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12 mai 1976, jamais ASSEz de souvenirs

Par Gabriel Cnudde
12 mai 1976, jamais ASSEz de souvenirs

Il y a 39 ans jour pour jour, les Verts de Dominique Rocheteau, Jacques Santini et des frères Revelli disputaient la finale de la Coupe des clubs champions européens à Glasgow, face au Bayern Munich. De ce match de légende, il ne reste plus aujourd'hui que quelques souvenirs et deux poteaux carrés.

Si les histoire d’A finissent mal, en général, peut-être était-il nécessaire que cette histoire de l’ASSE ne se finisse pas bien pour qu’elle puisse entrer dans la légende du football moderne. Peut-être que si la bande de Dominique Rocheteau s’était fait écraser, ou avait triomphé largement des Allemands du Bayern Munich, on se souviendrait moins de Hampden Park et de ses poteaux carrés. Mais les faits sont ce qu’ils sont et rien ne pourrait changer l’histoire. Et c’est sans doute mieux comme ça. Parce que partout en France, et plus particulièrement à Saint-Étienne, l’évocation du 12 mai 1976 ravive les souvenirs non seulement d’un match, mais d’une époque entière. L’époque pendant laquelle les Verts marchaient sur la France du football. La glorieuse époque de Dominique Rocheteau, qui, même blessé à la cuisse, pouvait arracher une qualification incroyable face au Dynamo Kiev, pendant la prolongation. Alors oui, les « si » persistent. Et si les si sont à ce point présents à l’évocation de cette finale, c’est qu’aujourd’hui encore, on aimerait refaire le match. Mais avec des « si » et des « peut-être » , on mettrait Glasgow en bouteille.

Blessures, confiance et engouement

Le 7 mai 2012, à quelques jours de la finale tant attendue, l’ASSE reçoit dans son chaudron Nîmes, pour le compte de la 27e journée de première division. Si la victoire est écrasante (5-2), le bilan est lui plus que mitigé. « C’est vrai que sur ce match, on a perdu Christian Synaeghel et Gérard Farison, et Dominique Rocheteau n’était pas en forme non plus » , se souvient l’un des acteurs de la grande épopée des Verts, Dominique Bathenay. Forcément, les conditions ne sont pas optimales pour préparer une finale de Coupe d’Europe contre l’ogre allemand que représentait le Bayern Munich. Pourtant, les joueurs emmènent dans leurs bagages un bon plein d’enthousiasme. « Il y avait de la confiance. Un peu d’appréhension, c’est normal, c’est une finale. Il fallait être prêt à la minute près, au coup de sifflet, pas une heure avant, pas deux heures après. On avait eu un parcours difficile, on fait tomber un grand d’Europe, le PSV Eindhoven, pour arriver en finale et ça, ça nous avait donné beaucoup de confiance » , se rappelle Dominique Bathenay, 39 ans plus tard.

Au-delà des joueurs, c’est une grande partie de la France qui croyait à l’exploit des Verts. Ils étaient d’ailleurs très nombreux à s’envoler pour l’Alba. « Beaucoup de monde se préparait à aller à Glasgow, par avion, par bateau, par tous les moyens possibles. Il y avait un grand engouement autour de ce match » , explique le milieu de terrain de l’ASSE. Le 12 mai, les rues de Glasgow se remplissent d’un flot vert incroyablement dense qui file doucement de Buchanan Street à Hampden Park. Même les supporters du Celtic en sont impressionnés. « Tout le monde attendait qu’on gagne, même les Écossais étaient derrière nous. » Et puis, parmi les personnes présentes dans les tribunes en bois de Hampden, on retrouve même quelques « célébrités » : Muriel Robin, qui est née à Montbrison, dans la Loire, Bruno Solo, encore tout petit, et peut-être même Julien Clerc, un habitué du Chaudron. « Le Stade Geoffroy-Guichard, c’était le Parc des Princes avant l’heure. Beaucoup de monde venait nous voir jouer, beaucoup de célébrités » , précise Dominique Bathenay, qui se souvient de la foule présente à quelques minutes de sa frappe mémorable.

Stupeur et tremblements

Le match, tout le monde le connaît. Minute par minute, même, pour les plus nostalgiques. La légende s’écrit une première fois à la 34e minute. Dominique Bathenay récupère le ballon dans le rond central, s’amuse balle au pied et envoie une minasse pleine barre. Trois minutes seulement avant que la tête de Jacques Santini ne trouve la même barre transversale sur son chemin. La barre carrée, donc. « Voilà, on ne saura jamais ce qui aurait pu se produire, on ne peut même pas dire si on aurait gagné au final ! On aurait pu marquer, puis perdre derrière. Tout était possible. Et si Dominique Rocheteau avait pu jouer, et si on n’avait pas eu tant de blessés, si tout le monde avait été au top… Il y a plein de si ! » , relativise aujourd’hui le premier canonnier des Verts lors de cette rencontre. « Oui, il y avait de la déception. Mais le soir, on a passé un moment avec nos familles, on a bu un petit verre pour nous réconforter, on a relativisé et puis on a retrouvé très vite le moral. On était heureux de voir qu’on avait donné beaucoup de plaisir à beaucoup de gens. »

Une déception vite oubliée. Le lendemain, les Verts défilent sur des Champs-Élysées combles. Parce que quelque part, pour le public français, Dominique Bathenay et sa bande n’ont pas vraiment perdu. « Si on avait perdu trois ou quatre à zéro, on n’en aurait pas tant parlé. On aurait dit :« Voilà, ils sont plus forts. » Sauf que là, ils ne l’étaient pas vraiment. Ils n’étaient ni plus forts, ni moins forts » , juge Dominique. Forcément un peu plus forts, ce tout petit peu qui a permis à Roth de marquer et d’offrir la victoire aux siens. Ce tout petit peu qui a béni Sepp Maier, protégé par son ange gardien, sa barre transversale. Ce tout petit peu qui fait qu’aujourd’hui, les Verts de cette époque sont des légendes. Des martyrs du beau jeu, crucifiés sur des poteaux carrés. « Ce qui nous fait chaud au cœur, c’est que cette histoire se perpétue de génération en génération. Tout le monde nous parle non seulement de ce match, mais de cette période. On reste dans la mémoire collective du football, et ça, c’est quelque chose d’important » , conclut Dominique Bathenay.

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Par Gabriel Cnudde

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