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Franck Honorat : « Finalement, les Brestois et les Allemands ont des valeurs similaires »

Propos recueillis par Thomas Morlec
11 minutes

En Allemagne depuis 2023 après avoir passé l’intégralité de sa carrière en France, Franck Honorat fait les beaux jours du Borussia Mönchengladbach. Pleinement épanoui sur le terrain et dans sa nouvelle vie, l’ailier droit de 29 ans se livre sur la parentalité, l’importance de changer de culture et son adaptation à la Bundesliga.

Honorat : « Finalement, les Brestois et les Allemands ont des valeurs similaires<span style="font-size:50%">&nbsp;</span>»

Avant de jouer pour le Borussia Mönchengladbach, tu n’avais jamais quitté la France. Qu’est-ce qui t’a motivé à changer de pays ?

Mes amis qui jouaient déjà en Allemagne comme Josuha Guilavogui et Jérôme Roussillon m’en ont toujours dit que du bien, et même quand j’étais à Sochaux, pas mal de membres de mon entourage allaient voir Fribourg jouer. Tout le monde me disait que l’ambiance dans les stades était folle et que le style de jeu pouvait correspondre à mes qualités. Cela a mûri dans mon esprit et j’avais déjà en tête de changer de pays pour voir comment cela se passait. J’aime bien sortir de ma zone de confort, découvrir une nouvelle langue, une nouvelle culture. C’était un beau défi à relever. Partir à l’étranger me trottait dans la tête depuis un peu de temps. Le Borussia Mönchengladbach a manifesté son intérêt (dès janvier 2023, NDLR), mais je savais que ce n’était pas le bon moment, je n’étais pas prêt à quitter la France. Ça s’est fait naturellement l’été suivant, il n’y avait plus qu’à se lancer.

Comment tu as vendu le projet à tes proches ?

Avec ma femme, on adore voyager, et à chaque fois il y a cette petite excitation de découvrir de nouvelles choses. Il y a une énergie quand tu débarques dans un lieu inconnu. Les planètes se sont alignées, sans rien forcer.

Quand on s’est installé en Allemagne, je mangeais sur les ballons de grossesse et ma femme dans les escaliers !

Franck Honorat, galant

Comment se sont passés les premiers mois, sachant que tu allais tout juste devenir papa ?

Il y a des périodes qui ont été compliquées et qui sont encore difficiles. Comme tout parent, mais comme footballeur également, il faut trouver le juste milieu dans ce nouveau contexte. Quand on est arrivé en Allemagne, on était à l’hôtel. Puis on a trouvé une maison un mois et demi plus tard, et moins d’une semaine après le déménagement, alors qu’il nous manquait encore des tables, des chaises et le canapé, ma femme a accouché. C’est vrai que ça fait beaucoup, beaucoup, beaucoup de choses à gérer. Au début, je mangeais sur les ballons de grossesse et ma femme dans les escaliers !

Il y a aussi une nouvelle langue à apprivoiser…

Quand je suis arrivé, je me suis dit : « Génial, je vais pouvoir apprendre l’allemand. » Finalement les séances d’entraînement sont un peu plus longues parce qu’il y a plus de physio qu’à Brest, ils passent plus de temps sur toi, donc tu rentres plus tard. Dans un premier temps, j’ai tenté d’apprendre la langue en visioconférence, mais c’est vrai que quand tu reviens de l’entraînement à 16 h et que tu dois te mettre en ligne alors qu’il y a ta petite qui est à côté et ta femme, qui restait H24 à la maison à l’époque parce qu’on est isolés après le déménagement, ce n’était pas facile. J’ai vite lâché l’apprentissage de l’allemand pour me reposer par rapport au foot, mais aussi pour passer plus de temps avec ma femme et ma fille. C’est un peu le regret que j’ai d’avoir mis de côté l’allemand, parce que c’est toujours un plus, mais il y avait d’autres priorités.

 

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C’est sûr que la parentalité un gros chamboulement…

Surtout que ma femme est tombée de nouveau enceinte rapidement. Mes deux enfants n’ont que 14 mois d’écart, donc ma vie est devenue plus intense. (Rires). Tu ne peux plus rentrer et te poser devant une série pendant deux heures ou aller dormir. Typiquement, maintenant je ne regarde mon téléphone que le soir et tu comprends finalement que c’est pas vraiment utile de passer son temps à scroller. En fait, c’est que du bonheur, surtout quand tu vois l’amour que te donnent tes enfants. Quand tu perds un match et que tu es un peu déçu, tu relativises très vite en voyant leurs sourires.

Qu’est-ce que tu aimes dans le mode de vie allemand ?

