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  • Disparition de Bryan Bergougnoux

« Notre Bergougnoux, il se prenait pour Maradona »

Propos recueillis par Timothé Crépin
5' 5 minutes
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«<span style="font-size:50%">&nbsp;</span>Notre Bergougnoux, il se prenait pour Maradona<span style="font-size:50%">&nbsp;</span>»

La disparition de Bryan Bergougnoux à seulement 43 ans bouleverse le monde du foot. Trois anciens coéquipiers racontent leurs souvenirs et leur forte émotion.

Cyriaque Louvion : « Si tout le monde avait essayé de se mettre à son niveau de générosité… »

Ancien coéquipier de Bergougnoux à Tours, qu’il a retrouvé ensuite à Thonon comme entraîneur.

« Je lui ai parlé jeudi dernier. Il était très bien. Il avait perdu du poids, il s’était remis un peu en forme. Il était venu nous voir à l’entraînement la semaine dernière. Il y a de la tristesse car il laisse une grande famille derrière lui. Et il y a aussi des remords : c’est quelqu’un de généreux, qui offrait beaucoup par son temps, même ses biens personnels. Au final, vu qu’il est plus grand que nous, peut-être que, inconsciemment, on a pris beaucoup de lui, mais on aurait dû peut-être faire plus. Il y a beaucoup d’hommages, et même s’il y a des gens bienveillants autour de lui, peut-être que ça doit aussi nous servir de leçon à tous. Ce sont des rappels. Peut-être que, nous, si on avait été tous à sa hauteur, au niveau générosité, au niveau temps, peut-être que ce serait différent. Si tout le monde avait essayé de se mettre à son niveau sur la générosité, la bienveillance…

C’est l’un des seuls qui m’a vraiment appris des choses sur le terrain, que je reproduisais, et que j’ai appris aussi à mes joueurs.

Cyriaque Louvion

Je me rappelle, quand il s’était fait opérer du cancer, deux jours après, on avait un match tout pourri en Coupe de France, on avait fait je ne sais combien d’heures de bus, il était là. Il pouvait mourir pour nous, au final, c’est ce qu’il a fait. C’est un capitaine, tu peux compter sur lui. Ça doit être une leçon pour tout le monde. Bryan, au départ, c’est un grand frère. J’étais au centre de formation avec lui à Lyon, mais il était d’une génération plus grande. On le respectait, on l’admirait, par son talent, sa personne. Le joueur avait tous les codes du foot. Le sérieux, le travail invisible, etc. C’est un acharné du football. Il ne vit que par le football. Un joueur qui comprend parfaitement le foot, avec une qualité de passe remarquable.

Ensuite, c’est devenu un ami. Et, par la suite, c’est même devenu mon coach. C’est lui qui m’a fait venir ici, à Thonon. C’est en grande partie grâce à lui que je suis là. Tout au long de sa vie, il a toujours voulu s’enrichir, apprendre, et il est toujours resté à la page. Même en tant que coach, il était très fort tactiquement. C’est l’un des seuls qui m’a vraiment appris des choses sur le terrain, que je reproduisais, et que j’ai appris aussi à mes joueurs. »

Xavier Chavalerin : « Une fois qu’il parlait de foot, c’est comme s’il restait enfant »

Milieu de l’ESTAC, qui a connu Bryan Bergougnoux au Tours FC.

« C’est un bouleversement. J’étais au tennis avec mes petits quand je l’ai appris… Un choc. On s’est tous un peu écrit avec les anciens de Tours, on est restés beaucoup en contact car c’est une période qui a marqué notre carrière pour beaucoup. On avait un groupe où on s’entendait vraiment bien. Et on est tous choqués. Thomas Fontaine l’avait eu au téléphone la veille, et il allait bien. Avec toujours sa joie de vivre, comme d’habitude, à faire le con au téléphone. Bryan, c’était la joie de vivre incarné. Un grand frère pour tout le monde. On était beaucoup de jeunes, je pense à Jonathan Gradit, Haris Belkebla, Baptiste Santamaria… Un grand frère qui nous faisait passer les messages toujours avec ses blagues, mais il voulait qu’on soit sérieux, il avait toujours les bons mots. Bryan c’est impossible de ne pas l’aimer. Je pense à ses enfants, qu’on a connu tout petits. Il laisse quatre enfants… Ça fait mal au coeur.

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Comment le décrire ? Quand on l’a connu, c’était un phénomène. Il avait des gestes impressionnants. Il se prenait pour Maradona. Il nous faisait rire. À l’échauffement ou à l’entraînement, il refaisait la vidéo de Maradona qui jongle, qu’on peut retrouver sur Internet. Il avait des gestes incroyables, je pense à sa panenka contre Saint-Étienne (à la 80e minute, alors que l’ASSE mène 3-2, et que c’est Stéphane Ruffier dans la cage). C’est un joueur qui jouait pour ces gestes-là. Il aimait tellement le foot. On savait déjà qu’il allait être entraîneur : quand il parlait tactique, technique, on voyait qu’il avait la fibre.

Bryan, il prenait des nouvelles chaque année. Il appelait pour savoir comment ça allait, ce qui se passait dans nos carrières. Il disait qu’il allait bien, il ne s’éternisait pas trop là-dessus. Il arrivait à passer au-dessus de tous les problèmes. Une fois qu’il parlait de foot, c’est comme s’il restait enfant, avec cet amour du foot. Il nous a un peu tous transmis ça. Notre Bergougnoux, ça restera gravé. »

Jéremy Clément : « Il disait : « Je serai Ballon d’or » »

Ancien milieu de l’Olympique lyonnais, qui a connu Bergougnoux chez les Gones.

« Bouleversé et choqué d’apprendre une nouvelle aussi brutale, soudaine… Horrible. C’est vraiment dur. J’ai beaucoup de peine. Je pense à ses enfants… Il a été un peu cabossé par la vie. Son parcours de vie n’a pas été simple, mais Bryan est une personne tellement généreuse, profondément généreuse… C’était avant tout les autres, avant lui. J’ai l’impression qu’il était toujours positif. Il avait une vraie force de caractère.

On a été formés ensemble, on a fait nos premiers matchs avec la réserve, nos premiers matchs en professionnels… Je l’ai croisé à Toulouse, à Tours, puis en tant qu’adversaire sur les bancs… À l’OL, c’était l’artiste de sa génération. Un peu le génie de cette promotion et son véritable représentant. Bryan, c’était un artiste, quelqu’un de doué techniquement, qui voyait avant les autres, avec une qualité de passe… Un numéro 10 comme son idole, Maradona, qu’il aimait tant. Pour son BEPF, il avait d’ailleurs fait son stage en Argentine. Il y a peu de joueurs qui peuvent imiter Maradona qui jonglait en aile de pigeon : Bryan le faisait avec une balle de tennis. Il voulait être Ballon d’or. Il le disait au centre de formation : « Moi, je serai Ballon d’or, c’est sûr. » C’est Bryan ça. »

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