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Mais qui es-tu, la célébration en solo ?

Par Gaspard Manet
4' 4 minutes
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Mais qui es-tu, la célébration en solo ?

Les mousquetaires d’Arsenal (époque Pires, Overmars and co) avaient l’habitude de se montrer du doigt entre buteur et passeur. Une sorte de communion pour signifier que l’un sans l’autre ne serait pas d’une grande utilité. Le football, quoi. Seulement voilà, il existe des joueurs qui ne pensent pas comme ça, qu’ils soient buteurs ou passeurs décisifs, les héros ce sont eux. Point barre.

Le football est un sport d’équipe. Un sport où sans ses coéquipiers, on ne ferait pas grand-chose sur la pelouse, et ce même quand on s’appelle Messi ou Ronaldo. Le célèbre adage « On gagne ensemble, on perd ensemble » prend d’ailleurs tout son sens dans un sport où il est difficile d’imputer un résultat, qu’il soit négatif ou positif, à un seul homme. C’est d’ailleurs ça qu’on aime vraiment : voir des mecs qui prennent leur pied à jouer ensemble. Des sourires, des checks, des accolades, des embrassades, c’est ce que l’on veut voir entre les gars d’une même équipe. D’ailleurs, la plupart du temps, les buts se célèbrent tous ensemble. L’un marque, puis s’en va remercier le passeur, avant que tous les autres déboulent pour un petit caramel très viril.

Seulement voilà, il arrive que certains décident que ce moment n’appartienne qu’à eux, et à personne d’autre. On pourrait les appeler les égoïstes de la célébration. Et Dieu sait qu’ils sont nombreux. Tout amateur de football ayant plus de huit ans a déjà vu un Pippo Inzaghi fêter un de ses buts, par exemple. Bah voilà, l’Italien décrit à lui tout seul le geste. Recevoir un ballon dans les six mètres face à une cage vide, marquer et s’en aller courir comme un dingue devant la tribune des ultras, sans se préoccuper du passeur ou des autres joueurs. Autant on peut comprendre ce geste après une frappe de 30 mètres, autant lorsque le but est aussi facile à mettre qu’un Kinder Surprise à monter, cela apparaît quelque peu gênant. Pierre-Yves André, qui a passé une bonne partie de sa vie à enfiler les pions en Ligue 1, a un avis bien tranché sur la question : « Le mec qui n’a plus qu’à mettre le pied, même si ce n’est jamais évident, et qui part célébrer tout seul, je trouve ça vraiment laid. » Mais pour l’ancien Bastiais, cela s’explique assez facilement, c’est une question de personnalité, tout simplement : « C’est égoïste, et quelque part ça montre un peu la mentalité et l’état d’esprit du joueur : c’est le buteur, l’égoïste, l’individualiste. Dans ses attitudes, on peut vraiment arriver à déceler le comportement de la personne. »

Café-crème et claque au cul

Et dans l’égoïsme, on peut faire pire. Car si les buteurs avares en remerciements sont nombreux, on a tendance à oublier une autre catégorie de joueurs : les amoureux de la passe décisive. Pourtant, le geste, aussi égocentrique soit-il, n’est pas un cas isolé. Ils sont nombreux, en effet, à manifester une joie plus que démonstrative après avoir permis à un copain de trouver la faille. Si le fait de célébrer un but en solo peut paraître ridicule, le fait de célébrer sa passe, en solo également, apparaît, lui, comme quelque chose de très gênant. Comment expliquer ce geste, si ce n’est par un sursaut de narcissisme, comme un moyen de rappeler à son coéquipier qu’il n’était qu’une infime partie de l’action. Le véritable héros, c’est pas lui, c’est moi et puis c’est tout. Au fond, bien entendu que le geste mérite d’être célébré. Les distributeurs de café-crème ont une importance tout aussi grande, voire plus, que le grand gaillard qui se contente de le boire, tranquillement. Toutefois, ces célébrations apparaissent comme démesurées aux yeux du grand public. Aux yeux de PYA aussi, d’ailleurs : « Même si c’est plus rare que le buteur, ça montre l’état d’esprit du gars, c’est le mec qui ramène tout à lui, quoi. »
Le footballeur individualiste, celui qui veut être le héros à chaque match, n’est pas une espèce en voie d’extinction. Loin de là, même. On les verra encore pendant de longues années, sur les rectangles verts, ces solitaires de la célébration. Mais même s’il faut de tout pour faire un monde, on préférera toujours le bon vieil attroupement à l’ancienne, les bises sur le front et les claques sur le cul. Et ce, que le match se joue à San Siro ou à Saint Bonnet le Froid.

« Dans ces moments, il n’y a plus de Flamands ou de Wallons, on est tous ensemble  »

Par Gaspard Manet

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