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Zion Suzuki : peau noire, gants dorés

À 23 ans, Zion Suzuki s’est imposé comme une référence à son poste au Japon et en Europe, lui qui dispute sa première Coupe du monde. De ses records de précocité à Urawa jusqu’aux insultes racistes de la Coupe d’Asie, itinéraire d’un surdoué ultra-déterminé qui force le football japonais à regarder son propre avenir dans le miroir.
« Je n’ai qu’un seul objectif, devenir le gardien numéro un de la sélection et disputer la Coupe du monde avec mon pays. » Nous sommes à l’automne 2017, Zion Suzuki a tout juste 15 ans et vient d’être convoqué par les U17 du Japon pour disputer la Coupe du monde en Inde. Si certains pourraient se dire que cette phrase est banale pour un jeune talent, elle témoigne en réalité d’une chose : la détermination d’un jeune gardien qui n’a jamais douté.
« Il récolte le fruit de son travail, de sa diligence. Ce n’est pas une surprise de le voir à ce niveau-là », souligne Teruhisa Kudo. Neuf ans plus tard, Suzuki a fait de son rêve une réalité, disputer la Coupe du monde avec le Japon en tant que gardien numéro un. Son baptême du feu face aux Pays-Bas (2-2) a été plus que réussi. Tehurisa, son premier mentor à l’Urawa Reds, a plus qu’apprécié sa prestation : « C’est forcément une grande fierté de se dire qu’on a été son premier entraîneur des gardiens et de le voir titulaire avec le Japon en Coupe du monde. » Malgré lui, à l’instar de Naomi Osaka et de Rui Hachimura, Suzuki représente le nouveau visage du Japon, un Hafu (terme désignant les personnes métisses au Japon) qui ne cache pas ses ambitions.
Le travail c’est la santé
C’est la question à un million d’euros : comment savoir qu’un jeune est vraiment talentueux et qu’il peut aller loin, faire carrière ? Le talent ne fait pas tout, évidemment, et Zion Suzuki l’a vite compris. Pourtant, l’actuel gardien de Parme aurait pu se reposer sur ses lauriers, tant sa précocité a fait de lui l’une des attractions du club d’Urawa Reds. À 10 ans, il intègre l’académie du club avec un an d’avance, chose rare, et Tehurisa tombe rapidement sous son charme : « C’était un professionnel avant l’heure, le genre de gamin qui ne laisse rien au hasard. Son talent dans les cages était indiscutable, mais il avait ce fameux truc en plus », se remémore-t-il. Exemple : « Quand on est jeune, on peut être parfois dissipé et c’est normal. Mais Zion lui était très sérieux : il venait toujours aux entraînements avec sa tenue propre, lavée et le lendemain, c’était pareil. »

Au sein de l’académie du club de Saitama, Zion devient très vite le phénomène, ses prouesses ne passent pas inaperçues et attirent l’œil, notamment de Shūsaku Nishikawa, gardien de l’équipe première aux 401 matchs joués avec l’Urawa, qui n’attend alors qu’une chose, que « Zion nous rejoigne le plus rapidement possible et qu’on puisse jouer ensemble ». Tehurisa se souvient des tips donnés par la légende du club : « Pour améliorer sa souplesse, Shūsaku lui avait conseillé de faire 30 minutes d’étirements chaque jour, après l’entraînement. Quand un gardien professionnel vous dit ça, forcément, vous écoutez. Mais à cet âge-là, on peut vite oublier ces conseils, ce qui n’a pas été le cas de Zion qui continue encore aujourd’hui à faire ses étirements. »
Il était très grand mais aussi très raide, il n’arrivait pas, par exemple, à toucher ses orteils. On a dû revoir certaines choses pour qu’il soit plus souple et que son corps soit son allié. »
Le talent de Suzuki est indéniable, mais le gamin comprend que ce n’est pas suffisant. Voulant être le premier à l’entraînement et le dernier à partir, il souhaite acheter un vélo pliable pour rejoindre plus rapidement le centre de formation et éviter les problèmes de transport. Tehurisa refusera pour éviter une chute à vélo, mais cela témoigne de la détermination du gamin. Le « petit » est talentueux, besogneux… qu’est-ce qui pourrait bien freiner la trajectoire du jeune Zion ? Son corps. Il dépasse le mètre 85 à 12 ans et les étirements conseillés par Shūsaku ne suffisent plus : « Il était très grand mais aussi très raide, il n’arrivait pas, par exemple, à toucher ses orteils. On a dû revoir certaines choses pour qu’il soit plus souple et que son corps soit son allié. »
Une période difficile pour l’intéressé : « J’étais tellement déterminé que je ne pensais pas à ma santé et ça aurait pu être dangereux, j’ai eu des problèmes physiques. J’ai alors dû accepter que le repos était aussi important que le travail. » Une zone de turbulences dont il parvient à sortir, Suzuki signant le premier contrat professionnel avec l’Urawa Reds à tout juste 16 ans et devenant le plus jeune de l’histoire du club à obtenir ce sésame. Les choses s’enflamment, Adidas arrive avec un contrat publicitaire XXL pour le crack d’Urawa. Il décline. En mars 2021, il dispute son premier match professionnel et retrouve son mentor Nishikawa. À ses côtés, le jeune Zion apprend et son talent devient rapidement trop petit pour le Japon. C’est l’heure du grand départ.
