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L’incroyable histoire de Basurko, le curé goleador

Par Marcelo Assaf, avec Thomas Goubin
3' 3 minutes
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L’incroyable histoire de Basurko, le curé goleador

Ce n'est pas loin d'être l'histoire la plus invraisemblable de l'histoire du football. Le 29 avril 1971, un curé espagnol, pigeant pour le Barcelona Guayaquil, met fin à quatre ans d'invincibilité à domicile des Estudiantes la Plata en Copa Libertadores.

Fernando Llorente en soutane. Voilà à quoi devait ressembler Juan Manuel Basurko. On le décrivait comme blond, grand, et athlétique. Comme Richard Chamberlain dans Les oiseaux se cachent pour mourir, le curé plaisait aux femmes, mais l´homme se devait à Dieu. Ce n’était pas le seul de ses dilemmes. Basurko devait choisir entre deux religions : celle profane, du football, et la catholique.

En 1969, Juan Manuel Basurko débarque en Équateur. Affecté à la paroisse San Camilo de Quevedo, sise dans la province de Los Ríos, le curé basque ne rechigne pas à taper dans le ballon entre deux sermons et séduit les dirigeants de la confidentielle Liga Deportiva Universitaria de Portoviejo. S’il reste tiraillé entre ses obligations sacerdotales et l’envie d’empiler les buts, Bazurko ne peut cacher son talent. Attaquant percutant, le missionnaire basque a les pieds qui trempent dans l’eau bénite, au point de susciter l’intérêt des dirigeants du Barcelona Guayaquil, l’un des grands clubs équatoriens.

Catéchèse et Manchester United

En 1971, Bazurko va devenir une sorte de joker du Barcelona du Pacifique. Délaisser la catéchèse ne l’enchante pas et le club de Guayaquil se voit contraint de n’aligner qu’au compte-goutte sa curieuse recrue, aussi à l’aise sur un autel que dans la surface de réparation. C’est toutefois loin d´être un drame pour un club qui dispose d’un effectif de 30 joueurs, dont neuf étrangers (quatre Uruguayens, trois Brésiliens, un Péruvien, et un Espagnol). Reste que l’entraîneur du Barcelona insiste au moment de faire le long voyage vers La Plata, en Argentine, pour emmener le curé goleador. Ce match de Copa Libertadores est le second d’une deuxième phase de poules où les leaders de deux groupes de trois deviendront les finalistes de la prestigieuse épreuve sud-américaine.

Pour situer le niveau de l’adversaire du Barcelona Guayaquil, il suffit de préciser que les Estudiantes La Plata sont alors les triples tenants du titre de la Libertadores. Ils ont également remporté l’Intercontinentale face à Manchester United en 1968. En Amérique du Sud, les Estudiantes d’Osvaldo Zulbedia, entraîneur avant-gardiste, font figure de véritables terreurs. Depuis leur première participation à la Copa Libertadores, en 1968, ils n’ont pas perdu un seul match à domicile. Pour les faire tomber, il faudrait au moins un miracle…

« Bénies soient les chaussures du père Basurko »

Loin de l’ultra-professionnalisme des joueurs des Estudiantes, Basurko peine à délaisser ses ouailles mais finit par accepter de voyager à La Plata. A la pointe de l’attaque, il sera aligné aux côtés de l’Équatorien Albert Spencer, légende de Peñarol et goleador historique de la Libertadores (54 buts). A la 63e minute, l’improbable se produit : suite à une combinaison entre Spencer, Jorge Bolaños et Washington Muñoz, Basurko hérite du ballon face au but et trompe le gardien d’Estudiantes. « Bénies soient les chaussures du père Basurko » , hurle alors un reporter d’une radio équatorienne. Il s’agira du seul but de la rencontre. Si Barcelona, à l’inverse des Estudiantes, ne parviendra pas à se qualifier pour la finale de la Copa Libertadores, cette victoire sur le terrain des Argentins est passée à la postérité comme « l’exploit de La Plata » . « Quand je me suis retrouvé face au gardien, se rappelle Basurko, j’ai attendu le plus longtemps que j’ai pu avant de placer doucement mon ballon à l’opposé de la course du gardien ; les Argentins n’arrivaient pas à y croire. »

Curé et héros, Basurko offre alors au football équatorien l’une des plus grandes joies de sa jeune histoire. Il ne s’attardera cependant pas au Barcelona Guayaquil et retournera faire trembler les filets dans l’anonymat, ou presque, à la Liga Deportiva Universitaria de Portoviejo. Un an après avoir marqué son but de La Plata et l’histoire de la Libertadores, Basurko raccroche les crampons. Il finira par mettre fin à son autre carrière une fois revenu en Espagne, où il abandonnera la soutane pour se marier. Père de deux enfants et légende de la Libertadores, Juan Manuel Basurko est décédé le 24 mars 2014, à 70 ans.

« Dans ces moments, il n’y a plus de Flamands ou de Wallons, on est tous ensemble  »

Par Marcelo Assaf, avec Thomas Goubin

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