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Croissant : «Singapour, le nouvel Eldorado»

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Croissant : «Singapour, le nouvel Eldorado»

A vingt-neuf ans, Benoît Croissant a autant de visas sur son passeport que certains ont de titres à leur palmarès. Le défenseur formé à l'Estac a cachetonné à Sheffield United avant de jouer aux Pays-Bas (Telstar), en Egypte (Esmant Assiout), en Chine (Liaoning), aux US (Indianapolis Braves) puis à Bahreïn (Al-Najma). Depuis seize mois, il régale la chique à Singapour, dans le club de Tampines Rovers.

Comment tu t’es retrouvé à Singapour ?

Ma copine ne se plaisait pas à Bahreïn où nous étions. J’ai eu des contacts mais quand j’ai décidé de partir en Chine en septembre 2008, c’était trop tard pour y signer. A cette période, j’ai reçu un coup de fil d’un ancien de l’ESTAC qui cherchait des joueurs pour former une équipe à Singapour. Au début, je n’étais pas trop chaud car le championnat est moins médiatisé qu’au Moyen-Orient. Et puis j’ai fini par accepter. Nous étions treize ou quatorze joueurs et finalement. Ils sont tous rentrés en France sauf moi qui ai signé un contrat.

Que fichaient treize ou quatorze Français dans le championnat singapourien ?

Le championnat regroupe neuf équipes locales et trois étrangères : une Japonaise, une Chinoise et une Française. L’année dernière, il y avait une équipe de Brunei. On a toujours l’impression de jouer à domicile car les dix stades sont regroupés en 40 kilomètres. L’esprit d’équipe, les soirées à l’hôtel, ça me manque finalement. Mais bon, notre groupe d’anciens professionnels avait un bon niveau et tapait toutes les équipes locales. Je sais pourquoi les dirigeants n’ont gardé que moi : je parlais beaucoup sur le terrain et les équipes de là-bas ont besoin de meneurs, de gens capables de parler anglais et d’être des leaders pour les joueurs locaux.

Le niveau est potable ?

Je dirais que ça ressemble au National. Bon, les quatre ou cinq meilleures équipes surtout. Par contre, les autres cassent le rythme, gagnent du temps. C’est moins intéressant de jouer contre elles. Mais le top du classement joue un bon niveau. Le foot est le sport principal à Singapour, la Fédération fait de l’advertising, elle paie les journaux pour que les gens s’intéressent au championnat. On joue les gros matches devant 5 000 spectateurs.

Les footballeurs singapouriens sont connus ?

Ceux de l’équipe nationale ont des sponsors, des contrats, tout ce qu’ils veulent. Pareil pour les meilleurs buteurs. Je ne peux pas dire que les habitants m’arrêtent tous les trente mètres pour me demander un autographe. Les gens n’ont pas vraiment la culture du foot, ils ne savent pas analyser un match. C’est la mentalité asiatique, très réservée. La vie des footballeurs est assez tranquille, incognito. Tu n’es pas emmerdé quand tu vas au resto avec ta femme. Des fois, j’aimerais bien un peu de reconnaissance. En Europe c’est trop, ici c’est trop peu.

Ça n’a pas l’air violent.

Dans mon club, tous les joueurs sont professionnels sauf deux qui travaillent le matin pour des sponsors du club. On s’entraîne tous les jours, on dispute un ou deux matches par semaine. L’organisation est super bonne. Ecoute ça : pour les soins médicaux, le département d’un hôpital nous est entièrement réservé. Les joueurs sont maitres de leur carrière mais tu sens que la Fédération a beaucoup de pouvoir. Par exemple, l’équipe nationale est dirigée par un Serbe mais il est clairement sous tutelle.

Les matches passent à la télé ?

En direct le mercredi et le vendredi. D’ailleurs, je suis impressionné par la qualité des images, c’est mieux qu’aux Pays-Bas où je jouais avant. On sent que des efforts sont faits pour attirer les meilleurs footballeurs asiatiques et mêmes quelques européens.

Tu crois que Thierry Henry pourrait se finir là-bas ?

Peut-être pas mais à Tampines, il y a un défenseur sud-coréen qui a failli disputer la Coupe du monde en 2002. Il a une dizaine de sélections. Nous avons aussi un défenseur japonais international U23. Singapour est un pays riche, la vie est chère. Les joueurs en fin de carrière partent plutôt en Indonésie : le salaire est le même mais la vie est dix fois moins chère, la bouffe et le logement sont peu coûteux, les clubs fournissent une voiture de fonction. N’empêche, Singapour sera le nouvel eldorado asiatique dans quelques années. La vie est hyper tranquille, tu as la sécurité, un bon salaire. Au resto, tu peux manger un repas complet pour trois ou quatre euros. Par contre les portions sont très petites, moi si je mange ce plat-là, ça ne me suffit pas.
Une autre destination exotique dans ton parcours : Bahreïn.