Ils peuvent être très froids la première fois, à l’inverse des Français qui sont naturellement assez ouverts, vont vite rigoler avec toi et rapidement vouloir devenir tes potes. Ici, au début, tu te demandes où tu débarques, mais tu comprends assez rapidement que ce sont des superbes personnes. Je pense par exemple à mes voisins dans mon ancien quartier. Ils sont toujours là pour t’aider et le font avec le cœur. Humainement, j’ai été très agréablement surpris.

À part une saucisse frites dans le pain, je ne mange rien d’allemand.

Franck Honorat, fin gourmet

Est-ce qu’il y a des choses qui te surprennent encore aujourd’hui ?

Franchement, à part le fait de ne pas avoir beaucoup de soleil, je me sens vraiment bien en Allemagne. De toute façon, durant toute ma carrière, je n’ai jamais fait attention à la météo avant de signer dans un club. (Rires.) Même à l’extérieur, on commence à bien connaître les parcs, les restaurants, où se promener. Je pense que l’on s’est acclimatés.

Même à la bouffe ?

J’avoue que je ne suis pas très fan de la nourriture allemande. À part une saucisse frites dans le pain, je ne mange rien. (Rires.) Je préfère la nourriture française ou italienne. Un jour, au petit déjeuner, on m’a servi un jus de pomme pétillant (l’Apfelschorle, NDLR), ça m’a piqué la gorge ! Ce qui est sympa, c’est les grands repas entre voisins. Il y a un hôte qui fixe une date et qui invite tout le monde chez lui, on installe une tente, on fait un feu. Les uns ramènent le vin chaud, les autres les saucisses, moi le fromage et on se retrouve à 30 et 60 personnes à partager un moment. Cet esprit de communauté, c’est un peu plus rare en France.

Tu es connu pour être très taquin dans un vestiaire. C’est toujours le cas ici ?

Les Allemands, quand tu les connais, c’est facile. Au début, je peux être un peu sur mes gardes, quand je n’aime pas une personne, elle le sait très vite, vu que je me force pas à parler, mais oui, lancer des piques sur le ton de l’humour et être ironique, au début ça a pu les surprendre. (Rires.) Les premières semaines, je n’arrivais pas à me faire comprendre, mais maintenant ils connaissent mon humour et ils savent comment je suis, donc ça passe bien.

 

Quand tu débarques dans le vestiaire à Mönchengladbach, tu n’es pas dépaysé parce qu’il y a des joueurs français comme Nathan Ngoumou, Alassane Pléa et Manu Koné. Quel rôle ont-ils joué dans ton intégration ?

C’était un gros plus pour moi, ils ont été top. J’avais déjà joué avec Pléa à Nice, donc quand il a su que j’arrivais, il m’a directement envoyé un message. J’avais pas mal de questions, notamment sur l’administratif, mais aussi dans quel quartier s’installer. Il m’a été d’une grande aide. Maintenant, on est plus que deux avec Nathan (Ngoumou), on n’a plus ce noyau dur, mais je suis plus ouvert aux autres.

Manu Koné a connu une ascension assez fulgurante. Tu as été étonné par son éclosion ?

Non, pas du tout. Il avait de grosses qualités déjà à l’époque. Il a eu des blessures qui l’ont ralenti, mais physiquement c’était une machine, il avait énormément de puissance avec cette capacité assez bluffante pour récupérer des ballons et casser des lignes avec une passe, ce qui fait extrêmement mal à l’adversaire. Je ne pensais pas qu’il allait monter aussi rapidement, notamment en équipe de France, personne n’est prêt pour ça, mais ce que je peux dire c’est qu’il le mérite amplement. Je suis très heureux pour lui.

Si je n’avais pas été footballeur, je serais devenu photographe. Bon, après, mes photos sont nulles à chier.

Franck Honorat, sans filtre

Après les victoires, tu adores faire des photos. D’où vient cette passion ?

J’ai déjà dit dans une interview qui si je n’avais pas été footballeur, je serais devenu photographe. Bon, après, mes photos sont nulles à chier, je n’ai aucune expérience. Je ne me suis jamais plongé dans les réglages des appareils. C’est surtout quelque chose que j’aime faire quand je pars en voyage, mais mes vidéos sont toutes floues. Franchement, je suis bluffé quand je vois un photographe professionnel en action, c’est un vrai job !

