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Avant Zlatan, il y avait Ibra

Par Giuliano Depasquale
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Avant Zlatan, il y avait Ibra

Si Ibrahimović est parti comme une légende du championnat français, son aventure italienne est un peu plus discutable. Car avant d’être le grand Zlatan, l’intouchable, c’était surtout Ibracadabra, le controversé.

« Je suis arrivé comme un roi, je pars comme une légende. » Cette phrase postée sur le Twitter de Zlatan Ibrahimović est déjà culte et traversera certainement les décennies comme les souvenirs de son talent, mais aussi de son caractère bien à lui. Lorsqu’il débarque au PSG en 2012, il devient rapidement Zlatan, un personnage qui est quasiment devenu une marque déposée à force de le sublimer. Mais il n’a pas toujours été cet homme aux cheveux attachés en arrière et au petit bouc-moustache. Fut un temps, il portait le serre-tête et se rasait toujours de près : c’était Ibra, quoi. Cette tête-là a tout de même évolué sept ans en Italie, où il a forgé sa réputation de dur à cuire et de footballeur-acrobate. Ce qu’on a retenu de lui en Italie ? Pas forcément de quoi le qualifier de légende, mais d’un joueur qui a laissé une grosse marque partout où il est passé.

Ibra d’acier

Il n’a pas fallu attendre que Joey Barton signe à Marseille pour comprendre qu’Ibrahimović avait son caractère bien à lui : très sûr de lui, insolent et arrogant à souhait. Dès ses débuts avec la Juventus, l’Italie entière comprend à qui elle a affaire. Il faut dire que le bougre s’était déjà fait remarquer quelques fois à l’Ajax. Les adversaires des Bianconeri sont dès lors avertis, à commencer par les plus teigneux, bien que Gattuso n’ait pas attendu qu’il signe chez le rival turinois pour lui en coller une petit dans le visage pendant un match. L’un des premiers à qui Ibrahimović se heurte est évidemment Materazzi, ce faucheur des familles qui n’a pas manqué de bizuter le Suédois lors d’un Juve-Inter.

L’Italien s’en mordra les doigts, sept ans plus tard, puisqu’il sera à son tour la victime d’une intervention « kung-fu » de son ex-équipier à l’occasion d’un derby della Madonnina.

De la Juventus au Milan, en passant par l’Inter, il a l’occasion de se fritter avec environ la moitié des joueurs passés sur son chemin : un coup de tête à Mihajlović par ci, un nez contre front avec Mexès par là, ou encore un échange verbal violent avec Matuzalem. Et il s’en est même pris à ses propres équipiers. Demandez plutôt à Cassanon qui a eu droit à un « high kick » alors qu’il donnait une interview, ou à Strasser, qui écoutait attentivement le coach à l’entraînement. Pire encore, lors d’un entraînement à Milanello, une rixe éclate avec son coéquipier Onyewu, qui n’avait pas apprécié de se faire tacler à l’occasion d’un simple décrassage, alors qu’il revenait à peine de blessure.

Ibracadabra

C’est sur ce point que le personnage est incontestable. À l’occasion des sept saisons dans la Botte, Ibrahimović n’a échoué dans la lutte pour le Scudetto qu’à une seule reprise. C’était en 2012 avec le Milan, coiffé au poteau par la Juventus. Et il est très loin de n’être qu’un figurant dans ces succès en championnat. Pour sa première année en Serie A, il parvient à planter 16 buts et se faire sacrer meilleur joueur étranger de la saison. Il flirtera d’ailleurs quelques années avec ce chiffre avant de finalement décrocher le titre de capocannoniere (meilleur buteur en Italie) grâce à ses 25 réalisations en 2008-2009. Au sommet de son art avec les Nerazzurri, il enchaîne trois trophées de champion d’Italie, en plus des distinctions de meilleur joueur en 2008 et 2009.

Ce n’est pas pour rien que la presse italienne le surnomme Ibracadabra à ce moment-là. On aurait même pu l’appeler Ibracrobate avec toutes ses tentatives de buts surréalistes qui faisaient plus penser à du taekwondo qu’à du football, comme cette talonnade de feu contre Bologne en 2009, qu’il réitérera d’ailleurs plus tard contre Bastia.

Rebelote avec les Rossoneri, avec qui il reprend son trophée de meilleur joueur, puis de meilleur buteur, après sa pige à Barcelone. En revanche, pour ce qui est de briller en Ligue des champions, c’était plutôt Ibrasthmatique, avec des rendez-vous manqués aux quatre coins de l’Europe, autant avec la Juventus que les deux Milanais.

Ibramour

« Depuis que je suis enfant, j’ai toujours voulu porter ce maillot. » En apparence, il n’y a rien de choquant à ce qu’un joueur fasse cette déclaration après avoir signé dans un grand club. Pour Ibrahimović, c’est un peu moins crédible, puisqu’il l’a dit aussi bien dit en arrivant à la Juventus qu’à l’Inter. Depuis, l’étiquette de mercenaire lui est attribuée et ce n’est pas son transfert au Milan qui a calmé l’opinion publique italienne. Pourtant, n’importe quel club de la Botte – y compris ceux par lesquels il est déjà passé – le voudrait bien à la pointe de son attaque, avec le consentement des supporters en prime.

Bah oui, si La cité de la peur nous a bien enseigné une chose, c’est qu’on peut tromper une personne mille fois, on peut tromper mille personnes une fois, mais on ne peut pas tromper mille personnes mille fois. Certains ne tomberont quand même plus jamais dans le panneau, comme Materazzi qui a révélé dans une interview donnée à La Repubblica en 2013, l’attitude ingrate du joueur avant de partir pour Barcelone. « Il a dit à Chivu : « Sans moi vous ne gagnerez même pas le scudetto ». Et Mourinho lui a répondu : « Regarde plutôt : sans toi on va tout gagner. » » Une question de karma, simplement.

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Par Giuliano Depasquale


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