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Lukaku, un géant trop petit contre les gros ?

Coupable d'une prestation indigente lors du derby de Manchester, Romelu Lukaku n'a pas souhaité célébrer son but contre Bournemouth mercredi dernier, touché par les critiques. À suivre le raisonnement de ceux qui affirment qu'il ne marque que contre les petits, la scène devrait donc se reproduire ce dimanche... sous le regard de Zlatan Ibrahimović.

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Romelu Lukaku fait la gueule, et pourtant il vient de marquer. Acte rare réservé aux buteurs qui refusent de célébrer un pion contre leur ancienne équipe, cette tronche impassible ne répondait cette fois-ci à aucune contre-indication sentimentale face à Bournemouth. Mercredi 13 décembre dernier, l’attaquant belge a mis fin à une disette de 405 minutes en Premier League face au quatorzième du championnat, septième défense d’Angleterre à égalité avec Liverpool et Arsenal, et refusé toute explosion de joie pour un but qui sera finalement le seul de la rencontre (1-0 score final, ndlr). Tout juste un bras pointé en direction des supporters mancuniens ayant fait le déplacement, un regard levé en forme de reconnaissance, pile assez longtemps pour se demander qui remerciait finalement qui pour son geste. Trois points pour lui.

Assassiné par la presse


Quelques secondes après le coup de sifflet final, Phil Neville, maquillé et drapé de lumières chaudes sur son siège en cuir du plateau de The Debate sur la chaîne Sky Sports, exprime son point de vue en qualité d’ancien de la maison Red : « Bien sûr que le match contre City lui faisait encore mal. J’ai de la peine pour lui, vraiment. Je pense qu’il pourrait marquer 20-25 buts et les gens diront encore qu’il n’est pas assez bon pour Manchester United. »

Littéralement assassiné par la presse au lendemain de sa prestation cata dans le derby, pour laquelle il est accusé d’avoir offert deux passes décisives au camp adverse avant d’envoyer la balle d’égalisation dans la poire d’Ederson à la 86e, Lukaku est presque arrivé à un point où chaque but contre un « petit » donne raison aux détracteurs qui affirment qu’il ne sait faire que cela. Le buteur serait invisible dans les grands matchs, au contraire de Van Nistelrooy, Tévez, Berbatov, Rooney ou Robin van Persie, qui avait rapporté douze points à lui tout seul lors de l’année du dernier titre mancunien. Mais être le grand buteur d’une grande équipe nécessite-t-il forcément de marquer contre ses semblables ?

La minute statistique


« Cette discussion sur son efficacité contre les gros clubs est née sur les plateaux de télé, de la bouche des mecs qui font les statistiques. Ce n’est pas quelque chose qui se discute dans les vestiaires, tout simplement parce que ce n’est pas un problème. Moi personnellement, si je suis le coach et que Rom’ me met 25 buts dans la saison, mais aucun contre le top 6, je m’en fous. » Le timbre de voix au téléphone est assuré, calme, et l’on aurait presque tendance à penser que Sylvain Distin a accepté cette interview pour contrebalancer la pluie de critiques qui s’abat sur son ancien coéquipier à Everton, entre 2013 et 2015. Car si l’ancien défenseur français, aujourd’hui à la retraite, estime que l’on « peut faire passer n’importe qui pour Cristiano Ronaldo avec des statistiques, et inversement » , force est de constater que celles de Lukaku se suffisent à elles-mêmes : quinze buts en 62 matchs de PL contre le Big Six (Manchester City, Liverpool, Arsenal, Chelsea, Tottenham et... Manchester United).


La phase immergée de l’iceberg, elle, fourmille de trésors cachés. Excepté ces rencontres, donc, le Diable rouge a déjà mordu 79 fois en 141 matchs de championnat, plus 39 passes décisives, soit un geste décisif toutes les 108 minutes en moyenne. Le tout à 24 ans et en étant devenu il y a quelques semaines le meilleur buteur de l’histoire de la sélection belge, même si le rapport avec le sujet du jour n’est pas direct. Lukaku n’est pas un peintre, et peu sont ceux qui osent affirmer l’inverse. Il était simplement trop fort pour évoluer à Everton, ne le serait-il pas assez pour United ?

« Il a mieux joué que ceux qui ont marqué »


Si l’on peut distiller quelques qualités à José Mourinho, la principale serait sans aucun doute le soutien indéfectible dont il peut faire preuve à l’égard de joueurs qu’il apprécie. Le Happy One voulait Lukaku au Real, puis il l’a eu à Chelsea, et l’a ramené à lui à l’entame de sa seconde saison sur le banc de United. « Son niveau me satisfait toujours, lâchait-il après la rencontre de Ligue des champions face au CSKA Moscou, car sa façon de jouer pour l’équipe est fantastique. »


Une déclaration faisant écho à ces propos glissés lors de la préparation estivale du club, où, après une victoire 5-2 face aux LA Galaxy, le Mou s’était laissé aller à cette belle diatribe : « Il n’a pas marqué, mais il a mieux joué que ceux qui ont marqué. Nous avions rencontré tellement d’adversaires l’an passé qui avaient clairement décidé de défendre et de fermer l’espace avec beaucoup de joueurs à vocation défensive que nous avions besoin d’un target man, d’un point d’appui, ce que Martial et Rashford ne sont pas. Nous avions de bonnes options, de bons joueurs, mais pas de vrai point d’appui, de vrai numéro 9 à l’aise dans la surface. Romelu sera celui-là. Il a prouvé aujourd’hui qu’il était un joueur collectif qui n’était pas focalisé sur lui, mais plus concerné par les progrès de l’équipe. » Lukaku n’est pas un joueur de petits matchs, c’est simplement là où ses qualités sont le mieux utilisées. Jouer de son corps, servir, re-servir, là est son élément. Pas la technique kamikaze orchestrée par Mourinho contre City, tous derrière et lui devant, qu’il était tout de même à 50 centimètres de valider sans cette intervention divine du portier brésilien.

De gros points contre les petits


Dans de telles conditions, le retour d’Ibrahimović ne serait, selon Sylvain Distin, pas de nature à inquiéter le Belge : « Est-ce qu’il va voir ça comme une concurrence saine et se dire qu’il faut travailler encore plus dur, ou bien s’effondrer : "Merde, Zlatan revient, la presse va être sur mon dos..." Zlatan n’a pas besoin d’une brèche pour s’infiltrer. Il n’a pas besoin d’attendre que Lukaku soit moins bien pour briguer une place de titulaire. Peut-être que cette inefficacité cache un souci mental, de résistance à la pression, on va justement voir la réaction de Rom’. Mais je pense que ça va le booster. »


Mourinho, qui avait affirmé en octobre que son protégé était « intouchable dans (s)on équipe » , et qu’il devait également l’être « dans le soutien et le respect qu’il mérite » des fans, attache en revanche beaucoup d’importance à ses performances en Ligue des champions, qu’il découvre, et où il compte déjà quatre buts en six matchs. « C’est là qu’il doit briller pour prouver qu’il est un attaquant de classe mondiale » , jugeait Paul Ince dans l’une de ses chroniques pour le Daily Mail. Alors en attendant de faire gagner des petits points contre les gros, Lukaku fait gagner de gros points contre les petits, et creuse son filon en attendant le déclic. Un domaine qui lui sied bien : sans lui, United aurait déjà dix points de moins en championnat.

Par Théo Denmat
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