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« Une minimisation de ce que représente un viol » : une banderole pour Hakimi qui pose problème

La banderole déployée en soutien à Achraf Hakimi au Parc des Princes renvoie le monde du foot (et la société en général) à ses difficultés dans la lutte contre les violences sexistes et sexuelles. La libération de la parole provoquée par #MeToo en 2017 a fait avancer les choses, mais le combat reste difficile à mener.
« Achraf total soutien », pouvait-on lire sur la banderole déployée par les supporters parisiens ce mercredi soir dans le Virage Auteuil, en marge du barrage retour de Ligue des champions entre le Paris Saint-Germain et l’AS Monaco. Un soutien franc alors que Achraf Hakimi, toujours présumé innocent, a été renvoyé devant la Cour d’assises pour viol ce mardi pour des faits remontant à la nuit du 23 au 24 février 2023. Qu’est-ce que cela raconte du foot, de la société et du très difficile combat contre les violences faites aux femmes ?
Il n’y a aucun autre crime que le viol qui bénéficie de cette complaisance généralisée de la société.
Pour Céline Piques, porte-parole d’Osez le féminisme, il y a avant tout une complaisance vis-à-vis des personnalités accusées de viol : « Ce qui est désolant avec cette banderole, c’est qu’on soutient quand même quelqu’un qui va être jugé pour un crime. Il n’y a aucun autre crime que le viol qui bénéficie de cette complaisance généralisée de la société. On ne peut pas imaginer cette même banderole pour quelqu’un qui serait envoyé pour un procès pour meurtre (…) Il y a toujours, dès qu’il s’agit de la question des violences sexistes et sexuelles, surtout dans des environnements très masculins comme celui des supporters, une complaisance totale, une minimisation de ce que c’est qu’un viol et de la violence que représente un viol comme effraction psychique et physique envers la victime. » Une réalité qui se traduit aussi bien dans le monde footballistique que dans la vie quotidienne, où la culture du viol continue d’être répandue.
Figures masculines et mythe de la femme vénale
Selon l’expression popularisée par Aimé Jacquet, le football en tant que miroir de la société reflète donc ce qui s’y trame pour Mejdaline Mhiri, journaliste indépendante et co-autrice de l’ouvrage La zone d’impunité : enquête sur le traitement médiatique des violences sexistes et sexuelles dans le sport, à paraître le 4 mars prochain : « Depuis 2017, on parle beaucoup plus des violences sexistes et sexuelles dans l’ensemble de la société et du coup le foot n’y échappe pas. C’est complètement le miroir de la société. Et donc, les footballeurs sont des violeurs comme les autres. »
CHIFFRES VIOLS (+tentatives) 1⃣5⃣3⃣.0⃣0⃣0⃣ victimes/an 2⃣0⃣.8⃣1⃣1⃣ plaintes (2023) : 5.593 poursuites judiciaires (2⃣7⃣%) 2.465 renvois devant une cour (1⃣2⃣%) 1.469 devant 1 cour criminelle comme Hakimi (7⃣% ) 6⃣3⃣6⃣ condamnations = 3⃣,3⃣2⃣% des plaintes 0⃣,4⃣% des victimes
— Footeuse (@Foooteuse) February 25, 2026
À cette réalité s’ajoute le rapport établi entre un footballeur et les supporters, comme l’analyse Fatima Benomar, présidente du collectif Coudes à coudes : « Le football est un monde populaire où on a construit un rapport para-social affectif avec des figures masculines. Les footballeurs ce sont des stars, des personnes avec lesquelles les supporters se reconnaissent, ils incarnent aussi le rêve d’une ascension. Ce sont des figures importantes avec lesquelles on se sent en proximité. »
Dès qu’on a affaire au cas d’un homme qui a du pouvoir, tout de suite se met en place dans l’imaginaire l’idée que les femmes sont des êtres tentateurs et diaboliques qui essayent de piéger
Le mythe de la femme vénale continue donc d’être érigé en justification quand éclate chaque affaire de VSS liée à un sportif et plus largement à une célébrité. Un mythe qui continue de résister au temps, aux démonstrations et à la libération de la parole avec MeToo. Comme l’explique Fatima Benomar : « Dès qu’on a affaire au cas d’un homme qui a du pouvoir, tout de suite se met en place dans l’imaginaire l’idée que les femmes sont des êtres tentateurs et diaboliques qui essayent de piéger et de soutirer de l’argent à un homme puissant. »
5% des plaintes aboutissent à une condamnation
Si les accords à l’amiable existent dans le droit américain, en France la question monétaire est tout autre. « En France on n’est pas aux Etats-Unis, on ne gagne pas des millions d’euros en déposant plainte, qui plus est contre quelqu’un de connu, décrit Mejdaline Mhiri. La moyenne des indemnisations, c’est un peu plus de 11 000 euros et ça coûte un peu plus de 10 000 euros par victimes. »
En 2022, ce sont 153 000 victimes déclarées de viol ou de tentatives de viol. En 2023, seulement 636 condamnations pour viol sont prononcées. Seules 0,4% des victimes obtiennent justice. Le @HCEfh publie aujourd’hui son rapport pour parler de ces victimes et de leur histoire. pic.twitter.com/F7k9dCJ0f8
— Haut Conseil à l'Egalité (@HCEfh) September 24, 2025
Les chiffres des condamnations aussi sont éloquents. Selon le rapport établi en septembre 2025 par le Haut Conseil à l’Égalité entre hommes et femmes, 153 000 personnes majeures sont victimes de viols et 217 000 d’agressions sexuelles par an. Depuis le début de la vague MeToo, les plaintes pour viol sur personne majeure ont été multipliées par trois, passant de 7 169 à 22 352, tandis que celles pour agressions sexuelles sur personne majeure ont été multipliées par deux, passant de 8 401 à 17 486 entre 2016 et 2024.
Pour autant, peu de ces affaires aboutissent puisque dans le même laps de temps, les condamnations pour viol ont augmenté de 30%, passant de 1 017 à 1 300 condamnations par an. Selon Céline Piques, « 5% des plaintes aboutissent à la condamnation en Cour d’assises ». Un chiffre faible qui rappelle ainsi que l’ensemble du chemin judiciaire dans ces affaires est loin d’être un long fleuve tranquille.
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Tous propos recueillis par LB.




















































