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« Le Barça a un peu gagné ce soir » : la victoire de l’Espagne fêtée à Barcelone

Par Léna Bernard, à Barcelone
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«<span style="font-size:50%">&nbsp;</span>Le Barça a un peu gagné ce soir<span style="font-size:50%">&nbsp;</span>» : la victoire de l’Espagne fêtée à Barcelone

À Barcelone, où la figure de Lamine Yamal est totémique, la demi-finale entre la France et l’Espagne était particulièrement attendue. Alors que la Roja compte sept joueurs du FC Barcelone dans son effectif lors de ce Mondial, les Barcelonais se sont réapproprié leur équipe nationale. Reportage de la Rambla à la Plaza de Catalunya.

Rien dans l’air ne laissait présager que l’Espagne disputait la deuxième demi-finale de Coupe du monde de son histoire à quelques heures seulement du coup d’envoi du match contre la France. Quelques maillots floqués Lamine Yamal qui se battaient en duel avec les maillots tricolores sur la Rambla, dans le Barri Gótic, à l’Eixample, ou dans les transports. Bien loin de l’agitation. Une journée finalement classique dans la capitale catalane, où le mercure avoisinait les 33 degrés en plein cœur de l’après-midi. Un manque d’enthousiasme, alors, dans une ville où les exploits du Barça règnent en maître ? Seulement en apparence.

Barcelone comme capitale du football espagnol

Face au refus de la mairie de la cité comtale d’installer un écran géant pour suivre la rencontre face au voisin français, les Barcelonais et les touristes présents en masse dans la ville ont pris leurs dispositions afin de suivre le match hors de chez eux. Au moment de tourner sur la Carrer de Zamora, en plein cœur de Poblenou, l’ancien quartier industriel de la ville où désormais les terrasses côtoient les galeries d’art, les bars sont déjà des lieux de rassemblement. L’Ovella Negra, taverne particulièrement prisée les jours de match, voyait déjà plusieurs centaines de personnes affluer une heure et demie avant son ouverture. Trois heures avant le début de la rencontre, l’établissement affichait déjà complet aussi bien dans la partie réservée aux supporters espagnols qu’aux français. « C’est la faute des Néerlandais, ils se sont battus lors du dernier match, du coup on a dû séparer les supporters, c’est la première fois que ça arrive », assure Joan, occupé à jongler entre la distribution de pintes de cervezas et de sangría au comptoir.

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Entre deux sons de Shakira et de Bad Bunny, crachés par les enceintes du bar pour faire patienter la foule avant le début de la rencontre, plusieurs supporters de la Roja affichaient leur optimisme : « On n’a pas perdu face à la France depuis deux ans, ça ne changera pas ce soir », assure Prim, maillot extérieur de l’Espagne sur le dos, floqué évidemment Lamine Yamal, comme 99% des flocages observés en ce 14 juillet, et venu profiter de la rencontre entre amis. « Ils sont bons quand même, tente de nuancer son voisin de table. Mais Lamine est en mission ce soir. » Coup de froid tout de même dans la salle lorsque le onze espagnol apparaît avec Fabián Ruiz titulaire dans le double pivot aux côtés de Rodri, à la place du Barcelonais Pedri.

Passée la déception, l’ambiance monte d’un cran au moment des hymnes, avec une salle reprenant en chœur le fameux « Lolololo », tragique destin d’un hymne sans parole. Le début de match, en revanche, ne prête pas à l’emballement. Jusqu’à la fatidique 20e minute, où Lucas Digne vient taper dans la cuisse de l’idole locale dans la surface tricolore. Le penalty transformé par Mikel Oyarzabal lance définitivement le match, même si les Espagnols n’ont rien à envier aux Français concernant l’absence de chants pour la sélection. Les accolades et les lancers d’ecocups vides en l’air compensent.

