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Un jour, un transfert : Ivan Klasnić à Nantes

Par Jérémie Baron
Un jour, un transfert : Ivan Klasnić à Nantes

Cet été pendant le mercato, So Foot revient chaque jour de la semaine sur un transfert ayant marqué son époque à sa manière. Pour ce premier épisode et en ce jour de France-Croatie, flash-back quatorze ans en arrière : à l'été 2008, alors que Nantes remonte tout juste de Ligue 2, l'international croate Ivan Klasnić se pose en Loire-Atlantique avec son statut de miraculé et son pedigree d'avant-centre respecté, à la sortie d'un Euro de bonne facture. Mais rien ne va se passer comme prévu chez les Canaris.

A priori, mis à part pour offrir à ses supporters un vivier de vannes toujours bien senties au sujet de son business le plus marquant (la pénoplastie, ou allongement de pénis), la fibre médicale de Waldemar Kita – opticien optométriste de formation – ne semble pas avoir été très utile au Football Club de Nantes, dont il est le propriétaire depuis quinze ans désormais. Mais à l’intersaison 2008, c’est – selon ses dires – peut-être grâce à cela qu’il a tiré son épingle du jeu. Le 8 juillet 2008, les négociations entre le FCN et Ivan Klasnić viennent d’aboutir à un « protocole d’accord » et l’homme d’affaires franco-polonais fanfaronne déjà : « Le côté humain a certainement joué. Et le fait que je connaisse bien le milieu médical aussi, sans doute. » Car l’attaquant croate n’est pas un joueur comme les autres : victime d’une anomalie rénale, il a subi deux greffes de rein en 2007 (de sa mère, puis de son père, à deux mois d’intervalle), la première ayant échoué. À l’Euro un mois plus tôt avec sa sélection, alors qu’il avait été écarté des terrains pendant dix mois en 2007 le temps de se soigner, il est même devenu le premier joueur transplanté d’un rein à disputer une grande compétition, un véritable exploit. Ce qui explique que la visite du CHU de Nantes et la « logistique médicale » promise par l’octuple champion de France aient pu participer à le convaincre de s’installer dans la cité des Ducs de Bretagne.

Waldemar Kita avait un peu pris les rênes de ce dossier médical avec un établissement réputé. L’histoire l’avait touché, humainement cela lui semblait intéressant.

Entre Totti et Pauleta

En Autriche et en Suisse, le gaucher est surtout passé tout près de qualifier son pays en demi-finales après une entrée décisive en prolongation face à la Turquie (Semih Şentürk lui ayant coupé l’herbe sous le pied à la 120e minute), avec un beau bilan final de deux pions en 97 minutes seulement sur le terrain lors de la compétition. Ce n’est pas n’importe qui que Kita s’offre à ce moment-là. C’est un « killer », et les 77 pions de Klasnić en 205 matchs avec le Werder – où il est une icône en ayant soulevé le Meisterschaleet formé la redoutable « KK Attack » avec Miroslav Klose – peuvent également en attester. « Son problème médical était assez sérieux, donc Waldemar Kita avait un peu pris les rênes de ce dossier avec un établissement réputé (le CHU de Nantes), et une unité médicale très compétente qui avait validé le dossier, confirme Christian Larièpe, directeur technique de la Maison jaune à l’époque. C’est ce suivi qui avait enchanté le joueur et qui avait aussi validé son dossier à Nantes. C’était quelque chose d’assez préoccupant pour lui. De voir la façon dont le CHU pouvait suivre le dossier, la façon dont ils l’ont rassuré et se sont engagés auprès de lui, ça avait été un élément assez important. Sur le plan sportif, il n’y avait pas de discussion, avec ce problème qu’il avait, l’histoire avait touché Waldemar Kita, humainement cela lui semblait intéressant. »

La hype est grande, à l’image de Ricardo Faty qui s’enflamme après avoir fait la connaissance de son nouveau coéquipier : « Pour moi, Klasnić, c’est aussi fort que les attaquants avec lesquels j’ai évolué à la Roma(on parle de Francesco Totti, Rodrigo Taddei, Mancini, Simone Perrotta ou Mirko Vučinić, NDLR). C’est un joueur de classe mondiale. Il a quelque chose en plus, de par son comportement, ses déplacements. Avec ce joueur, tu es forcément plus en confiance. […] Il me fait un peu penser à Pauleta. » Promu en Ligue 1, le FCN s’offrirait donc un mélange de Totti et de l’aigle des Açores, pour aucun frais de transfert : « Il était libre, parce qu’il était en conflit ouvert avec le Werder, précise Larièpe. D’après lui, [son anomalie rénale] était une erreur médicale due au Werder de Brême. » L’AS Monaco, le PSG, le Torino, l’OM, le FC Porto, Newcastle : si l’on en croit les rumeurs, c’est un paquet de clubs que Nantes coiffe au poteau. « Je ne me souviens plus des noms, mais il y avait effectivement deux autres clubs très intéressés », commente le directeur technique d’alors. Il faut dire que l’habitué du maillot à damier (31 capes à ce moment-là, pour 10 buts) est un joueur qui a connu la Coupe d’Europe tous les ans depuis 2001, dont trois campagnes de Ligue des champions. « C’est un joueur qui a disputé la Ligue des champions avec Brême, il a donc cela en tête à nouveau », ose même Kita au moment de ficeler l’arrivée du Croate, aujourd’hui retraité des terrains depuis 2013 et qui a dû subir une troisième greffe en 2017 après une chute de son état de santé.

Avec le recul, on ne peut pas dire que c’était un joli coup.

Un bras d’honneur à la Tribune Loire

La C1, Klasnić en sera très loin du côté de la Beaujoire : la saison nantaise est désastreuse, la recrue star égratigne ses coéquipiers ou Élie Baup dans la presse allemande, attend la 17e journée pour enfin trouver le chemin des filets – le temps d’un doublé retentissant contre Lyon – et s’en sortira avec 6 réalisations en 28 matchs, son club quittant la Ligue 1 aussi vite qu’il l’avait retrouvée avec une vingtième place à la clé. « Au départ, c’était un joli coup, mais il ne s’est pas avéré décisif, donc avec le recul, on ne peut pas dire que c’était un joli coup, regrette Larièpe. C’était une déception générale, la mauvaise saison n’était pas seulement due à Klasnić. À l’origine, tout le monde avait loué la qualité de notre recrutement (Michael Gravgaard, Guirane N’Daw, Ibrahim Tall, Djamel Abdoun, Jérôme Alonzo, Douglão). À la sortie, ça a tourné dans le mauvais sens. » L’avant-centre participera même au début d’exercice des Canaris en Ligue 2, se faisant remarquer dans tous les sens du terme : après un but lors de la deuxième journée à domicile contre Clermont, il se tourne vers la tribune Loire et lâche son meilleur bras d’honneur pour répondre aux sifflets que les ultras nantais lui ont réservés. Il marquera également lors des quatre rencontres suivantes – montrant qu’il n’a rien à faire à ce niveau – avant d’être prêté à Bolton à la fin du mois d’août pour ne plus jamais porter le maillot jaune et vert par la suite (Mayence sera son dernier club). « La saison avait été mauvaise, il ne voulait pas jouer en deuxième division, la fin n’a pas été top entre tout le monde », conclut Larièpe. Ce ne sera évidemment ni le premier, ni le dernier flop de l’ère Kita.

Dans cet article :
La Croatie, l’anti-Euro
Dans cet article :

Par Jérémie Baron

Propos de Christian Larièpe recueillis par JB, ceux de Ricardo Faty et Waldemar Kita tirés de Ouest-France

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