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Grégory Poirier : « Malgré son déchet, Olise a toujours envie de jouer vers l'avant »

Ancien coach du Red Star, qu’il a mené en barrages cette saison, Grégory Poirier apporte son éclairage tactique après les matchs de l’équipe de France dans cette Coupe du monde. Le technicien parle des difficultés de Michael Olise, mais aussi de ce qu'il continue à apporter, ainsi que de l'emprise des milieux français sur ceux d'un Maroc décevant.
La France a parfaitement maîtrisé sa demi-finale, mais le Maroc a aussi été très décevant. À quel point la peur du quatuor offensif des Bleus chamboule les plans de l’adversaire qui craint de laisser des espaces ?
Je suis un peu déçu que les sélectionneurs ne voient qu’un angle en se disant qu’il y a un gros quatuor en face et qu’il faut donc mettre toute l’énergie à bien défendre proches les uns des autres. Tu peux aussi le voir différemment sur le plan de jeu en voulant plus le ballon pour surprendre l’adversaire et miser sur le fait que l’équipe ne défendra pas très bien, même s’il y aura des transitions à gérer. À la récupération, le Maroc essayait de garder le ballon, sans jouer vers l’avant pour avoir un peu de maîtrise et s’est fait surprendre à plusieurs reprises sur le contre-pressing. Ils acceptent trop le rapport de force pour essayer de le contrer, plutôt que d’imposer quelque chose d’autre. Et la France est préparée à ça, elle sait que ce sera dur face à un bloc bas en première période. Je pense qu’il voulait mettre à mal Hakimi en préférant Doué à Barcola. Il avait aussi sûrement vu que le Maroc ne défendait pas très bien sur les doubles largeurs, donc Doué avait ce rôle de percuter sur Hakimi ou de libérer un espace pour Digne. En tout cas, il n’y a rien de pire que de perdre un match avec ce regret de ne pas avoir essayé. Maintenant, la France est très, très préparée à répéter encore et encore pour faire sauter le verrou.
Après un début de Coupe du monde très réussi, Michael Olise a été beaucoup moins précis contre le Paraguay et le Maroc. C’est la conséquence des blocs resserrés ?
Olise a raté pas mal de choses, il a eu du déchet parce qu’il joue dans un bloc bas. Il n’y a pas eu beaucoup de ligne de passes dans les espaces, encore qu’il y a celle pour Mbappé sur le penalty. Malgré son déchet, il a toujours l’envie d’être une menace et de jouer vers l’avant, c’est à souligner. Il ne faut pas être déçu de ses prestations. C’est un joueur qui a besoin d’alimenter ses attaquants par la passe, mais il a aussi besoin de dribbler. Sur les deux derniers matchs, c’est surtout l’adversaire qui fait beaucoup plus attention tellement il a mis du danger sur les matchs de poules. Ils jouent différemment contre lui, en resserrant et en mettant plus de duels et d’impact. Alors oui, c’est dur en première période, mais il reste dangereux par la répétition et c’est souvent sur la seconde période, quand l’adversaire a plus de fatigue, qu’il lâche des choses. C’est la même chose pour Dembélé, il n’a pas son niveau du PSG, mais l’équipe en face doit être tellement concentrée défensivement que ça permet à Mbappé d’être le meilleur joueur de cette Coupe du monde.
Le fait d’avoir quatre offensifs aussi forts, ça libère les postes derrière pour avoir l’énergie de se concentrer sur la défense.
Pourquoi Olise a-t-il toujours l’air d’avoir besoin de temps pour entrer dans ses matchs ?
Il y a des joueurs, comme ça, qui ont besoin de courir, se dépenser, quitte à avoir un peu de déchet. Au fil du match, ils prennent le dessus sur l’adversaire direct et un peu plus de confiance avec le ballon. C’est un joueur très bon sur la durée. J’y vois presque du positif, comme on en parlait au début : l’adversaire se met tellement dans la tête qu’il doit faire attention à Olise, Dembélé, Mbappé qu’il en fait une priorité dans son plan de jeu.
