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- Angleterre-Argentine (1-2)
Qu’est-ce que tu as foutu, Angleterre ?

Qu’est-ce que l’Argentine fait de mieux dans ce Mondial 2026 ? Donner le ballon à Lionel Messi. Mais encore ? Renverser des situations surnaturelles. L’Angleterre s’est donc dit que c’était une bonne idée de lui laisser ces deux possibilités pendant plus de 40 minutes. Thomas Tuchel a fait plier son équipe et celle-ci a logiquement rompu.
Jamais l’Angleterre n’avait été dans un fauteuil durant la phase finale de ce Mondial. Bousculés par la République démocratique du Congo, le Mexique et la Norvège, les Three Lions ont bien cru avoir eu plus de fil à retordre lors des tours précédents qu’en demi-finales au moment d’ouvrir le score face à des Argentins toujours pas maîtres de leur sujet. Les centraux de l’Albiceleste voyaient les cartons jaunes pleuvoir et l’épée de Damoclès se rapprocher dangereusement de leur crâne, mais ils ont pu souffler un grand coup lorsqu’ils ont senti le bloc anglais reculer dès la remise en jeu. Plutôt que de noyer son adversaire, l’équipe de Thomas Tuchel l’a laissé en vie, comme si elle n’avait pas déjà vu de trop près qu’une bête argentine blessée est plus dangereuse que jamais.
Quand l’Angleterre recule, Messi avance
Le but d’Anthony Gordon venait justement récompenser deux premiers tiers de partie plutôt réussis de la part des Britanniques. D’abord entrés dans le jeu adverse en répondant aux coups avec vigueur, ils ont longtemps fait jeu égal avec les champions du monde en titre, concédant très peu d’occasions grâce à une prise à plusieurs sur Lionel Messi et piquant parfaitement sur les rares failles laissées dans le dos des milieux. Jusqu’ici, tout allait bien. Avec ses trois changements par rapport au quart de finale gagné dans la douleur face à la Norvège, dont la titularisation du passeur décisif Morgan Rogers, Tuchel voyait ses choix payer et se rêvait peut-être déjà adoubé.
C’est pourtant bien connu : le plus important, c’est pas la chute, c’est l’atterrissage. L’Allemand a accepté de lâcher les manettes et de les filer aux Argentins. Entre la 55e minute et la 90e+2, correspondant au but anglais et à celui de la victoire, la Selección a compté 88 % de possession ! Messi en a profité pour adresser une passe parfaite à Giuliano Simeone quelques secondes après l’ouverture du score, puis à Nicolás González, Alexis Mac Allister, Enzo Fernández et, enfin, Lautaro Martínez pour confirmer le crash de la machine anglaise.

Était-elle si fiable que ça ? La boîte noire n’a pas encore été retrouvée, mais la petite souris qui saura nous dire la teneur du discours tenu pendant la pause fraicheur de la seconde période est la bienvenue. À la 69e, moins d’un quart d’heure après son but, l’Angleterre était secouée de toute part, repliée sur elle-même, uniquement tenue par des gestes salvateurs de Djed Spence et Jordan Pickford, rares individualités au niveau quand le bateau tanguait dangereusement. Face au chaos imposé par des Argentins survoltés comme ils savent si bien le faire une fois le tableau d’affichage en leur défaveur, Tuchel a cédé. Après la pub, il a sorti un attaquant (Gordon, buteur du soir) pour un défenseur (Ezri Konsa), une tactique vue et revue, qui, depuis la nuit des temps, a prouvé la frilosité de son auteur plus qu’un supposé rendement en termes de solidité. Surtout qu’il fallait encore tenir vingt minutes, temps additionnel non compris.
Une histoire de timing
Sans surprise, le central d’Aston Villa n’a pas empêché l’Argentine de se ruer sur le but anglais. Désormais enfermé dans son propre cercle vicieux, le sélectionneur des Three Lions a compris qu’il ne pouvait plus faire machine arrière, quitte à voir son avion perdre son moteur, autant sortir les gilets de sauvetage tôt : entrées de Dan Burn, rare vestige de 2,01 mètres du kick and rush, et Nico O’Reilly, milieu défensif repositionné latéral gauche depuis de longs mois. Vous avez dit « timing » ? Trois minutes plus tard, Fernández égalise. Encore sept minutes à souffrir, malgré la présence de six profils défensifs sur la pelouse, et voilà Martínez sonner le glas. Provocation ultime, Tuchel profitera du long temps additionnel pour sortir deux défenseurs et faire entrer deux attaquants, Ivan Toney et Marcus Rashford, dont la vitesse aurait pu faire mal à l’Argentine lorsque celle-ci se découvrait de tout son être.
Je ne pense pas que faire entrer des joueurs offensifs aurait changé quelque chose.
Si l’Allemand n’est pas responsable de la faillite de ses cadres, Jude Bellingham et Harry Kane en tête, respectivement maladroit et fantomatique, ses choix tactiques interpellent, bien au-delà du résultat final. « On a aussi fini le match contre la Norvège avec des remplacements défensifs. (Contre l’Argentine) on a décidé de revenir à une défense à cinq car l’équipe en face centrait de plus en plus, il fallait fermer les espaces et être fort dans les airs. Après le but, nous avons trop attendu. (…) On n’a pas réussi à sortir avec le ballon, on voulait marquer le deuxième. Je ne pense pas que faire entrer des joueurs offensifs aurait changé quelque chose. Ce n’était pas un problème structurel, le match a totalement changé. », s’est-il défendu après le match.
L’ancien entraîneur du PSG ne s’est pas pour autant caché derrière son petit doigt face à des journalistes anglais aux dents bien aiguisées : « La responsabilité incombe à l’entraîneur, pas besoin de faire des détours à ce niveau-là. Je peux comprendre les discussions qui existent, je peux comprendre ces commentaires. (…) Il fallait que je prenne des décisions, c’est la manière dont j’ai analysé le match, j’accepte les responsabilités. » Tant mieux, car les tabloïds vont se faire un plaisir de le lui rappeler dans les mois à venir. À moins qu’il ne tienne pas jusque-là.
Les notes d’Angleterre-ArgentinePar Enzo Leanni











































