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Quand une balle en argent valait plus que le Scudetto

Par Adrien Candau
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Quand une balle en argent valait plus que le Scudetto

En 1903, après avoir remporté le Scudetto lors de cinq des six derniers exercices, le Genoa décidait d'épicer la saison italienne, en créant une compétition bientôt homologuée par la Fédération. Une idée sortie tout droit du carafon d'Henri Dapples, un ex-joueur du Griffon, qui paye de sa poche un trophée en forme d'une rutilante balle d'argent, pour récompenser le vainqueur d'un tournoi d'un nouveau genre. Une curiosité qui passionnera l'Italie six ans durant, et qui fera même un temps passer le championnat au second plan.

Au début du XXe siècle, la domination du Genoa sur le football italien est quasi hégémonique. En avance sur son temps, le Griffon a remporté cinq des six premières éditions du championnat, dont le format national existe depuis 1898. En 1903, Henri Dapples, un joueur emblématique des Rossoblù qui exerce désormais dans les instances dirigeantes du club, a donc une idée de génie pour redynamiser la concurrence dans la Botte. Le voilà qui paie de sa poche un trophée, une balle d’argent volumineuse, et qui soumet l’idée d’une nouvelle compétition, qui ne tardera pas à porter son nom. Cette Palla d’argento Henri Dapples (balle d’argent Henri Dapples) sera avant tout porteuse d’un concept novateur : bien avant la création du bâton de Nasazzi, elle consiste en un trophée itinérant, disputé sur un match. Le possesseur du trophée (au départ, le Genoa lui-même), affronte à domicile un challenger qui s’est déclaré. En cas de victoire ou de match nul, le détenteur de la balle d’argent conserve son dû. Dans le cas contraire, le trophée argenté est transmis au vainqueur, qui peut à son tour être défié.

L’argent fait le bonheur

Heureux timing : ce format permet alors d’étoffer le calendrier du football italien, jusqu’ici très réduit, alors que le championnat national n’est encore en réalité qu’une coupe inter-régionale améliorée. À titre d’exemple, l’édition 1903 du campionato voit s’affronter seulement six équipes lors de matchs à élimination directe, qui sont toutes issues de Lombardie, du Piémont et de Ligurie. De plus, le vainqueur de l’édition précédente, le Genoa, est alors qualifié automatiquement pour la finale, que le Griffon remporte aisément face à la Juventus, 3-0, cette année-là. La Palla Dapples, elle, a l’avantage de permettre aux formations du pays de défier l’ogre génois à plusieurs reprises lors d’une même saison, pour tenter de lui ôter des mains le trophée tant désiré.

Entre le 20 décembre 1903 – le premier match de l’histoire de la compétition – et le 11 décembre 1904, le Genoa disputera pas moins de 11 rencontres, avant de céder le trophée à un autre club génois, l’Andrea Dória, qui triomphe enfin du Griffon, 2-0. Lors de leurs face-à-face précédents dans la compétition, les Rossoblù avaient défait ou tenu en échec à plusieurs reprises leur vainqueur du jour, mais aussi battu la formation piémontaise du Torinese, l’AC Milan, et par deux fois la Juventus. Par la suite, entre 1905 et 1909, la désormais célèbre balle d’argent passera entre autres entre les mains de l’AC Milan, de Pro Vercelli, de la Juventus et du Torino, alors que la popularité de la compétition ne se démentira pas au fil des années.

L’âge d’argent

Outre son format prestigieux, qui permet de voir s’affronter à plusieurs reprises au cours d’une même saison les meilleures équipes du pays, la Palla Dapples impose un cadre réglementaire qui sera la source d’innombrables polémiques en tous genres entre les clubs. De quoi régaler la presse régionale et nationale, qui ne tardera pas à massivement médiatiser la compétition. Pour affronter l’équipe détentrice du trophée, le règlement prévoit en effet qu’une lettre de défi soit remise à un dirigeant de la formation en question par un officiel d’un club challenger, après la fin du dernier match disputé dans le tournoi. Évidemment, tous les prétendants se pointent vite au stade avec une lettre déjà écrite, où seule l’en-tête du destinataire est ajoutée au dernier moment.

Rapidement, les fins de match de la compétition prennent alors des allures de sprint organisé, alors que les mandataires des divers clubs convoitant le trophée foncent dès le coup de sifflet final pour atteindre le premier les officiels du club détenteur de la boule en argent. Pour sonner la fin de la foire, la Fédération italienne déclare alors que les défis devront désormais être transmis par télégramme, le premier ayant envoyé son message gagnant le droit d’affronter le tenant actuel de la Palla Dapples. Ce qui n’empêche pas les équipes de magouiller, une fois de plus : les télégrammes sont régulièrement envoyés avant le coup de sifflet final et les contestations et bisbilles entre équipes ne cesseront jamais vraiment.

Gênes, le début et la fin

De quoi faire rayonner encore un peu plus un trophée déjà glamour, dont la popularité ira un temps jusqu’à supplanter celle du championnat. Après le Genoa, c’est l’AC Milan, double champion d’Italie en 1906 et 1907, qui s’assumera comme l’autre grand nom du tournoi, en détenant le trophée entre le 9 avril 1905 et le 8 décembre 1907. Le Diavolo s’accrochera à la Palla Dapples pendant 14 parties consécutives, un record, avant de la céder à l’US Milanese. La compétition, néanmoins, disparaîtra en 1909, après pas moins de 48 rencontres disputées en six ans.

Priorité de la Fédération italienne, le championnat s’étoffe et quitte ses atours de coupe lors de l’exercice 1909-1910, pour se muer en véritable ligue organisée, comprenant neuf équipes s’affrontant en matchs aller-retour. Un calendrier beaucoup plus soutenu, qui sonne la fin de l’âge d’or pour la Palla Dapples, dont le dernier match est disputé le 26 décembre 1909. Le trophée avait alors opéré un symbolique retour aux sources, en revenant entre les mains du Genoa, qui écrasait alors le Spinola Genova 10-0, lors de l’ultime match de la compétition. De quoi permettre au Griffon de faire sienne pour l’éternité la jolie balle d’argent d’Henri Dapples.

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Par Adrien Candau

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