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Syanie Dalmat : « Les femmes issues de la diversité ont été invisibilisées »

Journaliste à L'Équipe, Syanie Dalmat a apprécié le documentaire Je ne suis pas une salope, je suis une journaliste ! . Elle regrette toutefois que les femmes racisées soient absentes du programme. Au point de se sentir, à 36 ans, exclue d'un sujet qui la concerne, et ce peut-être deux fois plus que ses collègues de la télé.

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Si on s’appelle aujourd’hui, c'est à la suite de la diffusion sur Canal + du documentaire Je ne suis pas une salope, je suis une journaliste ! Qu'en as-tu pensé ?
Je l’ai découvert en deux temps. D’abord, via la bande-annonce qui a été publiée quelques jours avant, puis lors de la diffusion dimanche. Le sujet m’intéressait, parce qu'il était essentiel de parler du sexisme dans les rédactions de sport et de toutes les dérives qui peuvent y exister. Mais ma première réaction a été de me dire qu’il n’y avait aucune diversité dans ce documentaire. Je me suis dit que la parole avait encore une fois été donnée à des femmes qu’on voit déjà beaucoup, j’avais peur que ça ne tourne qu’autour de ça... Après avoir vu le programme dans son entièreté, il faut reconnaître que le travail fait est exceptionnel. Le fond est très bien traité, mais il manque quelque chose sur la forme. Je sais qu’il y a des femmes issues de la diversité dans les services des sports, et là, j’ai l’impression qu’elles ont été invisibilisées, ce qui est déjà souvent le cas au quotidien. C’est ce que j'ai ensuite souligné dans un message sur Twitter.


As-tu pu en parler avec Marie Portolano, la journaliste à l'origine du documentaire ?
Oui, elle m’a écrit pour me dire qu’elle comprenait ce que je ressentais. Elle m’a également dit qu’elle avait sollicité des journalistes qui ont refusé de parler. L'idée n'est pas de dire qu'il aurait fallu m'interroger, mais plutôt que des femmes racisées auraient pu avoir leur place dans ce documentaire. J'ai trouvé que ça reproduisait un peu trop ce que je vois déjà à la télé depuis que je suis jeune et que je fais ce métier. Personnellement, je me suis mis des freins en me disant que je ne pourrais jamais faire de télé à cause de mon physique. Là, j'ai repris ça en pleine figure.


« Quand j’étais gamine, le seul noir que je voyais à la télé, c’était Charly de Charly et Lulu, c'est dire... »

Dans le documentaire, on se concentre également surtout sur ce qu'il peut se passer à la télé, moins ailleurs.
C’est vrai qu’il n'y a qu’une seule personne de la presse écrite (Frédérique Galametz, de L’Équipe) et une seule personne de la radio (Amaia Cazenave, de Radio France). L'angle était de dire qu’à la télé, les journalistes sont plus exposées, notamment sur les réseaux sociaux. Je n’ai pas trop compris la justification de Marie là-dessus, mais ça lui appartient. Moi, je parle clairement des femmes racisées, ou perçues comme telles. Honnêtement, quand tu vois le documentaire, il y a beaucoup de blondes — toutes très compétentes, il n’y a aucun doute là-dessus —, mais pas de noires, pas d’arabes, pas d’asiatiques. Je sais que Vanessa Le Moigne a des origines algériennes, mais elle a conscience de représenter un stéréotype. On va me dire que je suis parano, mais il y a des choses qui te sautent au visage. Mon mémoire de fin d’études portait justement sur la diversité dans les médias et plus précisément à la télé. Je l’ai fait en 2005, et je me posais déjà ces questions. On est en 2021 et cette question est toujours d’actualité. Quand j’étais gamine, le seul noir que je voyais à la télé, c’était Charly de Charly et Lulu, c'est dire... Le documentaire est d’utilité publique, je suis à fond derrière la démarche, mais je pense que les gens sont prêts à voir des gens racisés à la télévision.

