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L’Euro 2000 est-il le plus gros échec des Pays-Bas ?

Par Douglas de Graaf
L’Euro 2000 est-il le plus gros échec des Pays-Bas ?

L’histoire des Pays-Bas sur la scène internationale regorge de déceptions, de rendez-vous ratés en finale de Coupe du monde (1974, 1978, 2010) et d’éliminations cruelles dans le dernier carré (Euro 1976 et 1992, Coupe du monde 1998). Frustrant ? Un euphémisme tant les Oranje ont souvent été la meilleure équipe sur le terrain. Une montagne de désillusions qui a atteint son paroxysme lors de l’Euro 2000 à domicile. Car si par le passé les Néerlandais ont pu buter sur des facteurs extérieurs (le feu sacré du pays hôte) ou endogènes (le parent pauvre des tirs au but), cette fois-ci, en 2000, toutes les planètes étaient alignées. Et même un Francesco Toldo cosmique n’aurait pas dû être de taille à empêcher la supernova orange de foncer vers sa deuxième étoile continentale.

L’Euro 2000 débute sur un paradoxe. À domicile, portés par une marée orange déchaînée et deux ans après leur ensorcelante Coupe du monde 1998 (défaite aux tirs au but contre le Brésil en demi-finales), les Pays-Bas sont donnés favoris de leur Euro. Logique ? Au vu de leur avant-Euro, pas vraiment. Les certitudes de 1998 ont été noyées dans une vase de onze matchs nuls (dont un joyeux bordel 5-5 contre la Belgique) en dix-sept matchs de préparation, tandis que le sélectionneur Rijkaard se présente à l’Euro sans avoir trouvé la bonne formule (quarante joueurs testés dans six systèmes tactiques différents). Après un succès fort heureux contre la République tchèque en ouverture de leur « poule de la mort » , les Oranje appuient sur la pédale d’accélérateur face au Danemark (0-3) et terminent en roue libre contre les remplaçants français (3-2). Le collectif est encore tâtonnant, le onze de départ fluctuant, Cruijff et les médias s’acharnent toujours sur les faiblesses de cette équipe, mais au moins Rijkaard a trouvé son système : le 4-4-2 naturel de 1998, tout simplement. Bergkamp est à sa place (devant avec Kluivert), les ailiers aussi (Zenden et Overmars), tandis que Cocu et Davids retrouvent du champ d’action au milieu.

Vivifiés, les locaux déglinguent la Yougoslavie (6-1) en quarts grâce notamment à un triplé de Kluivert. La machine est en route et les Oranje se gardent même d’exprimer tout excès de confiance. Supérieurs à l’Italie dès le coup d’envoi de la demi-finale, les Pays-Bas s’imaginent déjà en finale quand Zambrotta se mange un deuxième jaune dès la 37e minute. La suite appartient à l’histoire : deux penaltys bazardés dans le jeu (De Boer bute sur Toldo, Kluivert trouve le poteau), une incapacité à faire craquer des Azzurri acculés jusqu’au bout de la prolongation et un nouveau chef-d’œuvre de trois tirs au but viandés sur quatre lors de la séance fatidique. Auteur de trois arrêts sur six à onze mètres, le gardien de la Fiorentina Francesco Toldo est propulsé au rang de Garibaldi du nouveau siècle. Les Néerlandais, eux, n’ont plus que leurs yeux pour pleurer.

