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Lyon, le nouveau centre

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Lyon, le nouveau centre

Ce soir, face au Rubin Kazan, l'OL s'apprête à disputer une place pour une douzième participation en Ligue des Champions. Il se pourrait aussi que se jouent quelques-uns des changements en profondeur établis cet été entre Saône et Rhône.

Peut-être parce qu’on est un peu plus feignasse que la moyenne, ou parfois résigné, on avait fini par admettre l’idée que la domination lyonnaise ne se réduirait jamais qu’à un seul nom et trois syllabes : Juninho. Après tout, l’OL lui-même donnait l’impression de s’y résoudre, n’en finissant plus de collectionner les apprentis architectes du milieu appelés à prendre la succession du maître pernamboucan pour diriger un 4-3-3 bien ordonné. Bien des fois, on a souscrit à cette vision des choses en pensant que le club lyonnais tenait celui qui saurait reprendre les choses là où Juni les avaient laissées. Deux fois, l’idée nous avait été soufflée. La première, à la signature d’Ederson lorsqu’on avait appris que l’étoile montante des Aiglons avait été désignée par le maestro lui-même. La seconde lors de l’arrivée toutes sirènes hurlantes de Gourcuff dont le volume de jeu et la technique superlative devaient ordonner un collectif un brin essoufflé à force de compenser la place laissée vide.

Reste une fois où le récital d’un soir prit l’apparence d’une performance juninhesque. C’était à ce moment précis de l’été où toutes les équipes tâtonnent encore avant de trouver le rythme qui les poursuivra pour la suite de la saison et où l’Olympique Lyonnais devait commencer tambour battant en se frappant d’entrée un tour préliminaire de Ligue des Champions. C’était le 19 août 2009 et ce soir-là, Miralem Pjanic avait fait oublier ses épaules fluettes et le duvet qui couvrait ses joues pour transformer ce match d’accès à la C1 en une simple formalité. Un coup franc pour régler la question au bout de dix minutes, des passes inspirées qui justifiaient l’arrivée des nouvelles recrues achetées au prix fort (Lisandro, Bastos) et l’impression que l’écart existant entre une certaine idée de l’Europe, celle d’Anderlecht, et celle d’un club rompu aux phases finales de Ligue des Champions était encore de mise.

Jeux de l’ego

Deux ans plus tard, au moment d’affronter le Rubin Kazan pour retrouver sa place dans le gotha des soirs d’Europe, le centre de gravité de l’OL a bien changé. Dans le jeu, d’abord. Certes, Pjanic est toujours de la partie. Samedi dernier, il s’est même fendu d’une passe impossible pour permettre à Lisandro de venir à bout d’Ochoa. Mais dans un 4-4-2 qui louche bien plus haut et sur les côtés pour se convaincre après deux prestations séduisantes qu’on peut encore se passer d’un meneur de son calibre. Du coup, Garde se contente de ramener un peu d’équilibre à l’affaire en confiant la question du milieu à un attelage Gonalons-Källström, sans doute pas le plus sexy du moment, un rien poussif par instants, mais qui a fait ses preuves dans l’art d’assurer la récupération et les sobres relances vers l’avant qui vont avec.

De l’héritage de Juninho, l’entraîneur lyonnais n’a pour l’instant conservé qu’une seule chose, cette place à part accordée à ce que Houllier avait appelé les « joueurs de classe mondiale » . Pas la peine de tortiller, ce bonhomme s’appelle Lisandro Lopez et c’est pour lui que s’active désormais le collectif lyonnais. Trois saisons après avoir cherché à prouver le contraire sous Claude Puel, voilà les Lyonnais qui reviennent à l’une des règles les mieux partagées du football professionnel, celle qui veut que le monde appartient à ces joueurs à part. Un type comme Lloris, largement rompu à aux affaires du milieu, ne dit pas autre chose dans L’Equipe : « Quand Lisandro va, Lyon va souvent bien » .

L’Europe, mais laquelle ?

Reste que la question du centre de gravité de l’OL n’est pas encore complètement réglée. Sur la scène européenne s’entend. S’il y a encore deux saisons, les Lyonnais pouvaient faire valoir la différence de classe qui les situait quelques coudées au-dessus des Mauves d’Anderlecht, leur dernier passage en Ligue des Champions les a ramenés à la périphérie des grandes maisons d’Europe. A la peine face à Schalke 04 ou au Benfica, dépassé par le Real. Autrement dit, pas très loin de là où doit graviter le Rubin Kazan. Le genre d’équipe qui a appris à pratiquer le coup d’éclat d’un soir – le Barça pour Kazan ou les Merengue pour l’OL – pour peu que la partie d’échecs engagée tourne en sa faveur.

Face à des Russes adeptes d’une stratégie défensive et du contre express, le tout monté en 3-4-3, les belles intentions lyonnaises risquent d’entrée d’être mises à rude épreuve. Samedi soir, les Corses d’Ajaccio ont donné un avant-goût de ce qui pourrait attendre l’OL pour cette première soirée européenne du côté de Gerland. En voyant revenir les Lyonnais in extremis au score, on s’est dit qu’on tenait peut-être là un de ces signes qui permettent de distinguer une équipe en course pour un titre d’une autre équipe de L1. Ce mardi, c’est une épreuve d’un autre genre qui attend les Gones, celle qui fait la différence entre les soirs de Ligue des Champions et ceux d’Europa League.

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