Lorsque j’ai fini mon contrat à Sheffield United, un cheikh arabe supporter du club a appris que j’étais libre. Il vivait à Paris et a réussi à me contacter via par l’Unfp. Il m’a dit : « Viens dans le club de mon cousin » . J’y suis allé et ça s’est passé super bien mais j’avais longuement hésité car j’avais envie de rentrer en France. A Bahreïn, j’ai disputé la Coupe d’Asie et la Coupe du Golfe, j’ai voyagé dans tous les payas arabes du Moyen-Orient. Mon équipe a fait un super parcours en Coupe d’Asie, ratant de peu la qualification pour les quarts de finale. J’y ai vécu de super expériences comme jouer au Yémen à 2 000 m d’altitude. Tout ça ne me serait jamais arrivé si j’étais devenu footballeur (sic).

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Le Qatar et l’Arabie Saoudite attirent plein de joueurs mais pourquoi Bahreïn ?

En fait, je parlais déjà l’arabe. Je l’ai encore perfectionné là-bas, les autres gars m’invitaient à manger. J’ai gardé un contact exceptionnel avec l’entraîneur qui voulait me faire venir dans son nouveau club. Ça reste une période inoubliable sauf pour ma fiancée qui ne se plaisait pas à Bahreïn. C’est un Etat agréable pour les hommes où tu peux sortir, boire de l’alcool mais ce n’est pas aussi simple pour les femmes.

Après ta formation à Troyes, tu t’es servi du foot pour voyager en fait ?

Lorsque j’avais 22 ans, une équipe saoudienne voulait me prendre mais Sheffield ne m’a jamais laissé partir. En quittant l’Angleterre pour Telstar, aux Pays-Bas, je me suis rendu compte que je pouvais voyager, apprendre des langues et rencontrer plein de personnes différentes. A vingt-neuf ans, je parle cinq langues sans être allé vraiment à l’école. J’ai toujours aimé la langue arabe donc je l’ai étudiée par correspondance avec le CNED. Je suis fan de tous ces bouquins qui se passent dans le désert, tu vois ces atmosphères-là. C’était mon rêve de jouer au foot dans cette région du monde. C’est le moyen que j’ai trouvé pour visiter les pays arabes tout en vivant aisément.

T’as aussi passé quatre mois à Indianapolis ?

En fait, j’avais signé en Chine, à Liaoning, juste avant les Jeux Olympiques de Pékin mais le stade a été détruit pour être reconstruit. Pendant ce temps-là, notre équipe était sans domicile fixe, on allait d’hôtel en hôtel, on ne revenait jamais dans la ville. Je n’avais ni appart ni voiture donc ma famille ne pouvait pas me rejoindre en Chine. En plus, personne ne parlait vraiment anglais, j’ai eu de grosses difficultés pour m’intégrer, j’avais l’impression que les autres ne faisaient pas d’effort. Du coup, j’ai cassé mon contrat avant le début du championnat parce que je ne pouvais pas vivre comme ça. Un club de MLS One a pris contact via son entraîneur français et ça s’est bien passé : je lui ai donné un coup de main et lui m’a relancé avant que je ne retourne en Chine. J’ai passé pas mal de temps à Chicago et j’ai apprécié. J’ai gardé quelques contacts aux Etats-Unis où j’aimerais bien retourner à la fin de ma carrière vers trente-un ou trente-deux ans.

Vu ton CV, tu vas te reconvertir dans le commerce international ?

En tout cas, je suis toujours resté objectif sur ma carrière donc j’ai poursuivi mes études par correspondance : le bac puis le BTS et les diplômes d’entraîneur ! J’ai décroché le BESS1 en décembre. Et depuis un mois, je fais un master « business and sport management » de l’université de Sheffield. J’ai trouvé une petite agence à Singapour et j’y fais un stage.

Un regret ?

Pas vraiment même si j’aurais pu faire mieux. Lorsque j’étais aux Pays-Bas, on m’a classé parmi les meilleurs joueurs du championnat. Alain Perrin entraînait l’OM à l’époque, il avait envoyé Jean-Philippe Durand pour m’observer. Bon, j’ai eu douze propositions pour quitter Sheffield mais le club a été dur avec moi.

Mickaël Osganian

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