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Le Francophone Club de Séville

Par Robin Delorme, en Espagne
4' 4 minutes
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Le Francophone Club de Séville

Pour le choc de cette journée de Liga, le FC Séville reçoit dans son bouillonnant Sánchez-Pizjuán le grand Real Madrid. Une affiche à laquelle devrait participer les cinq francophones des Palanganas qui se sont fait une spécialité du made in France.

Les touristes français s’y régalent. Entre sa cathédrale Notre-Dame du Siège et sa Plaza de España, Séville accueille chaque année son lot de voisins pyrénéens. Un exode estival qui fait le plus grand bien à l’économie locale, malmenée par une crise qui semble sans fin. Mais aussi à l’un des deux clubs de la capitale andalouse, le FC Séville. Ainsi, depuis déjà quelques années, les Palanganas se veulent le paradis de nombreux anciens pensionnaires de Ligue 1, partis vers des cieux plus joueurs et plus vainqueurs. « Il y a trois, quatre mondes d’écart avec Nice, entame Timothée Kolodziejczak, arrivé en fin de mercato estival. Il y a des grands joueurs, les infrastructures sont impeccables. La grande différence est surtout au niveau du jeu. Pour ma progression, c’est top. » Ce refrain peut également sortir des bouches de Kevin Gameiro, Stéphane M’Bia, Grzegorz Krychowiak ou Benoît Trémoulinas, tous passés par la formation française et aujourd’hui sous la liquette des Sevillistas. Reste à savoir pourquoi le club mise tant sur la Ligue 1, un championnat décrié en Espagne que le FCS aime tant piller.

Monchi, l’arme fatale adepte de Molière

Historiquement, le propriétaire du Sánchez-Pizjuán n’a que peu de liens avec une France distante de 940 kilomètres. Le premier joueur galo – le surnom des Français en Espagne – à avoir défendu les couleurs du FC Séville répond au nom de George Dard. Attaquant marseillais, il n’avait joué que durant une saison en Andalousie, entre 1948 et 1949. Un demi-siècle plus tard, Thetis et Casagrande avaient renoué les liens avec l’Hexagone : pas de quoi parler d’une attirance historique, donc. Les fers de lance de l’arrivée massive de joueurs français, ou tout au moins passés par le championnat de France, resteront à jamais Frédéric Kanouté et Julien Escudé, respectivement débarqués en 2005 et en 2006. Depuis, ce lien avec la Ligue 1 ne s’est jamais distendu. Pourquoi ? Parce qu’avant toute chose, les footballeurs évoluant en France sont à des prix des plus abordables pour un club tel que le FC Séville. Incapables de lutter au niveau national avec les mastodontes blaugrana et merengues, les Palanganas se rabattent vers un championnat longtemps boudé par les recruteurs de Liga et rempli de bonnes affaires.

Justement, dans le monde des directeurs sportifs, le FC Séville détient sûrement la perle rare. Ramon Rodríguez Verdejo, plus connu sous le surnom de Monchi, a longtemps gardé les cages du Sánchez-Pizjuán. À la retraite au début du millénaire, il intègre illico presto les offices du club. D’abord délégué de l’équipe première, il prend ensuite le rôle de directeur sportif. Sous sa houlette, le club sévillan réalise la plus belle période de son existence, avec en point d’orgue deux Coupes de l’UEFA consécutives. Adepte de la langue de Molière, il garde un regard tout particulier de l’autre côté des Pyrénées. En l’espace de quelques saisons, il recrute pêle-mêle Chevanton, Dabo, Spahić, Romaric, Keita, Squillaci ou encore Kondogbia. « Cela n’a pas été un choix de pays, ça a été un choix de club, nous expliquait l’actuel Monégasque l’an dernier. Je n’ai rien contre l’Angleterre ou n’importe quel autre championnat. C’est seulement que le FC Séville est le club qui m’a montré le plus d’intérêt et qui m’a fait savoir qu’il me voulait. » Acheté pour quatre millions d’euros et revendu un an plus tard pour une vingtaine, Kondogbia est l’exemple d’un club pas mauvais en affaire.

Kolodziejczak : « La ville est magnifique »

Grzegorz Krychowiak, lui aussi désiré par Monchi, le raconte : « Il fait un travail formidable. Si Séville est aussi fort chaque saison, c’est en grande partie grâce à lui. Personnellement, je me suis longuement entretenu avec lui avant mon arrivée. Il aime bien discuter avec tous les joueurs qu’il supervise. Séville est un grand club, il n’a pas eu trop de mal à me convaincre » . Un grand club, et une belle ville aussi. Malgré les caricatures du joueur mercenaire, certains aiment également profiter d’un cadre de vie sympathique tout en jouissant d’un club des plus compétitifs. Ce qui est le cas de l’ancien Niçois : « La ville est magnifique. J’ai découvert plein de belles choses, de beaux bâtiments dans le centre ville. Tu sens que ce n’est pas la même culture qu’en France. Même si tout le monde ne se connaît pas, ils sont ensemble, ils se mélangent, ils se parlent. Il y a une culture différente » . Une différence qui se retrouve également sur le pré : ce samedi, le Francophone Club de Séville reçoit le Real Madrid dans sa quête de la qualification à la Ligue des champions. Et pour sûr, une telle affiche n’existe pas de l’autre côté des Pyrénées.

« Dans ces moments, il n’y a plus de Flamands ou de Wallons, on est tous ensemble  »

Par Robin Delorme, en Espagne

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