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Grégoire Coudert, nouvelle vague

Il n’était pas le préféré d’Éric Roy en début de saison, mais les clowneries de Radoslaw Majecki ont projeté Grégoire Coudert au premier plan. Le gardien de 26 ans, décisif contre l'OM la semaine dernière, a eu raison de prendre son temps. Et de préférer le foot au rugby.
Grégoire Coudert pouvait avoir le sourire aux lèvres, vendredi dernier, quand il a débarqué dans l’étroite zone mixte du stade Francis-Le Blé. « J’avais étudié sa façon de tirer », lâchait-il devant les micros pour revenir sur son face-à-face gagné contre Mason Greenwood sur penalty dans le dernier quart d’heure d’un match qui aurait alors pu tourner du mauvais côté pour les Brestois. En plus de cette prouesse, l’Anglais étant plutôt habile dans l’exercice, le portier finistérien avait empêché l’Olympique de Marseille de revenir à flots à plusieurs reprises (2-0).
Il semble (enfin) tenir son match référence chez les professionnels, ce qui ne déplaît pas à Éric Roy. « J’attendais aussi une performance référence pour Greg Coudert, et ce soir il a répondu présent, se réjouissait l’entraîneur de Brest en conférence de presse d’après-match. Je suis très content pour lui, car il travaille dur. Et nous avons besoin d’un gardien en pleine confiance. » Voilà qui tombe bien, car le type est plutôt serein, même quand ça tangue.
𝐈𝐧𝐟𝐫𝐚𝐧𝐜𝐡𝐢𝐬𝐬𝐚𝐛𝐥𝐞 Grégoire Coudert 🧤 pic.twitter.com/BKV7wyIeAi
— Stade Brestois 29 (@SB29) February 23, 2026
Ballon ovale et ballon rond
Son nom pourrait sonner breton, mais Coudert n’a pas vraiment grandi là où la pluie et le vent peuvent devenir de bons amis. Le pays du biniou est un peu lointain pour celui qui vient du Sud et de Rodez, sa ville natale, là où il découvre les joies du ballon, qu’il soit rond ou ovale. Dans un coin où le rugby fait partie de la culture locale, le jeune Grégoire se prend d’affection pour les deux sports. Du côté de Brive, qui parle plus aux amateurs de transformations que de frappes en lucarne, Coudert s’éclate autant à faire des caramels avec le Cercle Athlétique qu’à en arrêter avec l’Étoile sportive Aiglons. « À un moment, il a fallu choisir, expliquait ce fan du Stade toulousain à La Montagne. J’aimais beaucoup jouer avec mes mains mais je n’aimais pas courir donc gardien de but était le poste parfait pour moi. Surtout que sur le terrain, je ne faisais que poser des gros tacles. »
J’aimais beaucoup jouer avec mes mains mais je n’aimais pas courir donc gardien de but était le poste parfait pour moi.
En 2013, le portier plaque Brive pour poursuivre sa formation au Tours FC, toujours sans agent. Il croise la route de Fabien Campioni, entraîneur des gardiens du club phare de la vallée du Cher, pas vraiment convaincu que son côté rugbyman ne puisse l’aider dans sa carrière de footeux. « Je trouvais que c’était un défaut d’avoir pratiqué le rugby avant et d’être ensuite arrivé dans le foot parce qu’en termes de motricité, ce ne sont pas du tout les mêmes chaînes musculaires qu’on utilise au niveau des membres inférieurs, illustre-t-il. Il avait ces attitudes de rugbyman avec les pieds très ancrés dans le sol et des appuis très écartés. Ça l’empêchait de pouvoir repartir avec les contre-appuis. Dans le foot, on demande d’être très mobile, souvent sur la pointe des pieds pour être très explosif. »

Il compense rapidement ce côté pataud par son imposant gabarit : « Quand il arrivait dans les duels, les joueurs n’aimaient pas pas trop rester en face. » Lancé dans le grand bain lors d’un déplacement sur la pelouse du RC Lens le 17 décembre 2017, à 18 ans, Coudert finit la partie avec deux buts dans l’épuisette, sans non plus avoir froid aux yeux. « Je lui expliquais qu’il fallait faire attention dans ce stade spécial, où le kop n’est pas derrière le but, ça peut perturber, se souvient Campioni. Au moment de rentrer sur le terrain, je retourne le voir, je lui dis « Bon petit, c’est maintenant ou jamais ! » Il sent que je suis stressé et il me fait : « T’inquiète, ça va bien se passer » Et là, je le vois, je le regarde et je me dis que putain, ce gamin est incroyable. » Encore plus quand il ose sortir son plus beau crochet dans sa propre surface pour éliminer l’attaquant Cristian López.
De quatrième gardien à numéro un
À l’époque, jouer un match de Ligue 2 avec le FC Tours, un club aujourd’hui disparu après des déboires économiques et « remplacé » par l’Union Foot Touraine, ne signifie pas devenir automatiquement un joueur professionnel. « À Tours, ça a été vraiment compliqué pour lui parce qu’on lui avait promis de lui offrir un contrat professionnel et on l’a fait un peu attendre, concède son mentor de l’époque. Lui et moi avons pris du temps pour en parler et je sais que cette déception a duré une semaine. Et après, ça repart. Chez lui, les déceptions ne traînent pas dans le temps. » S’il craint que sa carrière ne soit menacée par les galères du club, il parvient à trouver un point de chute à Amiens, où il signera son premier contrat pro après ses 20 ans. Sans non plus parvenir à s’imposer, avec deux petites apparitions au compteur et du temps de jeu avec l’équipe réserve. Et alors ?
Rempli d’ambition, il voulait parfois aller trop vite. Donc, à un moment donné, on est obligé de le tirer un peu vers l’arrière pour le ramener dans le troupeau.
Été 2021 : cap’taine Greg accoste au Stade brestois en tant que.. quatrième gardien. Marco Bizot éclipse Gautier Larsonneur et demeure indétrônable jusqu’à son départ en juillet dernier pour Aston Villa. Le gaillard voit même Radosław Majecki débarquer en prêt de l’AS Monaco pour lui boucher la voie. Malheureusement pour Brest et fort heureusement pour le Ruthénois, le Polonais enchaîne les boulettes. Coudert et son mètre quatre-vingt-douze est désigné nouveau titulaire pour éviter la casse : mieux vaut tard que jamais, et il le sait. Ce rugbyman de gardien a appris à attendre son heure. « Rempli d’ambition, il voulait parfois aller trop vite, se rappelle Campioni. Donc, à un moment donné, on est obligé de le tirer un peu vers l’arrière pour le ramener dans le troupeau. De temps en temps, j’étais obligé de le recadrer un peu. Parfois, il ne le comprenait pas. Mais avec le temps, quand je lui ai expliqué, je lui ai dit qu’il pouvait y arriver. »
Si ce nouveau marin semble avoir trouvé le palan idéal pour faire chavirer les coeurs brestois, il n’en reste pas moins une doublure qui a su saisir sa chance. Le club se trouvant proche d’une dérive financière, il n’a été question d’aucun recrutement cet hiver, pas même pour assurer le si précieux poste de gardien de but. Dès le prochain mercato, les dirigeants bretons pourraient bien larguer les amarres sur un portier plus expérimenté et plus robuste. Mais en attendant la prochaine vague, ce sera bien Grégoire Coudert qui tiendra le cap : pas de panique à bord.
Revivez Brest-Marseille (2-0)Par Suzanne Wanègue
Propos de Fabien Campioni recueillis par SW






















































