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Cinq changements, un game changer ?

Cela fait désormais six ans que le football vit avec la possibilité d'effectuer cinq changements par équipe ; cela fait aussi quatre ans que cette règle est gravée dans le marbre. Alors avec un peu de recul, à quel degré cette possibilité nuit-elle vraiment au spectacle ? À quel point favorise-t-elle les effectifs pléthorique ? Analyse.
Lors de la saison 2022-2023, le football a pris une nouvelle tournure. Pas de poteaux carrés ou buts de loin qui comptent double. À la suite de l’épidémie du Covid, les entraineurs ont désormais la possibilité d’effectuer cinq changements – six en cas de prolongation. Une loi qui à la fois allège les techniciens mais qui interroge le spectateur, forcement nostalgique.
Le 13 juillet 2014, le Maracanã accueillait la finale de la Coupe du monde qui opposait l’Allemagne à l’Argentine. À la 88e minute, Joachim Low dégainait sa deuxième cartouche en faisant entrer Mario Gotze ; la suite, on la connait. Ce scénario, se serait-il passé s’il y avait la possibilité d’effectuer cinq changements ? Longtemps, le spectacle s’est nourri de l’usure. Les jambes qui deviennent lourdes, les espaces qui s’ouvrent, les erreurs de lucidité et ces décisions qui faisaient basculer une rencontre, pour le plus grand plaisir de ce qui l’admiraient. Depuis 2020, cette spécificité du football est gommée, puisqu’il est possible de modifier quasiment la moitié de son équipe lors d’une rencontre.
Si le grand joueur était reconnaissable à la lucidité et les efforts produits sur la durée, ces valeurs sont moins cardinales aujourd’hui, diluées dans la rotation faite autour de lui. Le petit Poucet qui misait sur sa résilience pour vaincre un gros doit faire face à des vagues de joueurs de qualités en sortie de banc de renforts, tous prêts à briser des rêves. Moins de questions se posent qu’antérieurement au niveau des staffs techniques qui — sans dénigrer leur implication — lancent un et/ou des joueurs en espérant qu’ils fassent des miracles.
Cinq changements pour une nouvelle vie
C’est ainsi qu’un coach de Ligue des champions (Vincent Kompany) peut se permettre de remplacer à la 68e minute d’une demi-finale un défenseur central (Jonathan Tah) pour un autre défenseur central (Kim Min-Jae), comme on relèverait la garde devant le palais de Buckingham. Olivier Dall’Oglio fait partie de ces derniers qui ont accueilli à bras ouvert cette révolution, introduite en mai 2020 en raison de la crise sanitaire liée au Covid-19 et pérennisée en juin 2022 par l’Ifab. Pour lui, cette fixation, n’a pas que facilité la gestion du banc. « Ça a clairement modifié l’aspect stratégique et tactique. Au niveau du management, il y a plus de joueurs impliqués, donc forcément moins de frustration, juge l’entraîneur qui était alors à l’AS Saint-Étienne au moment de la transition. Auparavant, les discussions étaient plus longues avec le staff car on hésitait à faire les changements. »
Avec le nombre de rencontres planifié et leur enchaînement de plus en plus frénétique, le risque de blessure accroît aussi que les battements par minute du cœur de tout un staff. Et pour ce qui concerne le spectacle, Dall’Oglio tient à rappeler que ses confrères et lui n’ont pas le même combat que le commun des mortels. « Je comprends l’idée selon laquelle les erreurs liées à la fatigue pouvaient créer du spectacle et des émotions aux spectateurs. Mais nous, en tant qu’entraîneurs, on ne peut pas voir les choses comme ça. Notre travail, c’est justement d’éviter ces erreurs. On sait très bien que la fatigue fait perdre de la lucidité et entraîne des mauvais choix. Donc forcément, nous, on cherche à combattre ça », dit-il avant d’ajouter : « Les grands joueurs continueront toujours à faire la différence. Un joueur capable de rester lucide jusqu’à la 90e minute, on va évidemment le laisser sur le terrain.»
🇬🇧 Premier League 🤨 Guardiola ne comprend pas l'absence des 5 changements pic.twitter.com/QJRxbrLzUC
— beIN SPORTS (@beinsports_FR) November 9, 2020
Même son de cloche pour les cadors, directement impactés par la surcharge de rencontres. En Angleterre, le conservatisme de la Fédération anglaise a vu l’instance traîner des pieds avant de généraliser les cinq changements. Un move qui à poussé les pontes du championnat à pester. « L’ensemble des championnats, à part le nôtre, parce qu’il aime sans doute faire les choses différemment, a accepté de faire cinq changements pour protéger le football et la santé des joueurs pour pouvoir enchaîner tous les trois jours », pointait Pep Guardiola à la suite de la blessure de Trent Alexander-Arnold face aux Citizens en novembre 2020. Pas de débats sur le sujet : d’Olivier Dall’Oglio à Pep, la majorité est absolue.
Le prix à payer
À l’heure où les sélections nationales s’apprêtent à s’envoler vers les States; pour disputer une Coupe du monde élargie, la règle des cinq changements prend une nouvelle dimension. Toutes les nations n’abordent pas cette évolution avec les mêmes armes. La France, l’Angleterre ou le Portugal peuvent compter sur leurs armadas de top players, d’autres doivent composer avec un vivier plus restreint et des rotations moins qualitatives. Dans ces équipes où on ne parle plus de « remplaçants » mais de « finisseurs », le banc devient alors une extension du onze titulaire. Le constat ressemble d’ailleurs à celui observé en club : plus le réservoir est vaste, plus la rotation devient une arme stratégique.
Oui, elle offre à ces équipes une cartouche supplémentaire. Mais pour beaucoup d’entraîneurs, ce déséquilibre reste un prix acceptable au regard des bénéfices qu’elle apporte.
Pour autant, cette réalité et les écarts qui se creusent ne suffit pas à condamner la règle. Ce qui pourrait être perçu comme un désavantage est finalement « le sacrifice » à faire pour éviter les casses au sein d’un groupe. Dall’Oglio : « La règle avantage probablement les gros viviers. Oui, elle offre à ces équipes une cartouche supplémentaire. Mais pour beaucoup d’entraîneurs, ce déséquilibre reste un prix acceptable au regard des bénéfices qu’elle apporte. »

Finalement cette loi, censée être passagère, semble être la touche de lait qu’il manquait dans le café noir que peut être la gestion d’un groupe professionnel. Entre protection des joueurs, richesse tactique et implication plus large des effectifs, les personnes qui s’y opposent se font rares. Même si la règle favorise les plus gros viviers, en club comme en sélection, elle apparaît désormais comme un compromis acceptable dans un football qui joue toujours plus. Au fond, la question dépasse peut-être le simple nombre de remplacements. Elle raconte surtout ce qu’est devenu le football moderne : un sport qui accepte de perdre une part de folie pour gagner en contrôle. Reste à savoir si, dans cette quête de maîtrise, il ne risque pas parfois d’oublier que ses plus belles pages sont souvent été écrites dans des situations chaotiques.
Les éléments du passé qui devraient permettre au Real Madrid de retrouver les sommetsPar Hugo Geraldo
Propos de Dall'Oglio recueillis par HG.






















































