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Nicolas Pagliarini, la petite frappe dévissée

Il y a un an, un ancien espoir du football belge prenait cinq ans pour braquage. La faute, entre autres raisons, à une blessure au genou, un choc mal encaissé.

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C'est un restaurant comme les autres, posé au bord de la D938 qui traverse Crestet. Entre les vignes et un rond-point du nord de Carpentras, La Loupiote annonce un menu du jour à 13€50, « entrée + plat + dessert, sauf week-end et soir » . Sinon, il y a le menu à 22 €. Peut-être celui que le groupe d'une cinquantaine de personnes a choisi pour cette soirée du 9 décembre 2014, payée par l'entreprise. Dans la caisse, à peine 100 € de recettes du midi. L'établissement aurait dû être fermé le soir, mais la privatisation a entraîné son ouverture exceptionnelle. Alors, au moment de ranger la salle, vers 23 heures, il n'est pas impossible que le patron montre quelques signes de fatigue. Autour de lui trois employés s'apprêtent à partir, quand deux hommes cagoulés et armés surgissent. Mettent en joue le gérant, crient « l'argent, l'argent ! » , braquent la caisse. Vont jusqu'à ramasser les pièces de deux euros tombées dans la précipitation, puis s'enfuient avec 400 euros, soit la recette et le fonds de caisse. Un complice les attend dans la ZX blanche stationnée sur le parking. Cet homme, c'est Nicolas Pagliarini. Quelques mois plus tôt, il était un solide espoir belge, en formation au Montpellier Hérault. Condamné à cinq ans de prison, il dormira en prison jusqu'au terme de sa peine, en juin 2018. Pagliarini, ou l'histoire d'une trajectoire complètement dévissée.

« Une sorte de suicide social »

En 2012, Nicolas Pagliarini est pourtant un garçon sur la voie de la réussite. Il vient de connaître ses premières sélections en U16 belges, quelques mois avant de souffler sa seizième bougie, le 26 juin. Suivront trois autres sélections avec les Diables rouges – deux en U17, une en U18 – pour celui qui est né à La Louvière, comme Eden Hazard cinq ans avant. Numéro 10 lui aussi, Pagliarini préfère toutefois Younès Belhanda. Il faut dire que son modèle reste en 2012 sur un titre de champion, un trophée UNFP de meilleur espoir de Ligue 1 et un autre de plus beau but de l'année. Une référence et un objectif solides pour un gamin débarqué à six ans en France et depuis toujours licencié dans les clubs de la région : Aubignan, Vaison, Avignon et enfin Montpellier.


La route semble tracée, mais une sacrée épingle va surgir à l'horizon. Avril 2014, le genou lâche. Ligaments morts, ménisque touché, rêves de carrière à terre. Tout devient sombre pour le garçon de 17 ans. Le joueur qui évoluait dans le cocon du centre de formation du MHSC (son profil est toujours présent sur le site internet du club) doit rentrer en juin chez ses parents. Ils sont en instance de rupture et lui, tout juste majeur, va préférer partir. Il traîne à droite à gauche, dort parfois dans des voitures, ou alors à Vaison-la-Romaine, où il a des fréquentations visiblement mauvaises. L'année n'est pas terminée qu'il passe à l'acte avec deux joueurs amateurs du club de Vaison : Nassim Bouzit, 21 ans, et Mohammed Louraidi, 22 ans. Puis, onze jours après le braquage de la Loupiote, Nicolas Pagliarini récidive en solo, dans un magasin de téléphonie, avec une arme factice. Pour ce qui sera requalifié en vol avec violences, il écopera de deux ans de prison dont 18 mois avec sursis. Avant l'arrêt de la Cour d'assises pour le braquage - cinq ans dont quatre fermes -, son avocat aura tenté de dresser le portrait d'une dépression, avant de conclure sur « une sorte de suicide social » .

« Perdre son identité de sportif »

L'affaire, somme toute banale pour qui fréquente les bancs de tribunaux correctionnels ou de cours d'assises, serait-elle sortie des brèves « Justice » de la presse locale si elle n'avait pas concerné un footballeur en devenir ? Sans doute pas. Mais le football reste une loupe grossissante et le cas Pagliarini illustre bien la manière dont une suite d'actes plus ou moins signifiants peut aboutir à un résultat dramatique. Pagliarini pose la question du destin et celle, plus pragmatique, du futur des 80 % de jeunes entrés en centre de formation qui n'en sortiront jamais professionnels. Car si le ministère des Sports a imposé des règles sur le suivi psychologique des sportifs de haut niveau, incluant les pôles espoirs et les centres de formation agréés, rien n'est prévu pour ceux que l'on a conditionnés à devenir footballeur pour finalement se retrouver à poil.


« Le sportif de haut niveau est encadré, il est intégré à un collectif, il a un statut. Et du jour au lendemain, plus rien, rappelle Olivier Leprêtre, préparateur mental et DG de Focus Consultants. C'est particulièrement vrai dans le cas d'une blessure d'un jeune en pleine progression, en train de franchir des paliers. Blessé, il va perdre son identité de sportif, se sentir inutile. » Olivier Leprêtre conseille ainsi aux clubs de laisser le plus possible les joueurs touchés auprès du groupe pour ne pas se retrouver isolé. Dans le cas Pagliarini, la fin de saison a empêché cela. Et l'oisiveté s'est mêlée au reste pour enfanter le vice : « Sans me prononcer sur son cas personnel, il est évident que pour arriver à l'extrémité d'un braquage, il y a des antécédents, des fragilités psychologiques et/ou psychosociales » . Comme une ambiance familiale compliquée, par exemple. Comme, aussi, des profils psychologiques particuliers qui contribuent, lorsqu'ils sont bien exploités, à la réussite au plus haut niveau : « Potentiel intellectuel avec beaucoup d'anxiété, hyper-sensibilité... Je ne vais pas tous les détailler, mais oui, certains profils sont plus souvent retrouvés chez les sportifs de haut niveau. » Nicolas Pagliarini ne viendra jamais gonfler les statistiques sur le sujet. La faute à un genou et à un butin de 400 euros, son cas aura été noircir les colonnes des médecins de l'administration pénitentiaire.

EDIT : Dans sa première version, cet article indiquait que Nicolas Pagliarini était encore en prison. C'était une erreur, corrigée après discussion avec l'intéressé. Nos excuses à Nicolas Pagliarini ainsi qu'aux lecteurs de sofoot.com pour cette information erronée.

Par Eric Carpentier
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