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Fleury Di Nallo, le petit prince de Gerland s’en est allé

Par Enzo Leanni
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Fleury Di Nallo, le petit prince de Gerland s’en est allé

Moins d’un an après le décès de Bernard Lacombe, une autre légende de l’OL est décédée ce mercredi à l’âge de 83 ans : Fleury Di Nallo. Le meilleur buteur de l’histoire du club est à l’origine des premiers moments marquants des Rhodaniens au niveau national. Malgré une fin de carrière loin des yeux, le Gone restera à jamais l’emblème de Gerland.

La vie de l’Olympique lyonnais a basculé le 17 juin dernier lorsque l’annonce du décès de Bernard Lacombe est tombée. Rien ne serait plus jamais pareil sans la mémoire vivante du club et le fier garant de l’identité de la ville. Fleury Di Nallo a particulièrement souffert quand il a appris que son ancien avant-centre et ami avait arrêté pour toujours de raconter ses anecdotes préférées avec ardeur. Ce mercredi, onze mois quasiment jour pour jour après le premier couperet, le petit prince de Gerland s’est éteint à 83 ans, rejoignant celui qu’il avait pris sous son aile dès leurs premiers ballons échangés. « Il ne s’est jamais remis de la mort de Bernard, ça l’a vraiment très touché, c’était très difficile depuis de le faire sortir de chez lui. C’était un peu comme son fils adoptif. Ces derniers jours, on avait vu son état de santé baisser », témoigne Robert Valette, ancien défenseur de l’OL en leur compagnie.

Première idole des jeunes

Avant de les côtoyer sur le terrain, ce dernier a d’abord admiré Fleury Di Nallo comme tout jeune Lyonnais. « Tous les gamins de l’époque avaient une seule idole aux débuts des années 1960, c’était Fleury. Le jour où j’ai mis le même maillot que lui a été un des plus grands moments de ma vie », assure celui qui avait les yeux écarquillés devant l’ailier lors de son premier match en tant que ramasseur de balle à Gerland. À l’ombre des arches et à côté d’une piste cyclable ayant disparu au fil du temps, l’enfant d’origine italienne au mètre 67 de la rue Challemel-Lacour, à deux pas du stade, a impressionné par sa précocité, sa robustesse, sa capacité à répondre aux coups adverses et, surtout, sa précision face au but. Avec 222 réalisations en 489 matchs, sans s’occuper des penaltys et en tirant exclusivement dans la surface, il est toujours le meilleur buteur de l’histoire du club rhodanien – neuvième à l’échelle nationale – et devrait conserver ce record encore de longues années.

Il voyait tout avant tout le monde sur le terrain. On avait l’impression qu’il ne se donnait pas à fond vu qu’il anticipait tout, mais au test Hooper, il nous mettait 100 mètres.

Robert Valette, ancien coéquipier

Éclipsé par Nantes, l’Olympique de Marseille et le rival Saint-Étienne, « La Fleur » a tout de même remporté trois Coupes de France (1964, premier trophée majeur de l’histoire du club remis des mains du général De Gaulle, 1967 et 1973), ainsi qu’un Trophée des champions (1973). Homme de peu de mots, adepte de l’échauffement en solitaire dans le vestiaire avant un match, il s’est forgé sa réputation uniquement sur le terrain. Comme ce jour d’avril 1971 où il a claqué un triplé – en plus de deux buts refusés – à Sainté en huitièmes de Coupe de France pour éliminer les Verts de Jean-Michel Larqué, Salif Keita ou Patrick Revelli. Animé par le derby, il avait notamment défendu le jeune Raymond Domenech de tacler trop fort à l’entraînement pour s’économiser en vue de la confrontation face au voisin. Mais aussi d’en garder sous le pied pour les matchs à Paris, où les journalistes étaient les plus nombreux.

Les deux amis, Fleury Di Nallo et Bernard Lacombe.
Les deux amis, Fleury Di Nallo et Bernard Lacombe.

