• Mondial 2022
  • Dans les coulisses

Le match que personne n’aurait voulu voir : Légendes FIFA-ouvriers

Par Mathieu Rollinger, au stade Al-Thumama

La FIFA organisait ce lundi une petite sauterie à Doha pour un match d'exhibition entre ses légendes vieillissantes et plusieurs travailleurs migrants, dispatchés dans deux équipes mixtes. Forcément, Gianni Infantino n'a pas pu s'empêcher d'y passer une tête. Et c'est le match que personne n'aurait voulu voir.

Équipe bleue 0-3 Équipe jaune

Buts : Gomes, Del Piero (SP) et Sasi pour les Jaunes

Il n’y a pas 48 heures que Youssef En-Nesyri a touché le ciel dans ce stade Al-Thumama, que voilà déjà l’enceinte à la forme de gahfiya (couvre-chef traditionnel en VF) vide de sens. Les agents de sécurité n’ont plus personne à fouiller ou à biper, la salle de presse commence à être démantelée, tout comme les bureaux réservés aux journalistes en tribune, et neuf sièges sur dix sont relevés. La Coupe du monde ne reviendra pas ici, sauf pour un dernier tour de piste de 60 minutes, qui s’apparente moins à du football qu’à un numéro de cirque. En ce jour sans match, la FIFA a organisé une petite rencontre d’exhibition entre ses « légendaires ambassadeurs » et un groupe de travailleurs résidant au Qatar. Certains d’entre eux avaient pris part à la Worker’s Cup, une initiative valorisant des ouvriers œuvrant sur les chantiers des stades dans un tournoi de foot et filmée pour donner corps à un documentaire. Ce lundi, ils ont eu le droit de jouer aux côtés de quelques stars du foot d’avant. « C’est bien d’avoir organisé cette petite fête avec des gens qui sont là depuis longtemps, qui ont travaillé sur les chantiers de ces stades, expose Youri Djorkaeff. Ça prouve qu’on est bien conscients de ce qu’il se passe autour. On n’a pas parlé de leur quotidien, parce que quand ils sont dans ces vestiaires, avec nous, ils ont envie de parler de foot. Ce sont tous des footeuxcrazydans l’âme. La beauté du foot, c’est que sur un terrain, on est tous les mêmes. »

Infantino au sifflet

Pour ces vétérans, invités par les organisateurs, cette petite sortie est aussi l’occasion de se dégourdir les jambes, après près d’un mois à user ses jeans sur les fauteuils des loges présidentielles, même si un noyau d’hyperactifs se donne rendez-vous dans un five tous les midis pour éliminer les cocktails de la veille. L’échauffement se limitera donc à un petit décrassage des adducteurs et des échanges de balle. À 18h02, le cérémonial se met en place, avec la même bande-son et la même entrée des joueurs que pendant les matchs officiels, le show pyrotechnique en moins. Plus de 5000 spectateurs, dont les familles et les amis des ouvriers, se sont installés en tribune latérale sans faire de vagues, quelques télévisions sud-américaines captent l’événement, avec toujours une bimbo face à la caméra pour égrener les noms ronflants de la feuille de match avec un enthousiasme à peine feint. Derrière, le spectacle se met en place : les Jaunes d’un côté, emmenés par Alessandro Del Piero, les Bleus de l’autre, rangés derrière Cafu. Au milieu, Gianni Infantino.

Le président de la FIFA s’est payé une petite tranche de kif en enfilant un short et un maillot d’arbitre afin de profiter, lui aussi, de la lumière des projecteurs du stade. Vu qu’il s’est engagé à être présent à chacune des 64 rencontres du Mondial, quitte à devoir enchaîner une première temps ici et la seconde là, l’Italo-Suisse n’en était pas à un 65e près. Un petit mot d’accueil passé, il peut lâcher le micro et empoigner le sifflet pour donner le coup d’envoi. Au bout de cinq minutes et deux allers-retours (le rythme va piano), le referee éphémère stoppe le chrono et annonce son propre changement par une arbitre professionnelle, sans oublier de dégainer un carton jaune à Alessandro Del Piero, visiblement pour contestation. Impossible de connaître la teneur des propos, mais il n’était certainement pas question ici du nombre de morts sur les chantiers. Place au jeu, mais pas trop vite.

Terry triquard

Les Jaunes imposent une nette domination. Michel Salgado pousse sur son côté droit, décale Alessandro Del Piero qui dépose le ballon sur la tête de Nuno Gomes au second poteau. Voilà trois représentants de nations éliminées ou absentes de ce Mondial qui peuvent redonner un peu le sourire à leurs compatriotes. Côté français, si Sabri Lamouchi est un peu emprunté, Youri Djorkaeff a réenfilé le jogging « pour laisser la place aux autres ». Claude Makélélé se met quant à lui en évidence en provoquant un penalty transformé par Il Pinturicchio d’un contre-pied parfait sur l’ex-international omanais Ali Al-Habsi. L’Italien, auteur de deux buts en Coupe du monde dans sa carrière, avait la possibilité de laisser « un autre » briller, mais a préféré penser à ses stats. Tant pis pour le symbole. Plus tard, Cafu se mesure au sprint avec son ancien coéquipier rossonero Clarence Seedorf, montrant qu’il reste particulièrement en forme, « comme s’il voulait jouer encore une Coupe du monde » d’après Djorkaeff. La seconde période verra les Bleus et surtout John Terry, placé en avant-centre par son coach Mario Kempes, multiplier les échecs.

Sur une première frappe, l’ex-défenseur de Chelsea tente de reproduire la même frappe que Harry Kane samedi, mais n’arrive à toucher que les sièges de la rangée G. Il voit ensuite le gardien soudanais Sami Magzoub – remarqué plus tôt par sa sortie hors de sa surface pour manger un petit pont de Deco – se coucher sur sa frappe croisée. Enfin, l’Anglais n’a plus qu’à tacler le ballon pour prolonger la mine de Cafu dans le but vide, mais le remet malencontreusement dans les bras du portier. Taclé avec vigueur par un ouvrier, Zanetti pense ensuite réduire l’écart, mais l’Argentin est hors jeu. Marco Materazzi n’aura même pas besoin de prendre un coup de boule pour voir son équipe s’imposer, puisque son coéquipier worker libyen Abdulrahman Sasi clôt la marque. 3-0, le tour de magie s’achève par un petit salut au public déjà bien plus parsemé, tradition qatarie oblige. Le mot de la fin pour Youri Djorkaeff : « Il y a une forme de légèreté sur ces évenements parce qu’on sait combien ça a été dur pour arriver à ce niveau-là. Donc ce n’est que du bonheur et du partage. » Dommage qu’aucun de ces travailleurs n’ait pu avoir la parole pour donner ses impressions sur ce moment de « partage ».


Équipe jaune : Magzoub – Salgado, Materazzi, Gomaa, Roberto Carlos – Lamouchi, Essien, Seedorf – Del Piero, Nuno Gomes, Campos.

Équipe bleue : Al-Habsi – Cafu, Terry, Djourou, Zanetti – Deco, Makélélé, Djorkaeff – Cahill, Kharja, Vieiri.

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Par Mathieu Rollinger, au stade Al-Thumama

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