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Les Bleus ne reviendront pas, Pedro Porro alourdit le score sur une passe magistrale de Dani Olmo qui fait davantage lever les foules que le but en lui-même. Ici, on acclame d’abord les exploits barcelonais avant ceux des autres. Mais rien ne surpasse, en nombre de décibels, le but inscrit par Lamine Yamal, refusé pour hors-jeu. Alors qu’Ivan Barton vient tout juste de donner les trois coups de sifflet, les « Dónde está Mbappé, Mbappé dónde está ? » (« Où est Mbappé, Mbappé où est-il ? », en VF) s’entrechoquent avec les « Yo soy Español » et « A la final ! »

Mbappé comme représentant du madridisme

Les rues barcelonaises sont ainsi le théâtre des regroupements spontanés, où supporters espagnols, catalans et touristes chantent leur joie entre les klaxons, les Rojigualdas qui flottent en l’air et pogos en pagaille à chaque feu passant au rouge. De l’Arc de Triomf à la plaza Urquinaona jusqu’à la plaza Catalunya, à chaque fois le même spectacle : des gens affublés d’un maillot de l’Espagne chantant et dansant, parfois debout sur les arrêts de bus pour animer la foule en envoyant quelques pétards sur la chaussée qui restaient de la Sant Joan. Un seul nom toutefois revient en boucle dans toutes les bouches et tous les chants, celui de Kylian Mbappé.

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Figure du madridisme et capitaine de l’équipe adverse, le numéro 10 tricolore a eu les oreilles qui sifflent. Plaza Catalunya, un maillot madrilène floqué Mbappé est même brandi, provoquant les hurlements de la foule et faisant doubler de volume les insultes contre la star française. Une prise en grippe logique selon Frederic Porta, historien catalan : « En Espagne, ce sont toujours les clubs qui priment sur l’équipe nationale, même si celle-ci connaît le succès. Le FC Barcelone et le Real Madrid ont toujours besoin de détester un joueur dans l’autre équipe et Mbappé est un cas à part. Depuis son arrivée en Espagne, il est devenu une vedette. Il se comporte de manière bien plus arrogante qu’au PSG. Mais l’ennemi est toujours craint et, au fond, respecté, ces insultes traduisent aussi une certaine admiration. »

Le Barça est notre ambassadeur dans le monde. Petit à petit, les gens d’ici, avec l’absence d’une sélection catalane, acceptent la réalité.

Frederic Porta, historien catalan

Dans la capitale catalane, l’amour du Barça n’est toutefois jamais loin, et l’attache à cette Roja version 2026 tient aussi à l’absence de Madrilènes, comme le confirme Pol, étudiant en sciences sociales et économiques à l’université de Barcelone affublé d’un maillot Pedri : « Comme il n’y a pas de joueurs madrilènes, ça rend la sélection plus facile à supporter. Lamine obtient le penalty, Olmo fait la passe sur le deuxième but, le Barça a un peu gagné ce soir. » Pour Elena, qui remonte la Ronda de Sant Pere vers la plaza Catalunya pour célébrer la qualif, c’est surtout la figure de Lamine Yamal qui permet aux jeunes de s’identifier à la Roja : « Il est tout ce que les supporters du Real détestent : il joue pour le Barça et en plus il fait gagner l’Espagne. »

La plaza Catalunya a été le point de rassemblement des supporters espagnols après la qualification de l’Espagne en finale du Mondial.
La plaza Catalunya a été le point de rassemblement des supporters espagnols après la qualification de l’Espagne en finale du Mondial.

Pour Frederic Porta, c’est surtout l’absence de sélection catalane qui permet l’identification à la Roja, encore plus quand elle gagne : « Le Barça est notre ambassadeur dans le monde, en tant que Catalan, je dirais, et surtout ces dernières années, car la sélection espagnole, c’est essentiellement le jeu du FC Barcelone, avec des joueurs du FC Barcelone. Petit à petit, les gens d’ici, avec l’absence d’une sélection catalane, acceptent la réalité. C’est une prise de conscience. Et ils se disent : “Si on n’a pas de sélection, alors on soutient l’Espagne, parce que ce sont nos joueurs. Et en plus, c’est notre style de jeu, un style esthétiquement beau, spectaculaire, basé sur le jeu combiné, comme on aime ici. » L’occasion de se rassembler et de chanter contre le Real Madrid, entrecoupé de plusieurs « Free Palestine » scandés par la foule, plus que de célébrer la deuxième qualification en finale de la Roja, au fur et à mesure que les minutes s’égrènent, la foule se fait de moins en moins dense. La fête ne se prolonge pas jusqu’au bout de la nuit, mais l’effervescence a le temps de monter d’un cran jusqu’à dimanche. L’attachement vient en gagnant.

Ansu Fati chambre Paul Pogba après France-Espagne

Par Léna Bernard, à Barcelone

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