Quelles autres problématiques auraient soulevé la présence de personnes racisées dans ce documentaire, dont l’angle d'attaque était le sexisme et le harcèlement ?
Nous avons un double handicap. En plus d’être des femmes, on est racisées, issues de la diversité, et c’est d’autant plus compliqué pour nous. En plus du sexisme, on peut subir du racisme. Quand un collègue me touche les cheveux le jour où j’ai un afro et me dit : « Tiens, c’est rigolo, ils ne sont pas comme les nôtres » , ça ne peut arriver qu’à une femme aux cheveux crépus. On a aussi des choses à témoigner et on avait notre place dans ce documentaire.

Pour donner un contre-argument, est-ce qu’il ne faudrait pas plus en vouloir au système, qui exclut les femmes racisées des plateaux, plutôt qu’à Marie Portolano ?
Évidemment ! Le parti pris était de parler des femmes de télévision, et il se trouve que ce sont souvent des jeunes femmes blondes. Ce n’est pas de leur faute, parce que ce ne sont pas elles qui se choisissent. Mais les symboles, dans la vie, c’est hyper important. Dans la vie, tu te fixes des objectifs et tu peux douter en disant : « Non, ce n’est pas fait pour toi... » Mais si tu vois des gens qui l’ont déjà fait, ça aide à franchir quelques obstacles. Le truc, c’est que je me suis dit qu’une petite gamine noire, asiatique ou arabe, pourrait se dire inconsciemment que ça ne la concerne pas. À force de renvoyer ces mêmes schémas, elle pourrait se dire que ce n’est pas un monde pour elle. Si tu as beaucoup de caractère et que tu veux tout casser, tu pourras le voir par toi-même, mais ça peut mettre des freins.

Avant d’arriver dans les pages football de L’Équipe, quel a été ton parcours ?
J’ai grandi à Aulnay-sous-Bois, dans le 93. J’ai été en école privée, parce que ma mère avait fait les efforts nécessaires. Comme on n’avait pas vraiment les moyens, juste après le bac, j’ai fait une école de journalisme et je travaillais à côté pour payer mes études. Après les trois ans d’école, j’ai fait une année de fac à l’issue de laquelle j’ai été appelée par France-Soir, fin 2006, où j’avais déjà fait un stage. C’était une époque où c’était compliqué pour le journal puisqu'ils remontaient une nouvelle équipe au service des sports. J’y suis restée jusqu’en 2012 et j’ai rejoint L’Équipe en tant que pigiste, puis en CDD, et j’ai été titularisée en 2014.

« Dans les rédactions, on peut nous compter sur les doigts d’une main. Parfois, le matin, je commence à 6 heures. Les personnes noires que je croise, ce sont celles qui font la sécu ou le ménage. »

Dans ce parcours, as-tu connu des freins de par ta condition et si oui, lesquels ?
Au début de ma carrière, je ne me faisais pas la réflexion. J’étais enthousiaste, je découvrais le milieu et à France-Soir, je n’ai jamais eu aucun souci avec aucun collègue. Bon, j’étais tombée sur un chef un peu chelou, mais il est vite parti, et on m’a rapidement confié des choses très intéressantes à faire. À cette époque, ça n’a jamais été un problème que je sois une femme et que je sois une femme noire. Après, j’ai déjà eu un rédacteur en chef à France-Soir qui m’a mis une main aux fesses lors d’un bouclage, mais ce n’était pas un mec du sport. Ça m'avait évidemment heurtée, mais je ne savais pas quoi faire, donc j'ai gardé cela pour moi.

À quel moment as-tu pris conscience que c'était un problème ?
On n’était pas nombreux à être noirs, maghrébins ou asiatiques. Dans ce milieu, ce n’est pas la norme. Dans les rédactions, on peut nous compter sur les doigts d’une main. C’est en vieillissant que tu t’en rends compte. Tu te dis que les portes ne sont pas ouvertes à tout le monde comme ça devrait l’être. Parfois, le matin, je commence à 6 heures. Les seules personnes noires que je croise, ce sont celles qui font la sécu ou le ménage.

Est-ce que ça te met une pression supplémentaire dans ton travail ?
Tu dois être irréprochable. Parce que si tu te manques, il ne faut pas que ça ferme les portes à ceux qui arrivent derrière. On n’est déjà pas nombreux, si en plus tu es nul, tu vas plomber les autres.