 

Tu es aussi un peu devenu le chouchou des supporters, on te voit notamment beaucoup sur les réseaux du club, mais aussi sur les affiches dans les abords du stade…

Je me sens bien ici, je pense que tout le monde m’apprécie. Je pense que je fais partie de cinq, six éléments qui ont la faveur des fans, mais j’étais aussi bien apprécié à Brest. C’était sympa, les 13 000 ou 14 000 personnes à Le Blé qui étaient toujours à fond derrière nous. Finalement, les Brestois et les Allemands, ça reste des personnes qui ont des valeurs similaires, avec le cœur sur la main, tranquilles et là pour t’aider dès qu’ils le peuvent. Je marche beaucoup à l’affectif. J’aime faire plaisir aux autres, donc si on me fait confiance et qu’on m’aime en retour, j’ai envie de me donner à 100 %. Ça a ses atouts et ses inconvénients, mais dès que je sens que la personne ne va pas me la mettre à l’envers, je donne tout. Attention : j’aime bien aussi que l’on me pousse dans les retranchements, que l’on m’engueule et me demande de faire plus d’efforts parce que je sais que c’est pour mon bien.

Comment tu décrirais la Bundesliga ?

C’est intense, plus ouvert, moins tactique. Les équipes jouent moins bloc bas qu’en France. C’est aussi pour ça qu’il y a plus de buts. J’ai des statistiques assez semblables à ce que je faisais en Ligue 1, mais ici il faut garder sa lucidité dans les derniers gestes, même si tu as couru je ne sais combien de bornes à haute intensité. Je pense qu’en France, il faut être plus fin techniquement pour finir l’action, alors qu’ici, c’est plus de la rapidité.

 

On parle beaucoup du jeu, l’ambiance dans les stades allemands est remarquable. C’est aussi ce qui t’a donné envie d’y aller ?

Pas spécialement, mais on voit vraiment que les supporters s’attendent à voir un spectacle. En France, l’ambiance et le remplissage dépendent aussi de l’affiche, alors qu’ici, que ce soit à domicile ou à l’extérieur, face à une deuxième ou une troisième division, les stades sont toujours pleins et commencent à faire la fête une heure avant le début de la rencontre. Ils viennent pour passer un bon moment, c’est top. J’ai été très agréablement surpris par l’atmosphère de notre stade, le Borussia-Park, mais aussi par celles à Francfort (Deutsche Bank Park) ou à l’Union Berlin (Stadion An der Alten Försterei). Dortmund (Westfalenstadion), c’est bien, mais je pense que c’est encore un autre niveau en Ligue des champions.

Au Borussia-Park, il y a carrément une garderie pour les enfants des joueurs…

Je n’ai jamais vu ça en France, c’est trop bien ! C’est une salle de jeux où les joueurs sont libres de laisser leurs enfants à des nannies pendant les matchs. Elles les occupent pendant que l’on travaille et peuvent même assurer les repas. C’est vraiment sympa ce type d’initiative, ce serait d’ailleurs génial si cela pouvait aussi se faire pendant nos entraînements.

Aujourd’hui, tu comptabilises en tout 10 buts et 30 passes décisives pour le Borussia, dont une nouvelle contribution le week-end dernier face au Werder Brême, comment t’expliques que cela fonctionne bien pour toi ?

Je pense que le championnat correspond vraiment à mon profil, ce qui me permet de davantage me projeter vers l’avant et d’être plus décisif. J’avais une connexion fluide avec Alassane Pléa et Tim Kleindienst. Cette saison, c’est avec Haris Tabaković. Je pense que je pourrais en faire un peu plus en étant plus concentré sur la dernière passe et le dernier geste, mais j’essaye de bosser dessus.

 

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En revanche, sur le plan collectif, Gladbach peine à faire mieux qu’une dixième place lors des trois dernières saisons. Comment tu l’expliques et qu’est-ce qu’il vous manque pour jouer le haut du tableau ?

Être régulier, plus discipliné quand on est dans de bonnes périodes. Souvent, on parvient à performer, mais on rate le match qui nous permettrait de faire basculer la saison du bon, côté et mentalement, cela nous plombe. Globalement, on reproduit toujours le même schéma : on gagne, on se met bien. Puis on se relâche et on perd, ce qui nous oblige à courir derrière les points. C’est souvent à ce moment-là que c’est le plus difficile. Il nous manque peut-être un peu de force mentale pour passer un cap. L’objectif, c’est d’être dans la première partie de tableau.

Alors que tu avais beaucoup de sollicitations cet été, tu as préféré prolonger jusqu’en 2029 au club. Du coup, c’est du sérieux cette histoire !

Clairement ! En arrivant, je ne pensais pas autant m’y plaire et que ce soit si simple de s’acclimater. Je suis très content parce que tout s’est bien imbriqué sans forcer. Je me sens bien, que ce soit dans le club ou en dehors et surtout pour ma famille, c’est important d’avoir une certaine stabilité. Je pense que c’était le choix le plus simple et le plus honnête à faire.

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