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Seul dans la foule (1/3)

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Seul dans la foule (1/3)

Premier épisode de notre “mode d'emploi pour une liste”, trilogie vous expliquant le processus aboutissant à la désignation des 23 Bleus pour la coupe du monde. En attendant l'annonce de Domenech, ce mardi, commençons par aborder la phase d'observation et ses différents protagonistes.

« Quand on est joueur, on se bat pour ça, pour être dans les 22 » (Philippe Bergeroo). « Constituer une liste, c’est faire une sélection pour une course aux résultats et une course aux armements » (Michel Hidalgo). Le monde du football n’a jamais été avare de métaphores militaires, mais lorsqu’on aborde la question de la fameuse “liste des 23” (anciennement connue sous le suffixe “des 22”), elles tombent comme à Gravelotte. La faute à un cérémonial mis en scène devant les caméras : certains meurent au combat, d’autres continuent l’aventure, comme dans une télé-réalité. D’habitude, tout le monde est convié au siège de la FFF mais, ce mardi 11 mai, Raymond Domenech se radinera sur le plateau du 20h de TF1 pour une nouvelle innovation, après l’exclusivité SFR de 2006, qui pourrait encore renforce l’aspect solennel de la chose.

Les hommes du président

La solitude du sélectionneur. Face aux 65 millions de sélectionneurs (au dernier recensement), il joue à un jeu qu’il est à peu près sûr de perdre. « Faire une liste, c’est à la fois grisant et délicat, parce que dangereux » , exagère Hidalgo (sélectionneur 76-84). Heureusement, la solitude est toute relative. D’abord, il y a le staff, évidemment. « Avec Aimé Jacquet, c’était toujours des décisions collégiales » , assure Bergeroo, adjoint des champions du monde. On sait que Raymond Domenech consulte également beaucoup ses adjoints, comme tous les autres, tout simplement parce qu’il est impossible de faire autrement.

Sans ces aides de camp, pas de passage en revue des troupes. La supervision est sans nul doute le moment le plus éprouvant du processus, même s’il fait voir du pays. Erick Mombaerts, sélectionneur des Espoirs, est là pour en témoigner : « Là, je vais encore faire deux matchs mercredi et samedi. Mon adjoint pareil. Plus l’observation télé, plus la filiale informatique. Donc vous voyez, le joueur est suivi dans tous les sens » . Et on ne parle, ici, que de la préparation d’une tournée en Amérique Latine et du Tournoi de Toulon. Avant 1998, Big Phil Bergeroo en a chié des ronds de chapeau : « J’étais sur les matchs le samedi, le dimanche et le lundi. Il m’est arrivé de faire des matchs le samedi en France, le dimanche en Italie, et le lundi dans un autre pays » . Le tout visant à compiler un maximum d’informations en vue de réunions généralement hebdomadaires.

Au-delà des adjoints, on trouve aussi d’autres aides précieuses. « Tout ça se fait aussi avec les entraineurs de clubs, précise Hidalgo. Moi j’avais beaucoup de joueurs de Saint-Étienne, j’appelais Roby Herbin. Et s’il me disait “Ne prends pas celui-là”, je respectais ce qu’il me disait. Faut qu’on ait une confiance mutuelle » . L’évolution des mœurs dans la profession et l’éparpillement des joueurs a peut-être eu raison de ces sources-là. Dans le cas qui nous intéresse aujourd’hui, on n’a pas vraiment remarqué de communication constructive entre Raymond Domenech et les entraineurs. Alors qui d’autre ? « Parfois, je parle avec trois ou quatre joueurs, les plus expérimentés, pour connaître leur avis, continue Hidalgo. Leurs réflexions ont souvent beaucoup de bon sens et de justesse. Sur le terrain, il est normal que les joueurs ressentent mieux que nous ce qui se passe » .

Roulette russe

Tout cela est bien beau, mais on ne va pas aller se plaindre auprès des adjoints ou autres sous-fifres. Il nous faut une tête de Turc, une pinata sur laquelle taper de toutes nos forces pour nous défouler si un détail ne nous plait pas. Pour Alain Giresse, ancien sélectionné qui vient de prendre en main le Mali, après la Géorgie et le Gabon, « le sélectionneur a besoin de tous les avis mais il prend la décision finale. Parce que si vous prenez les quatre ou cinq personnes qui composent le staff et que vous leur demandez de donner leurs listes, ça ne sera jamais la même. Si vous faites la même chose dans votre rédaction, ce sera pareil » . Le sélectionneur est donc celui pose ses testicules sur la table au moment de l’ultime décision.

Le moment choisi pour arrêter la liste peut d’ailleurs énormément différer selon les personnalités. Domenech affirmait il y a quelques jours n’avoir pas encore tous les noms tandis que, d’après Bergeroo, « la liste était faite quasiment quatre mois à l’avance » avec Jacquet et qu’Hidalgo avoue que « quelquefois, les derniers choix se font quelques heures avant la communication à la presse » . Une chose est sûre, le sélectionneur flippe autant au moment d’arrêter sa décision que s’il choisissait la place d’une balle dans un barillet de roulette russe. « Quand il ferme l’enveloppe, c’est pas forcément le moment le plus agréable, le plus sympa, mais il faut le faire. C’est le job du sélectionneur, il faut assumer » , lâche gravement Giresse. Dans la semaine, Domenech s’est bloqué le dos avec une hernie discale de derrière les fagots. Un peu stressé, Raymond ?

« Les tribunes expriment ce qui flotte dans la société espagnole  »

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