« Il subit le racisme depuis petit »
Nous sommes à l’été 2023 et Zion Suzuki reçoit alors un appel de Manchester United. Le tout juste international japonais cogite et décline l’offre mancunienne : « Il a toujours rêvé de jouer en Premier League, il aurait pu accepter l’offre sans réfléchir, mais il fait preuve de maturité. On en a discuté ensemble, il a réfléchi longtemps puis il s’est dit que c’était mieux de rejoindre un club où il allait jouer, plus qu’un club prestigieux où son temps de jeu n’était pas garanti. »
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Un choix réfléchi, et Suzuki décide alors de rallier la Belgique et le club de Saint-Trond, véritable succursale du football japonais. Pour la première fois de sa vie, le jeune Zion quitte son pays, le Japon. Le challenge est immense : « Pour en avoir discuté régulièrement avec lui, il n’a jamais été anxieux de quitter le Japon, ce qui peut être le cas pour certains jeunes joueurs. Il a vu ce défi comme une grande opportunité », souligne Tehurisa. En Flandre, le Japonais s’éclate, devient un titulaire indiscutable et enchaîne les prestations XXL : « Je prends énormément de plaisir en jouant avec lui, car c’est un gardien serein. En tant que défenseur central, il te transmet cette sérénité, tu sais que t’as Zion derrière toi, c’est rassurant. Il est d’un calme impressionnant », déclarait Matte Smets en conférence de presse.
Une fois, un enfant lui avait dit un propos raciste, j’allais intervenir, mais il a répondu avec une certaine sagesse.
Mais alors que tout se passe comme prévu, en janvier 2024, Suzuki va vivre l’enfer. Convoqué pour disputer la Coupe d’Asie, celui-ci va être coupable de plusieurs erreurs lors du match face à l’Irak. Des erreurs qui vont le ramener à sa couleur de peau, à l’instar de Kylian Mbappé en France ou de Bukayo Saka en Angleterre. Quand Zion est bon, il est japonais, quand il n’est pas bon, il est africain.
Les vagues de racisme vont être violentes, sur les réseaux sociaux notamment, symbole d’une société japonaise où pour beaucoup, voir un noir être le gardien titulaire, ça dérange. Un racisme que le portier a connu plus jeune. Tehurisa se souvient notamment d’un événement : « Une fois, un enfant lui avait dit un propos raciste, j’allais intervenir, mais il a répondu avec une certaine sagesse. J’en discutais régulièrement avec lui, il subit le racisme depuis petit, c’est quelque chose de très difficile. Je pense que c’est quelque chose qui, naturellement, a forgé son caractère et sa détermination. Si même le racisme ne t’arrête pas, alors qu’est-ce qui peut t’arrêter ? Zion est comme ça. »
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De retour en Belgique, Suzuki réalisera une deuxième partie de saison tout aussi flamboyante. Si l’enfant d’Urawa a gardé sa discipline, lui qui « a intégré des séances de Pilates dans son quotidien pour la souplesse », comme souligné par Tehurisa, sa progression constante impressionne son premier coach : « On discute régulièrement de ses prestations, mais ce serait présomptueux de ma part de venir lui donner des conseils. Je trouve qu’il a énormément progressé dans l’anticipation, chose très difficile pour un gardien. Il fait en sorte de mieux appréhender certaines séquences. » En dehors du terrain, Zion n’a pas changé, insiste Tehurisa : « Il continue à nettoyer le vestiaire après chaque match comme quand il était jeune. »
Pourquoi Tunisie-Japon sera un match très spécialPar Tristan Pubert
Propos de Tehurisa Kudo recueillis par TP


















































