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Comment les grands clubs ont eu la peau du fair-play financier

Par Pierre Rondeau
Comment les grands clubs ont eu la peau du fair-play financier

C’est la presse transalpine qui l’a révélé mercredi : l’UEFA songerait à supprimer le fair-play financier. L’outil de régulation comptable de l’organisation européenne vivrait-il ainsi ses dernières heures, dans le seul intérêt des grands clubs victimes de la crise de la Covid19 ? C’est la question qu’on peut effectivement se poser.

La Gazzetta dello Sport a jeté la première pierre. Dans son édition du mercredi 24 mars, les journalistes italiens affirment que l’UEFA va annoncer la fin du fair-play financier. Selon eux, la crise aurait largement fragilisé les finances des clubs, et la législation en vigueur ne pourrait plus répondre positivement aux situations présentes. L’instance se dirigerait donc vers un nouveau format de surveillance, plus souple avec plus de libertés et moins de contrôle. Principal changement : les exclusions de Coupe d’Europe pour non-respect de la règle d’or du fair-play financier, en mode « vous n’avez pas le droit de dépenser plus que ce que vous avez gagné », seraient supprimées et remplacées par de simples amendes financières. Autrement dit, fini les Milan ou Trabzonspor interdits de participation, voire Manchester City (bien que son exclusion ait été retoquée par le tribunal arbitral du sport), les équipes en déficit seraient seulement grondées.
Bien évidemment, cette révolution est à mettre en parallèle avec le contexte et la situation économique. La crise de la covid19 ayant été catastrophique pour les finances des clubs, beaucoup se sont retrouvés en déficit et ont cumulé une dette conjoncturelle importante. Selon l’ECA, le syndicat des clubs, les pertes se chiffrent à 6 milliards d’euros depuis le début de la pandémie. Et des équipes comme la Juventus ou le Barça présentent des résultats très inquiétants. Il leur serait ainsi impossible de respecter le règlement et les mesures d’équilibre.

Agir en période de croissance, ne rien faire en période de crise

La réforme suivrait donc une politique contracyclique, mécanisme connu par les partisans de l’économie keynésienne. Cette logique admet qu’il faut agir et faire jouer les stabilisateurs automatiques en période de croissance et de conjoncture positive, et qu’il faut lâcher du lest, laisser faire et réduire les contraintes en période de crise. Contracyclique : « On joue contre le cyclique. » Soit précisément ce qu’il se passe ici. Le fair-play financier a été intronisé dans les années 2010, période faste et merveilleuse pour l’économie du football, avec des taux de croissance annuels moyens de plus de 9% dans la plupart des championnats du Big 5, des hausses de droits TV spectaculaires et des dépenses de transfert de plus en plus élevées. Et maintenant que tout s’écroule, un peu comme le suggérait l’économiste John Maynard Keynes en 1936 dans son livre La Théorie générale, on arrête les frais et on facilite la reprise. Autres intérêts du mécanisme : on s’assure de la présence des grosses équipes en souffrance et on s’évite la suspension ou l’exclusion des grosses écuries déjà citées, comme la Juventus ou le Barça, qui auraient été, normalement, sanctionnées si le fair-play financier s’était imposé en 2021. Entre nous, on peut se demander si la décision de l’UEFA ne suit pas un très fort lobbying de l’ECA et de son président Andrea Agnelli, en faveur de son club.

Les effets de la menace Superligue

Depuis un an, Agnelli ne fait que parler de la Superligue européenne, de l’intérêt de changer le football, de se moderniser, de se révolutionner, de privatiser la Ligue des champions ou de sortir des carcans des championnats nationaux, voire de l’UEFA. Plusieurs fois, la presse faisait écho de véritables projets budgétés, parlait de revenus estimés à plus de 5 milliards d’euros. L’ancien président du Barça Josep Maria Bartomeu avait même avoué, le jour de son départ, que son équipe avait signé l’intégration du club catalan à « une nouvelle compétition interclub continentale ». Tout ça pour quoi finalement ? Pour que l’UEFA acte la réforme de la Ligue des champions dès 2024, plus lucrative et plus importante, donc plus rémunératrice, et officialise, très certainement, la profonde modification de son règlement comptable, avec un accent contracyclique. Car, jusqu’ici, jamais de tels projets n’avaient été décidés, jamais l’UEFA n’avait pensé changer sa compétition phare ou remodeler son fair-play financier.
À l’été dernier, la seule décision qui avait été prise avait été de décaler d’un an la période de surveillance, afin de ne pas intégrer la saison Covid, d’offrir plus de lest et d’être plus coulant avec les équipes. Le président de l’UEFA, Aleksander Čeferin, avait même réitéré son amour pour le FPF, affirmant qu’il serait maintenu quoi qu’il arrive et que son efficacité avait été démontrée depuis sa création. De plus, dans l’annexe XI du règlement du FPF, les cas de « forces majeures, de changements majeurs et d’imprévus de l’environnement économique » sont inscrits et donnent le droit aux équipes de jouer sur la conjoncture. Il y est écrit que « dans le cadre de son examen, l’Instance de contrôle financier des clubs de l’UEFA peut également prendre en compte des événements extraordinaires ou des circonstances qui échappent au contrôle du club qui sont considérés comme des cas de force majeure ». Pourquoi donc vouloir changer, supprimer, altérer le fair-play financier si ses textes reconnaissent déjà les situations exceptionnelles comme la Covid19 ? Si les clubs peuvent citer l’article e de l’annexe XI du FPF ? Parce qu’ils veulent tout changer, pardi ! Clairement, telle une stratégie de choc, les dirigeants des clubs européens ont joué sur la crise actuelle pour faire avancer leurs pions et obtenir ce qu’ils voulaient obtenir. Avec la menace de la Superligue, qui n’aboutira sans doute pas, et le coronavirus, ils vont obtenir une nouvelle Ligue des champions qui les arrange et la fin du fair-play financier. Voilà le monde d’après.

Par Pierre Rondeau

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