Pour le millième match de la Coupe du monde, le Japon se qualifie pour les seizièmes de finale en broyant une Tunisie catastrophique, qui est éliminée avant même de jouer son troisième match dans le groupe F.
Tunisie 0-4 Japon
Buts : Kamada (4e), Ueda (31e, 83e), Ito (69e)
Le millième match de la Coupe du monde est donc tombé sur un Tunisie-Japon disputé au BBVA Stadium de Monterrey. Située à 400 kilomètres de Mexico, la capitale de Nuevo León est sûrement la ville hôte aztèque la moins charmante, fun et colorée de toutes. Ici, pas de ruines précolombiennes, juste des grands buildings et des Starbucks reliés entre eux par de grands axes routiers. Pas de vendeurs ambulants à chaque coin de rue non plus car, comme à Los Angeles, personne ne marche. Les gens préfèrent profiter de la clim de leur gros pick-up et des grands malls pour manger des burgers chez Wendy’s ou des pizzas huileuses comme dans la voisine San Antonio. Bon, malgré l’énorme influence américaine sur l’urbanisme local et sur la mentalité des gens – plus portés sur le capitalisme que sur les mariachis –, Monterrey reste néanmoins le Mexique.
Teinture blonde, faux maillots et causeries perdantes
La veille du match, une partie de la ville s’est ainsi retrouvée sans électricité et sans eau potable après le passage d’une énorme tempête. Rien qui ne puisse empêcher El Gigante de Acero, habituel antre des Rayados, d’accueillir correctement le crâne chauve d’Infantino, les animations d’avant-match pourries de sa FIFA, la princesse nippone Hisako de Takamado, la teinture blonde de Keisuke Honda, des fans mexicains engoncés dans des faux maillots remplis de références à Captain Tsubasa et Sangoku, et bien évidemment, la chemise incroyablement blanche d’Hervé Renard sur le banc de touche de la Tunisie. Faute de temps, le coach français venu en remplacement de Sabri Lamouchi, viré après la défaite contre la Suède, a surtout tenté de rebooster le moral de ses Aigles.
Hélas, il va lui falloir bien plus que des causeries relayées sur les réseaux sociaux pour y parvenir, car le mal de sa nouvelle sélection, et plus largement du foot tunisien, est bien plus profond qu’une série de 9 matchs sans victoires (et 14 buts encaissés lors des 3 derniers matchs). La prestation du soir des Blanc et Rouge invite d’ailleurs à se souvenir des mots d’Hannibal Mejbri lors de la piteuse CAN réalisée l’hiver dernier par son équipe : « Peut-être qu’on rêve trop et qu’on ne travaille pas assez. Désolé, mais on est en retard, surtout.» Un constat toujours d’actualité.
Mejbri, partout, et nulle part
Pour faciliter la vie aux Japonais, les Tunisiens ont pratiqué le hara-kiri pendant toute la rencontre. Après une minute de jeu, Skhiri fait faute dans la surface, mais l’arbitre lui fait le cadeau de ne pas consulter la VAR. Qu’importe pour les Nippons : Kamada, meilleur joueur des Samouraïs bleus du tournoi pour le moment, marque facilement trois minutes plus tard. Sur le coup, Renard ne bronche pas et reste les mains croisées dans le dos. Même body language lorsque son défenseur Bronn évite un deuxième but d’un tacle désespéré. Un sauvetage qui débouche sur un nouveau pion nippon, refusé injustement par la goal-line technology.
Sans être impérial, le Japon roule sur des Tunisiens amorphes et dépassés dans tous les compartiments du jeu. L’Espagnol Michel, membre de la Quinta del Buitre, et catastrophique coach du Real, a un jour lâché ceci : « Dis-moi le nom de ton 10, et je te dirai comment ton équipe joue.» Celui des Aigles s’appelle Hannibal Mejbri, et c’est peut-être ça le souci. Sur le terrain, on voit sa chevelure s’agiter partout mais sans grands résultats. Le but d’Ito à la 69e et celui de Ueda à la 83e auront d’ailleurs fini par diluer le moteur de cette équipe malade (4-0).
Le Japon est qualifié pour les seizièmes de finale, et la Tunisie prend la porte sans jamais vraiment être rentrée dans son tournoi (non sans se prendre une probable nouvelle valise contre les Pays-Bas). Il faut désormais espérer pour elle que ce millième match de Coupe du monde soit le point de départ d’une profonde révolution de son football. Inch Allah.