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Solomon et l’esquive du service militaire

Par Côme Tessier
Solomon et l’esquive du service militaire

À dix-huit ans, Manor Solomon, prometteur footballeur israélien, va devoir faire comme tous ses compatriotes du même âge : prendre sur son temps pour effectuer son service militaire. À moins de quitter dès cet été le Maccabi Petah Tikva pour rejoindre l'Europe. Pour tout joueur israélien, le dilemme vient avec la majorité.

« On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans » , écrivait Arthur Rimbaud. Il aurait pu ajouter, dans le détail, qu’on ne prenait du plomb dans la tête qu’après, à l’âge adulte. Et qu’en Israël, cela se faisait avec le service militaire. Avec le passage des dix-huit ans, les jeunes Israéliens ne doivent pas s’attendre à une simple journée de formalité et de banalités à propos de l’armée accompagnés de frites le midi. Là-bas, il s’agit de trois années de dur labeur, dans une zone difficile et tendue, avec la crainte d’une recrudescence dans les conflits locaux. Les passe-droits sont donc rares, pour ne pas dire inexistants. L’armée est un devoir bien établi et logiquement, les jeunes footballeurs talentueux n’échappent pas au couperet. À dix-huit ans, même le plus prometteur des footeux va devoir prendre sur son temps pour effectuer son service. De quoi couper à la racine les carrières les plus prometteuses ? Manor Solomon, la dernière promesse en date, a de quoi s’interroger cet été.

Faire le mur, Solomon ?

Il y a quelques mois, le sélectionneur Elisha Levy intègre en marge d’un match de qualification pour le Mondial (perdu 3-0 contre l’Albanie) un milieu offensif de 17 ans. Manor Solomon faisait alors son apparition en sélection nationale. Chez les A. Avec même pas dix-huit berges au compteur. Mais après ce premier service sportif – sans apparition sur le terrain –, c’est donc la convocation par l’armée israélienne qui s’annonce. Sur le principe, le problème n’est pas énorme. Ronny Merhav remarque dès 2005, dans le Guardian, qu’il y a quelques dispositions spécifiques pour les meilleurs footballeurs. « Les jeunes footballeurs qui jouent pour des équipes israéliennes ont un statut particulier : ils sont considérés comme des «  sportifs d’exception  » et peuvent, en tant que tel, poursuivre leur carrière. Ce n’est pas qu’ils ne sont pas appelés. Ils le sont. Mais l’armée leur laisse les places les plus enviables et leur camp de base est assez confortable également. »

Il y a pourtant un souci de taille qui se présente, plus encore aujourd’hui avec les clubs qui recrutent au plus jeune âge : le service commencé, pendant trois ans, un joueur n’aura plus le droit de quitter le pays. « Passer par la caserne une fois par jour est concevable avec la vie de footballeur. Mais la durée de trois ans affecte beaucoup de carrières de joueurs israéliens » , confirme Yair Galily, sociologue israélien du sport. Ce sacré problème pousse ceux de la trempe de Solomon à vouloir partir d’autant plus vite. Pour Ohad Cohen, agent de joueurs interrogé sur le sujet par le Welt, c’est une évidence : les jeunes doivent vite s’exiler. « Entre son anniversaire des 18 ans et l’appel sous le drapeau, il y a normalement au moins une période de transfert. Il faut l’utiliser. » Car loin du pays, tout devient – un peu – plus simple.

La cas Ben Sahar

Si le transfert paraît être la meilleure des solutions, c’est parce que le service militaire a évolué soudainement pour les expatriés israéliens… grâce à un autre joueur de foot : Ben Sahar. Lorsque Chelsea le recrute à ses 17 ans, en 2006, Ben Sahar apparaît comme l’un des attaquants les plus doués de sa génération. Convoqué par l’armée, le joueur ne rentre pas au pays. Il reste à Londres, loin des camps d’entraînement, et provoque un débat politique. Une solution est finalement trouvée, sans aller jusqu’à une loi qui aurait modifié tout le système. « Il a fait un mélange de service civique et de service militaire, précise Yair Galily. Le service militaire est une obligation dans notre pays, pour les hommes comme pour les femmes. On peut repousser le moment où on l’effectue, mais c’est tout. » Ben Sahar effectue ainsi des missions au sein de la communauté anglo-israélienne et complète avec l’aspect militaire lors de ses retours au pays, quand il est libre de tout engagement avec son club. Si sa carrière ne décolle pas autant que prévu et qu’il brille assez peu avec le maillot de la sélection, il est au moins resté dans les clous.

Armée et sélection : même combat

Toutefois, si Ben Sahar a pu échapper en partie à la formation militaire et offert une jurisprudence pour les suivants, son cas n’a pas modifié en profondeur le rapport des Israéliens avec leur armée. Pour Yair Galily, c’est clair et net : le service militaire est là pour durer, « à cause du contexte géopolitique, qui lui n’est pas négociable » . Plus encore, « il y a l’idée dans la société israélienne que si on commence à accorder des exceptions à une catégorie de la population, ce ne sera plus l’armée du peuple, mais une armée de professionnels » . Et même si Yair Galily a travaillé sur la question pour la Fédération, ce n’est pour l’heure pas de son ressort : « Seul le ministère des Sports pourrait y changer quelque chose. Et encore… » Armée et football marchent ensemble, même si l’un doit en pâtir. Tant pis donc pour la sélection, qui reste dans un certain anonymat au sein de la zone Europe. Aujourd’hui encore, l’armée conserve de toute manière une carotte de choix pour faire pression sur les jeunes joueurs pressés : sans service militaire dans la poche, pas de sélection possible. Autrement dit, si Manor Solomon parvient à convaincre un club de Bundesliga, de Premier League ou un autre – ce qui n’est pas gagné avec son coût estimé à 3 millions minimum –, il devra quand même passer sous les drapeaux un peu plus tard. L’été à dix-sept ans passés est celui du choix et Solomon le sait désormais. En Israël, même quand on est doué ballon au pied, il faut devenir un peu sérieux quand on a dix-huit ans.

Dans cet article :
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Par Côme Tessier

Propos de Yair Galily recueillis par CT

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