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Les mineurs non accompagnés privés de licence : le terrain de l’exclusion

Par Tristan Pubert
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Les mineurs non accompagnés privés de licence : le terrain de l’exclusion

Depuis la reprise de la saison 2025-2026, près de 1 500 mineurs non accompagnés ont vu leur licence refusée, et ont donc été privés de compétition sportive, sur ordre de la FIFA. Bien que la FFF, après de longs mois de pressing des associations, de la LDH et de certains clubs amateurs, ait décidé d’autoriser la validation des licences de ces MNA, le mal est déjà fait. Retour sur un hors-jeu administratif qui a duré sept mois de trop.

« C’est une situation injuste, je ne comprends pas pourquoi on m’interdit de pratiquer ma passion. » Depuis le mois de septembre, Maka doit se contenter des entraînements au sein de son club de l’US Thouaré, en périphérie nantaise. Les matchs ? Interdits pour celui qui a aujourd’hui 16 ans. Et ce n’est pas un cas isolé, bien au contraire : en effet, pour cette saison 2025-2026, ce sont pas moins de 1 500 mineurs non accompagnés (MNA) qui ont vu leur licence refusée par la Fédération française de football, qui se réfugiait en novembre dernier derrière le durcissement du règlement de la FIFA concernant le statut et les transferts des joueurs mineurs. « On a toujours été confronté à des problématiques concernant les MNA et leur licence, on devait envoyer beaucoup de documents administratifs, mais les licences finissaient toujours par être acceptées. Cette saison, ce n’est pas le cas », témoigne Gabriel Terrien, responsable de l’école de foot de La Mellinet de Nantes.

Nous ne pouvons accepter que des enfants, déjà fragilisés par leur parcours de vie, soient exclus de nos terrains pour des raisons purement bureaucratiques.

La Ligue de Bretagne de football

Une situation jugée « illégale » par la Ligue des droits de l’homme qui s’est exprimée au travers d’un communiqué : « Cette décision est des plus restrictives puisqu’il est exigé du joueur qu’il ait été reconnu comme réfugié ou qu’il soit autorisé à résider temporairement dans le pays d’accueil en qualité de demandeur d’asile. Les règles appliquées en France ne sauraient être imposées par la FIFA dont les règles n’ont juridiquement pas de valeur contraignante et ne peuvent prévaloir sur les textes nationaux, ni sur les conventions internationales signées et ratifiées par la France. » Certaines ligues de football, comme celle de Bretagne, sont également montées au créneau : « Le football doit rester un vecteur d’inclusion. Nous ne pouvons accepter que des enfants, déjà fragilisés par leur parcours de vie, soient exclus de nos terrains pour des raisons purement bureaucratiques qui ignorent la réalité de la protection de l’enfance en France », rappelle-t-elle dans un communiqué. Pierre-Yves Cadalen, député de La France insoumise, a également interpellé l’Assemblée nationale : « Cette situation pénalise ainsi tout le monde, privant les jeunes non accompagnés d’un loisir et d’un lien social puissant. Cette discrimination est inacceptable et contraire au droit français. »

Le jeudi 5 mars, la FFF a décidé de régler (enfin) le problème en annonçant « passer outre la circulaire de la FIFA, en vigueur depuis septembre, et d’autoriser les mineurs non accompagnés à obtenir une licence afin de rejouer les matchs. » Une décision rendue notamment grâce à la pression mise par plusieurs associations et la Ligue des droits de l’homme : « On a interpellé la Fédération française de football et nous leur avons très clairement fait comprendre qu’ils devaient agir rapidement, sinon on porterait plainte, car cette décision va à l’encontre du droit français. Et ils ont fini par agir », rappelle Pierre Bodénez, président de la LDH à Brest.

Un refus des licences qui frôle l’illégalité

Pour beaucoup de clubs amateurs, c’est avant tout l’incompréhension qui ressort de cette invalidité des licences des mineurs non accompagnés qui, comme le stipule le droit français, disposent des mêmes droits qu’un enfant de nationalité française : « C’est une situation injuste pour ces jeunes qui veulent juste jouer au foot et qui se retrouvent mis de côté. Et les raisons sont difficilement acceptables », soupire Gabriel Terrien.

Ce que demandait la FFF aux mineurs non accompagnés pour la validité de leur licence allait à l’encontre du droit français.

