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À la recherche de l’Allemagne perdue

Par Adrien Candau
À la recherche de l’Allemagne perdue

Trop friable défensivement face au Japon en entrée de tournoi, l’Allemagne a renoué avec certains de ses fondamentaux face à l’Espagne, dans le sillage de Niclas Füllkrug - son seul numéro 9 de métier - buteur en fin de rencontre. Boudée par une partie de son public, la Mannschaft peut-elle seulement commencer à redevenir elle-même ce jeudi face au Costa Rica, pour s’éviter une nouvelle désillusion en mondovision ?

Ce mercredi 23 novembre, ils n’étaient que 10 millions. Dix millions d’Allemands devant leur écran, pour voir leur sélection se faire ridiculiser 2-1 par un Japon époustouflant. Un chiffre rikiki. Il y a quatre ans, le premier match de la Mannschaft en Russie contre le Mexique (1-0) avait rassemblé près de 26 millions de téléspectateurs. Un audimat chagrin comme un désamour qui traîne, une rupture en suspens qui imprègne lourdement l’atmosphère. Mais alors, qu’est-ce qui cloche précisément avec cette Allemagne-là ?

Jeu de Germains, jeu de vilains

Depuis un an et des poussières, la Mannschaft a pourtant essayé de renouveler son logiciel. D’abord, en disant enfin auf wiedersehen à Joachim Löw et son football ibériséà l’extrême. L’homme qui gobe ses crottes de nez aura tout bien fait pendant des années, avec pour apogée le Mondial 2014, où son équipe aura fait la synthèse de son héritage germanique et des influences espagnoles qui dominaient alors le foot continental. Löw se sera cependant caricaturé à l’extrême lors de la Coupe du monde 2018, où il aura cantonné Mario Gómez – le seul bomber de la sélection – au banc. Idem à l’Euro 2020, que l’Allemagne aura disputé sans numéro 9 de métier.

Une véritable hérésie tactique, au pays de Gerd Müller, Miroslav Klose, Rudi Völler et Karl-Heinz Rummenigge. Au-delà de la question cruciale de l’avant-centre, l’Allemagne de Löw aura aussi perdu en cours de route d’autres composants historiquement identitaires de son football : d’abord, un brillant salopard derrière, capable aussi bien d’inventer des passes et des chevauchées fantastiques que de piloter autoritairement sa défense (Beckenbauer, Matthäus, Sammer, pour ne citer qu’eux). Sous Flick, la Mannschaft compose avec des défenseurs plutôt qualitatifs – de Rüdiger à Süle en passant par Raum -, mais aucun n’a la carrure pour endosser le costume de Kaiser de son arrière-garde, qu’on aura vue se liquéfier face au Japon. Mêmes causes, mêmes effets au milieu : Flick a commencé le Mondial 2022 avec un duo Kimmich-Gündoğan pas emmerdé avec le cuir, mais un peu trop gentillet, un peu trop propret, un peu trop joueur, un peu trop fairplay, bref, pas assez classiquement allemand. Pas d’héritier de Paul Breitner, Bastian Schweinsteiger, Stefan Effenberg et Torsten Frings en vue pour caler une frappe irrésistible dans la lucarne, replacer façon daron les jeunots et casser méchamment un dribbleur adverse.

Füllkrug, du 9 avec du vieux

Tout n’est pas perdu pour autant. Conscient de ne pas pouvoir autant tenir la gonfle face à l’Espagne (36% de possession), Flick a revu sa copie contre la Roja, préférant le kolossal Leon Goretzka à İlkay Gündoğan, pour tenir avec Kimmich le double pivot de son 4-2-3-1. La grande tige munichoise aura admirablement joué son rôle, récupérant 8 ballons (meilleur total parmi les milieux de terrain des deux camps) et communiquant aux siens une hargne communicative, à l’image de son tacle rageur sur Nico Williams dans les arrêts de jeu. Évidemment, l’Allemagne sera aussi redevenue elle-même en faisant entrer Niclas Füllkrug, à la 70e minute de jeu. Un pur avant-centre pas forcément brillant, mais qui connaît par cœur les arcanes d’une surface de réparation.

Le grand dadais du Werder n’a pas la finesse technique de Kai Havertz, inconséquent en pointe face au Japon. Encore moins la polyvalence de Thomas Müller, pas davantage à son aise devant face à l’Espagne. Mais est-ce seulement un problème ? En pointe, l’Allemagne n’a historiquement jamais eu besoin d’un excellent joueur, au sens premier du terme. Mais bien d’un vrai buteur. D’un type plus fort pour planter que pour enchaîner les une-deux et les passements de jambes. Face à l’Espagne, Füllkrug aura non seulement nettoyé la lucarne d’Unai Simón, mais aussi mis un bordel monstre dans la surface adverse, alors que l’attaquant – pourtant en position très favorable – fut aussi successivement oublié par Jamal Musiala et Leroy Sané. Antonio Rüdiger ne s’y trompait d’ailleurs pas en conférence de presse d’après-match : « Je pense que Niclas nous offre quelque chose de différent, que nous n’avons pas sans lui. » Vrai. S’il n’est pas un joueur de classe mondiale, l’avant-centre connaît clairement son affaire. En 20 minutes de jeu, il aura transformé la fin de match de sa sélection, qui avait auparavant démontré que son décalquage du football espagnol n’était décidément pas au niveau de son modèle référent. Moralité ? La copie ne vaudra jamais l’original. À trop singer la Roja, la Mannschaft s’est perdue en route. Elle peut encore éventuellement s’éviter de finir dans le fossé, en battant le Costa Rica ce jeudi. L’Allemagne cherche l’Allemagne. Mais la retrouvera-t-elle à temps ?

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Par Adrien Candau

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