Une belle gueule de champion

Outre la cruauté du dénouement, ce foirage est un postulant crédible pour la palme du plus grand acte manqué de l’histoire des Oranje. Parce que le drame s’est produit en 2000 et non en 1974 ou en 1978, lorsque les Pays-Bas ne disposaient que d’une expérience limitée sur la scène internationale. Parce que c’est la quatrième élimination d’un grand tournoi aux tirs au but en huit ans. Parce qu’il s’est produit à domicile, porté par une génération exceptionnelle et arrivée à maturité après le socle en béton de 1998. Dans l’escouade de 2000, seul le vieux loup de mer Wim Jonk manque à l’appel par rapport à l’événement français. Le onze contre l’Italie ? Un quasi-copié-collé de celui aligné face au Brésil deux ans avant. 2000 devait être l’avènement d’une légion de généraux au firmament de leur carrière, officiant dans les meilleures escadrilles. Six titulaires du Barça (les frères De Boer, Kluivert, Cocu, Zenden, Reiziger), deux de la Juve (Van der Sar et Davids), deux d’Arsenal (Bergkamp et Overmars), avec Stam (Manchester United) et Seedorf (Inter) pour relever le tout. Un bataillon de 28 ans de moyenne d’âge, commandé par un frère d’armes (Rijkaard) à peine sorti du champ de bataille. Une armée efficace, et unie, pour une fois.

Car en 2000, le grand mal du pays semble rangé dans un tiroir, au moins provisoirement. D’ordinaire rongée par les ego, les mégalos et les clans Ajax/PSV/Feyenoord, l’équipe orange semble cette fois vivre en harmonie. Le profil de Rijkaard y est pour beaucoup, l’héritage d’Hiddink encore davantage. C’est ce dernier qui, avant France 1998, avait réussi à instaurer l’union sacrée sur la base d’un climat libertaire, condensé par un règlement intérieur strict. Un long fleuve presque tranquille qui suit son cours jusqu’au lendemain du quart de l’Euro 2000, quand Rijkaard veut déposséder Frank de Boer du brassard pour avoir trop fêté la raclée collée à la Yougoslavie. « On joue incroyablement bien, on est une famille heureuse… Pourquoi tu veux créer un conflit dans le groupe ? », réplique le défenseur central. Le futur coach du Barça cède, et la cohésion du collectif n’en ressort que renforcée.

Les tirs au but, la hantise nationale

Reste que le deuxième fantôme du pays, les tirs au but, continue de hanter le royaume. Et après tant d’éliminations actionnées par le croquemitaine des onze mètres, les Néerlandais n’ont visiblement rien appris. Après les deux échecs sur penalty dans le jeu, De Boer inaugure la séance des tirs au but face à l’Italie de la pire des manières avec une frappe de poussin en plein centre, Stam se met au niveau (dans un autre style) en envoyant un missile en tribunes, tandis que Bosvelt parachève le tout en trouvant facilement Toldo. Réaction du « sniper » De Boer : « Avant la séance, on savait déjà qu’on allait perdre ». Van der Sar aura beau jurer que les gammes avaient été répétées (avec succès) à l’entraînement, certains pontes restent sceptiques. Gyuri Vergouw est de ceux-là. Spécialiste des penaltys, auteur d’un livre consacré au sujet qu’il avait remis aux Oranje avant le tournoi, il certifiera au média NRC que staff et joueurs ne l’ont même pas feuilleté, au vu du résultat.

Guère étonnant, selon lui, au pays du totaalvoetbal où l’exercice reste méprisé (Cruijff au premier rang) pour son antagonisme avec le « beau jeu » . Le dernier mot reviendra au défenseur remplaçant Bert Konterman, dans NRC : « On gagnerait à recevoir une préparation psychologique. Parce que tirer un penalty, c’est une pure quête mentale et on a encore bloqué au moment crucial. » Ouf, les maux sont identifiés. Après la tragédie, encore une fois. En ne pointant qu’une partie du problème, encore une fois. Car après les échecs du passé récent, tout le monde se doutait au fond que les Oranje se présenteraient perclus de doutes devant Toldo. La vraie quête mentale soulignée par Konterman aurait surtout dû s’attaquer à l’autre fléau du pays : le fait de dominer sans gagner. À onze contre dix pendant près d’une heure et demie contre l’Italie, les Néerlandais ont encore repoussé leurs limites dans l’exercice. Comme si le challenge proposé n’était pas assez excitant. Comme si l’affaire, déjà bien entendue à onze contre onze, était déjà pliée. Edwin van der Sar : « On manque d’une mentalité de tueur. » Bien vu.

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Par Douglas de Graaf

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