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Mikel chrome

Par Arsène Belgodère-Soria
5' 5 minutes
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Mikel chrome

Mikel Merino surgit quand on ne l’attend pas, comme pour rappeler qu’il existe. Ce lundi soir, il offrait la victoire à l’Espagne contre le Portugal. Comme à l’Euro 2024, avec un but à la 119e minute face à l’Allemagne. À 30 ans, le joueur polyvalent estime être au « sommet ». Il l’a bien mérité.

Bouche-trou (n.m.) : personne ou objet qui ne sert qu’à combler une place vide, à figurer, à faire nombre. Si certains font de leur carrière un gigantesque tour des clubs, des pays voire des continents, Mikel Merino est plutôt du genre à connaître un maximum de postes possibles. Milieu central, défenseur central, numéro 6, milieu offensif et, plus récemment, faux 9 : le natif de Pampelune a fait de sa faculté à se faire balader partout sa force et l’occasion de se faire une place dans l’Arsenal de Mikel Arteta et dans la sélection espagnole de Luis de la Fuente. Tant mieux pour eux, tant mieux pour lui.

D’Osasuna à la Roja et de cireur de banc du Borussia Dortmund à facteur X d’Arsenal, il n’y a qu’un pas. Pur produit du foot navarrais, le jeune Mikel fait ses classes au CA Osasuna en Liga 2, tout en étant régulièrement appelé en sélections jeunes espagnoles, sans jamais vraiment faire partie du gratin de cette génération que l’on annonce comme le futur chez les A. Jan Urban, ancien coach de Merino à Osasuna, se rappelait, dans The Athletic, d’un joueur « pas spectaculaire mais bourreau de travail ». Comme de nombreux besogneux chez lesquels le talent n’est pas le premier critère posé sur la table, il comprend qu’il lui faudra de la patience (et donc du travail) pour connaître la Roja. Avant 2020 et un appel de Luis Enrique, il n’entre dans les plans d’aucun des sélectionneurs et recule dans la hiérarchie au fil des années. Saúl Ñíguez, Rodri, Pablo Fornals, Brais Méndez, Fabián Ruiz – entre autres –, tous de la même génération, gagnent leur place au détriment du Navarrais.

De bas à Benítez

Le prix à payer d’un niveau footballistique qui n’a rien d’exceptionnel, mais également d’un choix de carrière, à l’été 2016, pour le moins discutable. Il passe alors d’Osasuna, pensionnaire de Liga 2 et club peu médiatisé, aux projecteurs du Borussia Dortmund, tout frais deuxième de Bundesliga et au grand statut de club européen que l’on connaît. Mikel se perd dans un effectif beaucoup trop compétitif pour lui et tombe de son nuage, devenant chauffeur de banc officiel du club allemand. « Je ne pensais pas que je ne jouerais pas et je me croyais vraiment préparé », confiait-il à La Media Inglesa. Un rêve rapidement fauché par la réalité du haut niveau : absolument pas prêt, il ne joue que huit petits matchs en Bundesliga et gratte 293 petites minutes de jeu.

Il lui faut un prêt à Newcastle et une rencontre avec Rafael Benítez pour comprendre ce qui pourrait devenir sa force : la polyvalence. Chez les Magpies, il recule d’un cran, en numéro 6 devant la défense et se découvre des qualités pour organiser le jeu en étant plus bas sur le terrain, un « moment d’expérience, où je découvre des postes auxquels je ne joue pas habituellement ». Rebelote à la Real Sociedad, entre 2018 et 2024 : un coup, le voilà milieu défensif, un autre numéro 10 et encore un autre ailier droit, ailier gauche, voire défenseur central et buteur. Le couteau suisse Merino sait tout faire.

Ce profil multifonction attire Luis Enrique, qui lui offre les joies d’une sélection avec la Roja, le 3 septembre 2020 contre l’Allemagne en Ligue des nations. Sous l’actuel entraîneur du PSG comme aujourd’hui avec Luis de la Fuente, Merino n’est pas le premier nom coché pour être titulaire. « Si tu boudes parce que tu es remplaçant, alors ce groupe n’est pas fait pour toi », lâchait-il après son but de la qualification contre le Portugal, comme s’il n’était pas davantage pressé à 30 ans qu’à 23. Ce but, justement, résume bien le joueur et ce qu’il a de précieux : un coup franc joué à 35 mètres de la cage de Diogo Costa, une projection vers l’avant de numéro 10 et une finition de buteur.

« On ne s’habitue jamais à ce genre de joie »

Inévitablement, Merino est devenu une pièce maîtresse de la Roja et de son équilibre. Il répond présent, qu’il soit sur le banc ou sur le terrain. Il ne fait pas non plus de mal à un groupe, tout en acceptant de ne pas toujours comprendre les codes de la nouvelle génération. « Je trouve difficile à comprendre leur manière de parler », confiait-il à COPE comme un grand-père un poil largué. Il y a trois semaines, après la déroute de l’Espagne contre le Cap-Vert, il répondait pendant près d’une heure, patiemment, aux questions des journalistes espagnols, paraissant presque heureux de participer à cette conférence de presse, une épreuve pourtant souvent perçue comme barbante par la plupart des joueurs.

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Mikel le sait, sa présence à ce Mondial américain relève presque du miracle. Le 25 janvier dernier, lors d’un match contre Manchester United, il s’était gravement blessé, victime d’une fracture du pied droit. Quatre mois plus tard, il se contentait de 28 minutes avec Arsenal pour finir la saison et d’une finale de Ligue des champions perdue et vécue sur le banc, à Budapest. Dans ce contexte et avec une telle forme, la décision de De la Fuente de faire appel à son joueur à tout faire est révélatrice de son importance avec la Roja« C’est la deuxième fois que je vis ça, mais on ne s’habitue jamais à ce genre de joie. Dans un match aussi beau, vu la manière dont on s’est battus… pouvoir offrir une telle joie aux gens devant leur télévision, c’est une sensation incroyable, partageait Merino après le quart de finale. Il y a eu des hauts et des bas. C’est la vie. Des bons moments et des mauvais. Je pensais que je ne participerais même pas à la Coupe du monde, et aujourd’hui je suis au sommet. » Il le sera peut-être encore un peu plus dans trois matchs, le 19 juillet.

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Par Arsène Belgodère-Soria

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