Joachim Fernandez, itinéraire d'un homme parti trop tôt

Joachim Fernandez s'est éteint il y a quelques jours, à seulement 43 ans. Un départ bien trop prématuré, pour ce défenseur à la carrière compliquée, qui restera dans les mémoires pour sa participation à l'épopée européenne des Girondins de 1995-1996. Et grâce à une punchline dans laquelle il est question de chaussures et de maillots.

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Le romancier Michel Tournier, le guitariste des Eagles, Glenn Frey, et Joachim Fernandez. Le 18 janvier dernier, la mort a frappé au hasard. En plus des deux artistes de renommée internationale, elle a décidé d'emporter un quasi-quidam, comme le football en produit à la pelle. « Quasi » , car malgré un parcours professionnel chaotique, qui l'a conduit à mettre un terme à sa carrière en Indonésie, à seulement 29 ans, le Sénégalais a eu la chance de participer à l'une des plus belles épopées que le football français ait connu. Celle qui a mené Bordeaux en finale de la Coupe de l'UEFA, en 1996.

Des chaussures et des maillots, du Milan AC à l'Indonésie


Une aventure à laquelle il participe presque par hasard. Alors qu'il est dans sa dernière année de contrat avec le club qui l'a formé, Fernandez sort de deux saisons de prêt plutôt convaincantes en deuxième division, à Sedan puis Angers. Mais Slavo Muslin ne compte pas sur lui. Et c'est une cascade de forfaits qui forcent l'entraîneur serbe à utiliser le joueur qui a déjà 23 ans. D'abord face à Lens, en novembre 1995, pour ses débuts en Ligue 1, puis à Séville, un mois plus tard, contre le Betis. Pour sa deuxième apparition avec les pros, il fait partie, en compagnie de Jean-Yves de Blasiis et Geoffrey Toyes, de la jeune garde chargée de conserver l'avantage de 2-0 acquis à l'aller, lors de ce 8e de finale de Coupe de l'UEFA. Une mission qu'il prend avec beaucoup de décontraction, comme en témoigne sa déclaration devenue célèbre, lâchée avant le match devant les caméras : « Pourquoi avoir peur ? Ils ont des chaussures, on a des chaussures. Ils ont des maillots, on a des maillots. » En plus de son équipement, Joachim possède dans son équipe Zinédine Zidane. Le numéro 7 bordelais inscrit son fameux lob de 35 mètres en début de match. Peu importent les deux buts encaissés par la suite dans l'enfer du stade Benito-Villamarín, la mission est remplie. Joachim Fernandez ne le sait pas encore, mais ce deuxième match parmi l'élite sera le plus important de sa carrière. En seconde partie de saison, il ne sera titularisé que quatre fois par Muslin, puis Gernot Rohr, en championnat ou en Coupe de la Ligue. Avec, pour consolation, l'honneur de jouer les dernières minutes du mythique Bordeaux-Milan AC (3-0), en soulageant Didier Tholot à la 86e.


Laissé libre par les Girondins en fin de saison, il s'engage avec Caen, où il jouera sa seule saison pleine parmi l'élite. S'ensuit un transfert à l'Udinese, où il ne reste que trois mois, avant de filer à Monza, puis au Milan AC, où il ne disputera pas un seul match. Prêté ensuite à Toulouse, où il ne joue pas non plus, il part tenter sa chance à Dundee United. En Écosse, son seul fait d'armes sera d'avoir étranglé Paul Gascoigne, alors à Everton, lors d'un match de préparation. En 2001, il file au Persma Manado, en Indonésie, où il ne joue que deux rencontres avant de mettre un terme à une carrière qui ne l'a vu disputer que douze matchs depuis son départ de Caen, quatre années plus tôt.

Des parties de campagne pour garder la forme


Alors qu'il a fêté son cinquantième anniversaire il y a quelques semaines, Christophe prend toujours autant de plaisir à rejoindre chaque week-end le bassin d'Arcachon. Pour fuir le stress parisien, que cet homme de médias affronte toute la semaine, bien sûr, mais surtout pour rejoindre ses copains des « Potes du dimanche » , l'association avec laquelle il mélange foot et apéros depuis plus d'une vingtaine d'années. Réunis une fois par semaine sur la plaine des sports de La Teste-de-Buch, la joyeuse bande tape dans le ballon de manière tout à fait amicale, à l'occasion de matchs improvisés entre joueurs de tous âges, qui n'ont rien de professionnels. Sauf lors de cet été 1996, où ils ont vu débarquer Joachim Fernandez. « Un des membres de l'équipe avait quelques copains aux Girondins, et il avait ramené Joachim un matin » , se remémore Christophe, très ému à l'annonce du décès de l'ancien défenseur. Par la suite, Fernandez reviendra de lui-même. Son contrat avec les Girondins expiré, il voit en cette bande de joyeux drilles un moyen de garder la forme avant de trouver un nouveau club. « Il était très satisfait de pouvoir jouer avec nous, et cela se passait très bien. C'était quelqu'un de très sympathique. En revanche, il était toujours en retard.


Il se faisait gentiment engueuler, mais il ne disait rien, il était bien éduqué
 » , continue à rembobiner Christophe. De Fernandez, le jeune quinquagénaire, qui officiait à l'époque à Skyrock Bordeaux, se souvient d'une patate phénoménale. « Je me revois lui demander comment il faisait pour avoir une frappe aussi puissante. Il me répondait qu'il ne savait pas comment nous l'expliquer, que c'était grâce à sa façon de se positionner par rapport au ballon, mais qu'il serait incapable de nous l'enseigner. Il ne forçait pas, et le ballon partait à une vitesse... En plus, il avouait souvent qu'avec nous, il jouait un peu au ralenti. C'était un garçon simple, discret et généreux, qui ne se mettait pas au-dessus du lot. » Nul ne sait si, comme Joachim Fernandez, la mort a des chaussures et un maillot. Mais c'est elle qui a gagné ce dernier match, contre celui qui n'est pas près d'être oublié par Christophe et tous ceux qui ont eu la chance de croiser sa route. Repose en paix, Joachim.

Par Mathias Edwards
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Dans cet article

Gael Givet mais j'ai peur Niveau : District
Personne ne sait comment il est mort du coup ?
danseavecmamie Niveau : DHR
En lisant des commentaires sur des sites sénégalais, il serait malheureusement mort de froid dans un squat à Domont, il était devenu sdf...

http://www.leparisien.fr/domont-95330/d … 465631.php

Il serait mort d'ennui à Domont.

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