Pierre Bodénez, président de la Ligue des droits de l’homme à Brest

L’article 19 du règlement de la FIFA, celui qui agissait comme un violent frein, était initialement mis en place pour protéger les mineurs contre les réseaux de trafic de joueurs et donc les transferts illégaux de joueurs mineurs vers des clubs professionnels. Mais par ricochet, cet article a également affecté des jeunes MNA évoluant au niveau amateur. Une situation illégale comme le rappelle Pierre : « Pour autoriser les licences, la FFF exigeait que le jeune ait le statut de réfugié, ce qui n’est pas le cas de la très grande majorité des jeunes mineurs non accompagnés. Ce qui était demandé pour obtenir les licences allait à l’encontre du droit français. »

En effet, en plus du justificatif d’identité (passeport ou CNI), de l’extrait d’acte de naissance et de l’attestation de résidence, la FFF exigeait pour cette saison 2025-2026 une preuve du statut de réfugié ou une décision du tribunal ouvrant tutelle de l’État. Maka, comme tant d’autres, s’est alors retrouvé sur le carreau. « C’est dur de voir ses copains jouer les matchs, prendre du plaisir et nous être mis de côté, on a l’impression de ne pas être respectés », explique le jeune supporter du Real Madrid et de Sergio Ramos. Au club de La Mellinet, deux jeunes mineurs ont été affectés par ce problème dont un qui a décidé d’abandonner. « Il continuait à venir en début de saison aux entraînements, mais il ne vient plus depuis quelques semaines, il s’est senti exclu. On essaye de garder le contact avec lui, mais ce n’est pas simple », constate Gabriel.

« Quand je joue au football, j’oublie mes problèmes »

Privé de compétition à son grand désarroi, Maka ne baisse pas les bras et continue à se rendre à chaque entraînement, deux fois par semaine : « Le football reste ma grande passion, ce que je préfère dans la vie, c’est difficile, mais je ne veux pas arrêter. » Forcément, jeudi dernier, lorsque son coach lui a annoncé la nouvelle qu’il pourrait enfin jouer les matchs le week-end, il s’est senti soulagé : « J’en avais marre de venir à chaque entraînement et chaque jeudi, quand le coach annonçait l’équipe, je n’étais pas dedans. J’espère que les choses vont aller mieux, en tout cas, j’y crois. »

 Quand je joue au football, j’oublie un peu mes problèmes, je retrouve le sourire, je suis épanoui.

Maka, mineur non accompagné de 16 ans et défenseur à l’US Thouaré.

Surtout que les difficultés ne se limitent pas qu’au terrain de foot. La situation des mineurs non accompagnés se veut globalement plus précaire en France. « Déjà pour obtenir le statut de mineur non accompagné, c’est un parcours du combattant pour ces jeunes, rappelle Pierre. Ils ne sont pas vraiment aidés et se retrouvent même à devoir dormir dans la rue en attente de la décision de justice. » Ainsi, environ 40 000 enfants se présentent chaque année dans les dispositifs d’accueil pour être reconnus MNA, et seulement 40% en moyenne finissent par être reconnus comme tels. Le football et le sport de manière générale sont un véritable outil d’intégration dans la société pour tout enfant, peu importe son statut. « On a une jeune fille qui a été privée de licence cette saison. C’était dur pour elle, car elle s’était fait des copines, une sorte de deuxième famille. Du jour au lendemain, on doit dire à cette enfant “Tu ne peux plus jouer”, on ne se rend pas compte de la brutalité », raconte Gabriel.

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Pour la grande majorité de ces mineurs non accompagnés, le quotidien est loin d’être évident, parfois difficile, souvent usant physiquement et mentalement. Alors, le football symbolise – comme pour tous les enfants – ce moment de plaisir, de joie. Maka : « Quand je joue au football, j’oublie un peu mes problèmes, je retrouve le sourire, je suis épanoui. C’est ce que j’aime le plus faire, être sur un terrain. » Les mineurs non accompagnés vont pouvoir retrouver le chemin des compétitions dans les prochaines semaines, à condition que leur candidature pour la licence ait été déposée avant fin janvier, sinon ils devront attendre la saison prochaine. Pierre rappelle que « cette situation n’est pas le fruit du hasard. La FFF a beau remettre la faute sur la FIFA, si elle voulait vraiment résoudre le problème très vite, elle aurait pu le faire. »

Max Dowman, 16 ans et toutes ses dents

Par Tristan Pubert

Propos de Maka, Gabriel Terrien et Pierre Bodénez recueillis par TP.

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