Pour rester sur Olise, il connaît bien les blocs resserrés en jouant toute la saison au Bayern, même si la Bundesliga laisse des espaces. Ce ne serait pas un peu facile de dire qu’il a forcément besoin d’une équipe moins défensive en face pour briller ?
Il faut contextualiser : avec la France, il joue dans l’axe et au Bayern il est à droite, donc il est plus sur de la percussion, même s’il doit avoir une qualité pour trouver les demi-espaces avec des appels tranchants du latéral, de l’attaquant ou d’un milieu qui se projette. Là, on est plus sur de la passe axiale pour Mbappé, il est plus question de vision de jeu. Mais on en revient aux adversaires. Par exemple, sur le début de match, ils défendent des zones avec beaucoup de densité proche du porteur et on voit un cadrage intensif dès qu’Olise a le ballon. C’est à lui aussi d’appréhender un peu mieux ses premières périodes, sachant qu’il n’avait pas cette adversité et cette intensité parce qu’on attendait plus Mbappé et Dembélé. Si c’est l’Espagne en demi-finales, ils seront dans la maîtrise et il aura des opportunités à la récupération pour servir ses coéquipiers devant.

Le 4-2-3-1 installé par Deschamps générait quelques doutes en début de tournoi, mais la France sort des trois derniers matchs avec très peu de xG contre elle (0,7 contre la Suède, 0,13 contre le Paraguay et 0,14 face au Maroc). Comment le carré axial milieu-défense centrale parvient à éteindre le danger ?
Pour les deux centraux, c’est assez simple : on leur dit de rester concentrés en sachant qu’on va avoir la maîtrise. On voit qu’ils n’essaient pas d’outrepasser leur rôle ou d’avoir un dépassement de fonctions. Leur objectif, c’est d’abord de bien défendre et après de jouer simple à la récupération. Sur les deux milieux, c’est un peu différent. Dans la récupération et le contre-pressing, Koné a fait un gros match. J’avais un peu peur après le match du Paraguay, je m’étais dit que Tchouaméni manquait un peu dans son rôle de stabilisateur, mais la doublette avec Rabiot a été bonne. Après, on a beaucoup parlé du milieu du Maroc et ils deviendront peut-être des grands joueurs, mais ça reste en-dessous de ce qu’on a actuellement dans cette équipe de France. C’est aussi ça qui a révélé le match, il y avait une emprise des deux milieux français. Le fait d’avoir quatre offensifs aussi forts, ça libère les postes derrière pour avoir l’énergie de se concentrer sur la défense. Maintenant, on avance dans la compétition, mais le Paraguay et le Maroc étaient des équipes très moyennes offensivement.
Si c’est l’Espagne, cette équipe a la maîtrise pour faire déjouer l’équipe de France et lui faire voir quelques failles.
Peut-il y avoir un dilemme entre Tchouaméni et Koné pour Deschamps en vue de la demi-finale si le premier est totalement remis physiquement ?
Il peut y avoir une vraie réflexion. Si on doit devenir ce que va faire Deschamps, je dirais qu’il mettra Koné parce que Tchouaméni peut manquer de rythme. Si on lit un peu le mouvement du jour, il sort Koné assez tôt, sachant qu’il était sous la menace et le préserver physiquement, ça donne des indices. Et ce serait logique de laisser Koné.
Quel adversaire doit préférer la France en demi-finales : l’Espagne ou la Belgique ?
Je préférerais l’Espagne parce que j’ai envie de voir si la France peut gagner contre les meilleurs, même si la Belgique a un bon match à jouer et a pris de la confiance. L’Espagne, ce serait le plus dur pour les Bleus. Beaucoup parlent de l’Argentine, mais je crains beaucoup l’équipe espagnole qui n’a pas de la maîtrise pour avoir de la maîtrise, mais pour faire mal à l’adversaire. Et ça pourrait faire déjouer l’équipe de France et lui faire voir quelques failles. L’Espagne, c’est l’équipe qui me fait le plus peur depuis le début.
Henry prévient déjà ZidanePropos recueillis par Clément Gavard










































