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Čeferin a 48 raisons de se tromper

Par Nicolas Kssis-Martov
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Čeferin a 48 raisons de se tromper

Cette Coupe du monde est définitivement très politique. Dernier exemple en date : le Vieux Continent vient de se prendre un petit retour de bâton de la part du Sud global.

La paille, la poutre… Aleksander Čeferin, président de l’UEFA, aurait affirmé auprès d’une télévision slovène qu’à la suite de l’élargissement de la Coupe du monde à 48 équipes, un certain nombre de matchs se révélaient finalement « sans intérêt ». Il n’en fallait pas davantage pour que treize fédérations, issues de ce que l’on désigne désormais comme le « Sud global », mais principalement africaines (Cap-Vert, Curaçao, Ouzbékistan, Congo, Haïti, Algérie, Tunisie, Maroc, Égypte, Ghana, Sénégal, Côte d’Ivoire et Afrique du Sud), dégainent un communiqué commun afin de tacler l’arrogance de l’UEFA.

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Une réaction en chaîne de solidarité

Ces propos ne sont pourtant pas nouveaux dans la bouche du successeur de Michel Platini, qui critique depuis longtemps cette nouvelle formule. Toutefois, en pleine compétition, ils ont produit leur petit effet et entraîné une réaction concertée assez inédite. Les signataires ont ainsi « respectueusement mais fermement » précisé les raisons de leur désaccord, voire de leur indignation face à l’arrogance européenne. « Pour le Cap-Vert, Curaçao, la Jordanie et l’Ouzbékistan, la qualification pour la Coupe du monde représente un accomplissement historique et la réalisation d’un rêve partagé par des générations ; pour des nations comme le Congo et Haïti, le retour sur la plus grande scène du football après une longue absence revêt une signification particulière pour des millions de supporters qui ont attendu des années, voire des décennies, ce moment. » Derrière ces propos du patron du foot européen se cache aussi le soupçon d’une certaine indifférence face à ce que peuvent représenter le football et ce Mondial pour des nations qui traversent parfois de graves crises.

Ce clash s’avère du pain béni pour Gianni Infantino qui, justement, se maintient au pouvoir en surfant sur ce que le géopoliticien Lukas Aubin qualifie de « désoccidentalisation » de la Coupe du monde. Il ne faut évidemment pas être dupe des manœuvres et stratégies qui sous-tendent le choix d’augmenter le nombre de qualifiés en phase finale : des ambitions économiques et la ruse électoraliste de l’actuel président de la FIFA pour conserver le soutien de confédérations comme la CAF. Mais il serait tout aussi erroné de souscrire à la vision étriquée et hypocrite de Čeferin.

Étriquée, car les rencontres déséquilibrées ou sans enjeu − tel le 7-1 encaissé par Curaçao face à l’Allemagne − ne sont pas apparues cette année. On peut rappeler le 10-1 subi par le Salvador face à la Hongrie en 1982, alors que ces écarts peuvent aussi exister entre deux grandes nations et en demi-finales (coucou le Brésil face à cette même Mannschaft en 2014). Surtout, ces confrontations entre petites et grandes nations représentent aussi, normalement, la raison d’être du Mondial, ce qui demeure de symboliquement universel dans une compétition désormais largement dévorée, sinon dénaturée, par les perspectives financières et les pauses hydratation. Dans le cas contraire, il suffirait d’organiser un Final Four réunissant les meilleures sélections des différentes confédérations.

L’hypocrisie est un vaste pays

Il aurait, en revanche, été possible de réduire le quota de pays européens (16 pour cette édition, contre 13 auparavant), voire Sud-Américains – des équipes qui, pour le moment, ne brillent pas particulièrement par leur qualité – afin d’offrir davantage de places à l’Afrique et à l’Océanie tout en conservant une configuration à 32 équipes. Et c’est à ce moment-là que l’on touche à l’hypocrisie de l’argumentaire de Čeferin. Pour des motivations comparables à celles de la FIFA, l’Euro est passé de 16 équipes en 2000 à 24 en 2024 (pour 55 membres), sans parler de la Ligue des champions, elle aussi largement ouverte et dont la phase de « championnat » rassemble désormais 36 participants.

Ces évolutions ont également largement été commandées par des considérations clientélistes vis-à-vis, par exemple, des pays de l’Est, ou encore par le besoin d’augmenter les revenus distribués aux clubs professionnels afin de contrer le projet de Superligue, sans trop se soucier de ce qui se passe sur le terrain. Cette polémique illustre en tout cas les évolutions du football mondial et explique pourquoi un personnage aussi nocif que Gianni Infantino parvient à se maintenir malgré le mal qu’il inflige à ce sport.

« Oui, Didier Deschamps est le meilleur sélectionneur de tous les temps »

Par Nicolas Kssis-Martov

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