrié en France, il est amputé en dessous du genou. « Un an après, j’ai repassé le bac, je l’ai eu avec mention assez bien. »

Le début de l’intégration ?

Dimanche matin, 9h50. La nuit fut plus courte pour certains que pour d’autres, mais tous sont d’attaque. Sous un soleil qui brille plus fort que la veille, Nabil, Driss et toute l’équipe s’entraînent sur la pelouse du centre de formation du Paris FC, à Orly. Sous la houlette de Patrick Gobert, directeur de la Fondation du PFC, le club les a invités pour une matinée. Le dirigeant explique être « ravi d’accueillir l’équipe ici » et promet « d’essayer de les accompagner du mieux possible à l’avenir ». Un projet qui se dessine et qui irait « peut-être vers la création d’une section amputés au Paris FC », espère Kamel. Ce qui serait une initiative inédite de la part d’un club professionnel français.

Sur le terrain, les joueurs transpirent. Au programme : courses sans et avec ballon, sprints, conduites de balle, pour une des dernières séances d’entraînement avant la Turquie. Billy et Tristan font des virgules avec leur moignon, tandis que Kamel galère à prononcer le nom du dernier cité. « C’est ça Tristian ! » Les autres se marrent : « Montre-lui, Christian ! » L’entraînement se termine par une séance de frappes, où ça trashtalke sévèrement : « C’est ça notre capitaine ? », lance Saliou Sall, le gardien titulaire, à Jérôme qui lui avait pourtant planté deux pions trois minutes avant. À l’entraînement succède une visite du centre, à laquelle succède une rencontre avec les U17 du club, à laquelle succède une fin précipitée. À 14h30, le train qui part de Gare de Lyon pour ramener Jérôme, Billy, Tristan et les autres dans le Sud ne les attendra pas. Les Turcs non plus ne les attendront pas ce vendredi soir. Aux Français d’aller les chercher.

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Par Léon Geoni, à Villeneuve-la-Garenne et Orly

Tous propos recueillis par LG.
Photos par LG.

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