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Maxime Blanchard, made in Normandie

Par Matthieu Pécot
Maxime Blanchard, made in Normandie

Né en Basse-Normandie, Maxime Blanchard, 28 ans, s'est fait un nom dans les petites divisions anglaises. S'il se remet à temps d'une blessure aux ischio-jambiers, il découvrira ce mardi la Ligue Europa avec les Irlandais de Shamrock Rovers, lors d'un déplacement chez les Luxembourgeois du Progrès Niederkorn.

La secte France 98 n’a pas le monopole de l’œuvre de Gloria Gaynor. Printemps 2011, Prenton Park, Birkenhead, à cinq kilomètres de Liverpool. La saison de League One (D3) s’achève et les fans de Tranmere Rovers profitent de la 44e journée et du match sans enjeu face à Exeter, pour saluer leur Frenchie Maxime Blanchard. Sur l’air de Can’t Take My Eyes Off You, ils remplacent le « I love you baby » par « oh Maxi Blanchard » . Refrain : « Oh Maxi Blanchard, I’d let you shag my wife, oh Maxi Blanchard, I’d let you drive my car, oh Maxi Blanchard… »

Rapidité d’intégration

S’il fait l’unanimité dans les tribunes pour sa lecture du jeu et son agressivité, le natif d’Alençon sait déjà depuis quelques mois que sa poche n’est pas assez grande pour y mettre tout le monde. À commencer par son coach, Les Parry. « En plein milieu du championnat, il est venu me voir et m’a dit : « Tu sais, j’aime bien ton style, mais à ta place, je préférerais un grand black costaud intimidant qui ne s’emmerde pas avec la relance » » , se rappelle Blanchard, 1,83 mètre et 82 kilos. Quelques semaines plus tard, qui débarque au club en provenance de Coventry ? Jermaine Grandison, un grand black costaud intimidant qui ne s’emmerde pas avec la relance. Le Français monte dans l’entrejeu avant de filer à Plymouth (League Two), où il débarque avec un accent scouse qui témoigne de la rapidité de l’intégration à sa nouvelle vie : « Si je suis à l’étranger, c’est pour m’imprégner de la vraie vie des gens. Je ne vois pas l’intérêt de m’installer à Londres et de parler avec des Français tous les jours. »

Il faut dire que depuis l’enfance, Maxime Blanchard rêve de baigner dans cet univers. « Petit, je préférais voir jouer le Celtic et son You’ll Never Walk Alone que Monaco dans son stade vide. Après, c’est sûr qu’au niveau du foot pur et dur, je préfère mater le Barça » , concède-t-il. C’est peu dire que durant les quatre années passées en Angleterre, le défenseur central n’a pas eu souvent l’occasion de se faire traduire des notions comme « tiki-taka » ou « conservation du ballon » . Mais ce que la vie a volé à Maxime Blanchard en vocabulaire de l’esthétisme, elle le lui a rendu en champ lexical de l’anatomie. « Il y a quelques jours, je regardais un match de play-off de League Two à la télé. Un gars est sorti avec 17 points de suture sur le front. On voyait son crâne. Quatre jours plus tard, il jouait le match retour. J’ai moi-même eu des commotions cérébrales, tout ça. Ces choses, on les voit plus en Angleterre qu’ailleurs. Là-bas, le jeu est très direct, très physique, il y a des coudes qui volent. J’ai déjà vu des mecs perdre leurs dents » , détaille Dr Blanchard.

Le premier bac L du centre de formation de Laval

En novembre dernier, le joueur de 28 ans s’est engagé pour une saison à Shamrock Rovers, club le plus titré d’Irlande et actuellement 3e de Premier League. Une blessure lors d’un essai à Saint Mirren (D1 écossaise) lui a vite fait comprendre qu’il était l’heure de poser son baluchon à Dublin. « Bizarrement, je me suis retrouvé sans contrat alors que je sortais de trois saisons pleines (104 matchs de championnat avec Plymouth, ndlr). Mon frère est installé à Dublin depuis quelque temps, il a ses trois enfants et ça me permettait de les voir plus régulièrement qu’avant. Et puis culturellement, c’est une super ville, la plus belle dans laquelle j’ai eu l’occasion de vivre. Ce n’est pas que je vais voir un concert ou une expo toutes les semaines, mais j’aime l’idée d’avoir facilement accès à des choses. Au-delà de la culture, il y a des parcs magnifiques, une ambiance générale qui me plaît. Quand je sors dans la rue, même si c’est pour ne rien faire, je me sens bien » , explique-t-il.

Accessoirement, Shamrock Rovers va lui permettre de découvrir la Ligue Europa. Mais pas un statut de millionnaire. « L’Irlande, ce n’est pas un eldorado économique » , synthétise-t-il. À l’inverse de Bertrand Renard, Maxime Blanchard a de toute façon toujours préféré les lettres aux chiffres. À Laval, qu’il a rejoint à 16 ans alors que Le Mans, Caen et Le Havre étaient prêts à l’accueillir, il est connu pour être le premier pensionnaire du centre de formation des Tangos à avoir obtenu un bac littéraire. À cette époque, il entamait sa première vie, celle de taulier de ce championnat bâtard qu’est le National. Il avoisine la centaine de matchs entre 2006 et 2010 avec Laval, Sannois Saint-Gratien et Moulins, et en sort avec une certitude : « Le National est un championnat laissé pour compte. Il n’y a aucune médiatisation. Quand je jouais en France – et ce n’est pas si vieux -, avoir les vidéos d’un match était très compliqué. Pour se faire repérer par un meilleur club, cela relevait plus de l’aléatoire que d’autre chose. Tu jouais à la roulette. Le site de Foot National a été d’une grande aide à la catégorie de joueurs à laquelle j’appartiens » , estime-t-il.

Le garçon, dernier d’une famille de quatre mecs, a été suffisamment bien élevé pour ne pas être quelqu’un de rancunier. Voilà pourquoi il évoque la saison 2008/2009 à Sannois, présidé à l’époque par Luc Dayan, sans le moindre froncement de sourcil. « Le club jouait sa survie, certains joueurs ne touchaient pas tout leur salaire depuis plusieurs mois, et à côté de ça, les dirigeants venaient nous parler d’un projet de montée en Ligue 1 sur cinq ans. Comment tu veux qu’on te prenne au sérieux quand tu as un tel discours ? » s’interroge-t-il sans vraiment s’interroger. De temps en temps, Maxime Blanchard revient en France voir jouer ses copains Gaëtan Belaud (Brest) et Grégory Tomas (Orléans). Il reconnaît alors que le niveau technique est bien meilleur que ce qu’il voit tous les week-ends depuis cinq ans. Mais jusqu’ici, que ce soit dans un stade du Finistère ou dans un du Loiret, on n’a jamais entendu un supporter proposer à un joueur de s’occuper de sa femme et de son véhicule.

Par Matthieu Pécot

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