Après avoir appris de Nestor Combin, il a participé à l’éclosion de Bernard Lacombe par ses précieux conseils, notamment sur le placement dans le camp adverse ou à propos de la surface de pied à utiliser. « Il voyait tout avant tout le monde sur le terrain. On avait l’impression qu’il ne se donnait pas à fond vu qu’il anticipait tout, mais au test Hooper, il nous mettait 100 mètres. Serge (Chiesa) et Bernard avaient ça aussi. Quand ils avaient le ballon, nous, derrière, on les regardait jouer, c’était magnifique à voir. C’était le vrai football, quoi », remet Valette. Le meilleur buteur, le joueur le plus capé et l’attaquant surtout entré dans la postérité pour ses performances loin de la capitale des Gaules (à Bordeaux et en équipe de France) et son après-carrière aux côtés du président Jean-Michel Aulas ont formé l’un des plus beaux trios de l’histoire du football français.

Roi Pelé, puis DH et prison

Son profil et son talent l’ont forcément mené vers les rangs de Sainté à l’été 1967. À la suite d’un différend avec les dirigeants lyonnais à propos d’une revalorisation salariale, il avait rebroussé chemin, continué à marquer des buts en pagaille pour son club de cœur et à côtoyer de loin l’équipe de France (10 petites sélections), jusqu’à une double fracture tibia-péroné après un tacle de Carlos Monin, défenseur du Red Star. Le retour au très haut niveau a été plus laborieux, Lacombe et Chiesa s’étant émancipés, et le départ est devenu inéluctable. Ce n’était pas dans des sphères aussi hautes, mais au Red Star, puis à Montpellier, en DH, pour aider le Lyonnais Louis Nicollin.

Au lendemain de ses 14 ans, Fleury Di Nallo avait enfilé le bleu de travail, œuvrant dans une usine de chimie pour aider sa famille dans le besoin. « À partir du moment où l’aîné a quitté la France, il n’y avait plus qu’une paie à la maison. Et c’est devenu compliqué. Ça suffisait à peine pour manger. C’était la période de la démerde chez nous », confiait-il au site de l’OL. Une fois sa carrière terminée, le petit prince de Gerland a connu d’autres déboires, sur le terrain judiciaire. « Il a fait des erreurs, il s’est retrouvé paria », estime Robert Valette. Reconverti dans le commerce d’articles de sport, il a été condamné à un an de prison dans une affaire d’escroquerie aux cartes bancaires. « Généreux mais influençable, Fleury Di Nallo a vraisemblablement été victime d’un entourage indélicat », écrivait Le Monde en 1987.

Je suis heureux de savoir que je ferai toujours partie de l’histoire du club, que je resterai le prince de Gerland et le meilleur buteur de l’OL. Je ne pense pas que mon record sera un jour battu. Donc je peux mourir tranquille.

Fleury Di Nallo, en 2015

Dix ans plus tard, il recroisait la route de l’OL en finale de Gambardella. À la tête des jeunes du MHSC, il avait perdu face à la bande de Jérémie Bréchet, Florent Balmont et Steed Malbranque. Au fil des ans, son histoire avec le club rhodanien s’était rafistolée. Bernard Lacombe n’y était évidemment pas étranger. Lorsque leurs regards se croisaient, ils s’illuminaient. Les deux amis parlaient le même football, pouvaient débattre des heures, aimaient se raconter quelques anecdotes du bon vieux temps, comme le match où le petit prince et le roi Pelé se sont affrontés, en 1963. Le visage de Fleury Di Nallo avait orné l’un des derniers tifos de Gerland et il avait été récemment mis à l’honneur pour les 75 ans du club. « Je suis heureux de savoir que je ferai toujours partie de l’histoire du club, que je resterai le prince de Gerland et le meilleur buteur de l’OL, disait-il à So Foot, en 2015. Je ne pense pas que mon record sera un jour battu. Donc je peux mourir tranquille. » On ne s’en remet pourtant jamais vraiment. À peine un an plus tard, voilà la capitale des Gaules de nouveau endeuillée. Antoine de Saint-Exupéry, autre enfant de la ville, écrivait si bien : « C’est tellement mystérieux, le pays des larmes. »

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