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Boxing Day en France : faux combats, vrais profits ?

Par Nicolas Kssis-Martov

Le Boxing Day à la française est la grande innovation pondue par la LFP sous le couvert d'une Coupe du monde en hiver. Si l'on saisit les motivations stratégiques ou la volonté de copier la recette anglaise qui s'avère financièrement très attrayante (avec ses audiences record et ses stades à guichets fermés), il faudrait néanmoins cesser de considérer le foot français avec autant de dédain et d'opportunisme. Une décision qui dénature autant l'héritage british qu'elle méprise le made in France.

Le Boxing Day constitue un rendez-vous unique en Angleterre. Né en 1860 du côté de Sheffield, il s’est imposé et instauré comme une moment clé du championnat. Chacun son histoire. La patrie du Brexit ne dira pas le contraire. La décision de la LFP d’importer ce concept n’a rien, en fait, d’un hommage, et encore moins d’une volonté d’expérimenter un modèle tricolore pour rendre encore plus attrayants nos championnats professionnels. Cette greffe culturelle se révèle purement opportuniste pour rattraper le retard dû à un Mondial qatari déplacé, pour raisons climatiques, en hiver. Les matchs qui vont se dérouler entre les fêtes constitueront avant tout un test grandeur nature pour des cadres de la LFP tout droit sortis de leurs écoles de commerce, avec leur business plan hors sol. Certes, le foot français n’est pas le seul à succomber aux charmes sonnants et trébuchants de ces rencontres entre Noël et Nouvel An. Le top 14 s’y adonne depuis une décennie. En Italie, la Serie A a également trébuché sur ses principes, ce qui fit dire en 2018 à La Repubblica : « Sans doute San Stefano(le premier martyr de l’Église, célébré le 26 décembre)aurait choisi d’aller au cinéma, comme de tradition, plutôt que de suivre cette belle journée de football. […] Ce fut un après-midi à oublier, ou plutôt non, pour ne jamais le répéter. »

C’est une idée de nos dirigeants. C’est une très bonne idée. J’espère qu’ils seront aux matchs, qu’ils ne seront pas à la plage en vacances, parce que ce sont eux qui ont eu cette bonne idée.

Les ultras de nombreux clubs concernés se sont fortement opposés à ce qui ressemble concrètement à une énième atteinte à la culture populaire des tribunes. Une orientation déconnectée – avec des horaires parfois surréalistes – de la vie sociale du pays, au nom de l’intérêt supérieur de complaire aux chaînes de télé. Toutefois, l’hostilité ne vient pas seulement des rangs des adversaires traditionnels au football moderne. Bruno Genesio, entraîneur de Rennes, n’a pas caché une colère fort ironique. « C’est une idée de nos dirigeants. C’est une très bonne idée. J’espère qu’ils seront aux matchs, qu’ils ne seront pas à la plage en vacances, parce que ce sont eux qui ont eu cette bonne idée. Je ne pense pas que ce soit ce qui excite le plus les joueurs. En Angleterre oui, mais c’est une autre culture, depuis de longues années. C’est différent. Chez nous, je ne suis pas sûr que ce soit ce qu’il y a de plus excitant, mais on s’adapte. On est là pour ça et on ne va pas se plaindre. On reste des privilégiés. On ne va pas non plus pleurer sur notre sort. »

Personne n’est dupe

En quelques mots, l’essentiel est résumé. La trêve des confiseurs ne touchera pas le foot cette saison. On se doute que le projet final sera de pérenniser l’expérience dans l’espoir de remplir les gradins et de proposer des « produits » séduisants pour les diffuseurs hors Hexagone. L’augmentation des droits à l’étranger demeure le grand enjeu des prochaines années pour une LFP qui en a fait la promesse au fonds d’investissement qui a pris des parts dans sa société commerciale. Personne n’est donc dupe. Ni les joueurs ou coachs qui vont devoir encaisser cette reprise singulière, sans guère de repos pour les internationaux, ni les supporters, qui n’y voient qu’une insulte supplémentaire envers leur passion. Enfin, en ces temps qui se veulent propices à la sobriété, notamment énergétique, des rencontres en décembre et début janvier ne sont-elles pas inutilement énergivores, à la différence de deux journées supplémentaires en fin de saison ? Et pour finir, une petite cure de ballon rond n’est-elle pas nécessaire, surtout après un Mondial mentalement épuisant, juste le temps de se remettre de nos émotions ou de nos indignations avant de retrouver les chemins des tribunes de L1 ou L2 ?

Par Nicolas Kssis-Martov


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