Comment s’était passé ton accueil à L’Équipe ? J’espère mieux que pour Frédérique Galametz qui avait découvert en 1994 une affiche « Les femmes sont interdites dans ce campement » ...
Oui, on n’en est plus là. J’ai été très bien accueillie, il n’y a pas eu de problème. Peut-être parce que certaines avaient déjà essuyé les plâtres avant moi.

La discrimination serait donc quelque chose de plus insidieux ?

Je pense que c’est partout pareil. Il faut changer les choses à un autre niveau, que les écoles de journalisme ouvrent plus facilement leurs portes aux personnes issues de la diversité, déjà. Ça doit venir d’en haut. L'entre-soi n'est jamais bon, et c'est en faisant entrer d'autres profils, d'autres points de vue qu'on grandit.

« L'entre-soi n'est jamais bon et c'est en faisant entrer d'autres profils, d'autres points de vue qu'on grandit. »

As-tu développé le syndrome de l'imposteur évoqué dans le documentaire ?
Tout le temps. Ça fait quinze ans que je travaille sur du foot, et dès que je publie un papier, je ne suis jamais sûre de moi. L’Équipe, c’est une institution. Tu te retrouves là et tu te dis : « Est-ce que je suis vraiment à ma place ? » J’ai déjà été prise de doute, et des collègues m’ont rassurée là-dessus. Jamais un journaliste n'est venu face à moi pour me dire que je n’étais pas à ma place. Mais pour moi, il n’y a rien d’évident à être ici.

As-tu été automatiquement mise sur le football féminin ou était-ce un choix ?
Je travaille également sur le football masculin. Cette année, par exemple, je suis Dijon, donc je mets la même énergie pour le foot féminin que masculin. Mais c’est complètement voulu de travailler sur le football féminin. Je joue depuis que j’ai 15 ans et, avant même d’arriver à L’Équipe, je m’y intéressais. C’est important pour moi de défendre la cause des femmes dans le sport.

Est-ce que l’essor médiatique du sport féminin va de pair avec la question de la représentation des femmes dans les médias ?
Oui, je pense que tout ça est lié et cela dépasse le sport. Il s’agit aussi de questionner la place des femmes dans la société. #MeToo a permis de bousculer plein de choses, que la parole se libère, notamment. Il faut que les hommes s’habituent à voir des femmes qui font du sport. Je ne vois pas pourquoi le sport aurait un sexe.

« Avec l'association des journalistes femmes de sport, on voudrait aller dans les écoles, rencontrer des étudiants, échanger sur le sujet.... Je trouve que c'est vachement plus utile que de dire seulement "Untel m'a fait ça". »

Il y a un an, Clémentine Sarlat avait parlé de son expérience à France Télévisions et je t'avais déjà sollicitée sur le sujet. Tu m'avais répondu que tu y réfléchirais, sans donner suite. Pourquoi s'exprimer maintenant ? Qu'est-ce qui a changé en un an ?
(Elle hésite.) Déjà, je suis un peu plus à l'aise à l'idée d'évoquer le sujet. Il y a des choses que je ne peux pas encore raconter aujourd'hui, qui sont trop lourdes. Mais je m'exprime aussi parce que les personnes racisées ont très peu la parole. Et quand j'ai vu le documentaire, je me suis dit qu'il m'avait manqué quelqu'un qui me dise les choses telles qu'elles le sont. J'ai envie de contribuer à faire avancer les choses.

Qu'est-ce qui te manque pour franchir le pas et tout déballer ?
Je ne sais pas. J'en ai déjà parlé à mes proches... Ce que j'ai déjà raconté, c'est déjà inadmissible, un peu violent. Mais je n'ai pas envie d'aller plus loin. J'ai envie de montrer que je suis passée outre. Ça a été compliqué et difficile, mais voilà. Avec l'Association des journalistes femmes de sport, on voudrait aller dans les écoles, rencontrer des étudiants, échanger sur le sujet... Je trouve que c'est vachement plus utile que de dire seulement « Untel m'a fait ça » . Je me suis déjà confrontée à ces personnes, elles le savent. Maintenant, je préfère essayer de casser les clichés et proposer des choses constructives.

Propos recueillis par Mathieu Rollinger
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