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Lille, c’est quoi ce binz ?

Par Swann Borsellino
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Lille, c’est quoi ce binz ?

Annoncés comme la contre-puissance principale de l’Hexagone dans la lutte des classes face aux bourgeois du Paris Saint-Germain, les joueurs de Lille connaissent, pour la première fois depuis longtemps, un véritable trou d’air. Loin de Hazard et de l’identité qui a fait d’eux une place forte du football français, les Lillois se déplacent à Valence en quête de certitudes.

Trop, c’est trop. Rudi Garcia, sa bonne gueule et son amabilité en ont ras la patate et l’ont fait savoir à Nicolas Rainville, arbitre de Rennes-Lille, d’un zéro soigneusement dessiné avec la main. Une note adressée à l’homme en jaune, que n’importe quel professeur énervé pourrait coucher en rouge sur la copie lilloise depuis le début de la saison. Sept points en sept rencontres de Ligue 1, un rythme de relégable, et une humiliation majuscule dans le Grand Stade maudit, face au Bate Borisov, en ouverture de la Ligue des Champions. Ce soir, les Nordistes défient Valence (mais sans Adil Rami suspendu) avec des doutes et des questions plein la tête. Mais c’est quoi le problème, bordel ?

Manque d’ambition ?
Nasser El-Khelaïfi et Michel Seydoux n’ont pas le même portefeuille. Ils n’ont pas les mêmes ambitions, non plus, et ce n’est pas forcément aussi logique qu’on le pense. Dans le top des clubs français depuis de nombreuses saisons, sur le podium depuis trois exercices, les Lillois endossent, à tort, le costume du petit discret. « Valence, c’est l’équivalent d’un grand club français comme l’OM ou le PSG, c’est au-dessus de nous. J’attends que l’on soit moins ridicules dans cette compétition » balance Michel Seydoux dans L’Equipe ce lundi. Un discours pas vraiment en phase avec le statut d’une équipe qui a pratiqué le plus beau jeu de l’Hexagone pendant deux saisons et qui évolue dans un stade flambant neuf. N’en déplaise à son président – certainement désireux d’enlever un peu de pression aux siens – Lille ne se doit pas de « limiter la casse » ou de « ne pas faire dans le ridicule » , il doit gagner. En C1, compétition de laquelle il a été éliminé par manque d’efficacité la saison passée – on se rappelle des matchs nuls improbables tout au long de la campagne – comme en Ligue 1, où les poteaux et les ratés se sont une nouvelle fois mêlés de la situation lilloise.
Eden où es-tu ?
Le poteau de Roux ou la barre de Chedjou face à Rennes ne sont que d’énièmes illustrations. Lille n’a pas, plus, la baraka. Le petit coup de pouce du destin qui rend un match du genre de celui face à Lyon facile ou qui épargne Marvin Martin, Salomon Kalou ou Rio Mavuba, tous absents ce soir et membre d’une infirmerie qui ne désemplit pas. Une accumulation de problèmes, donc, et toujours l’ombre d’Eden Hazard qui plane au-dessus du Grand Stade. Privés du Belge, les Lillois semblent amorphes, incapables de créer cette étincelle, ce décalage. Celui qui fait vaciller les supporters lillois et danser les défenseurs adverses. Aujourd’hui, le LOSC est de plus en plus statique. Oublié le Lille virevoltant et redouté, qui, s’il ne parvenait pas à faire le jeu, giclait en contre. Dans sa version 2012-2013, l’équipe de Rudi Garcia peine à trouver les brèches face à une équipe solide. Il faut dire qu’en plus des absences en pagaille, les inventions du seul Dimitri Payet ne peuvent panser les plaies d’un jeu qui saigne.
Et si, à l’époque des cracks Gervinho et Hazard, un plot suffisait à marquer des buts dans la surface – quand celui-ci s’appelle Moussa Sow, c’est encore mieux hein – aujourd’hui, Nolan Roux et Tulio De Melo ne suffisent pas. A une heure où les latéraux ultra-offensifs, Digne et Debuchy, s’ils n’assurent pas toujours derrière, apportent toujours autant devant, qui pour convertir les offrandes dans la surface ? Personne. Ou rarement. Alors, Lille peut toujours se réconforter en se disant qu’après Rennes, Paris et Lyon en sept journées, le calendrier devrait être un peu plus dégagé. Enfin, en Ligue 1, parce qu’en Ligue des Champions, après Valence, c’est le Bayern qui ramènera sa fraise au Grand Stade. Mais ça, Michel Seydoux s’en tape : « Notre quotidien, c’est la Ligue 1. »

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