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Le Bayern du manque

Par Charles Alf Lafon
5' 5 minutes
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Le Bayern du manque

Avant de penser à ses retrouvailles avec son Barça nourricier, Herr Pep doit avant tout se concentrer sur sa maison depuis deux ans, son Bayern, décimé par les blessures et dans le creux de la vague.

Hommage du Camp Nou par ci, Thiago par là, « Messi est trop fort, on ne peut pas l’arrêter » … Assez logiquement, ce Barça-Bayern n’est presque abordé qu’à travers le prisme des correspondances. Quoi de plus logique quand l’entraîneur de l’un a joué quasiment toute sa carrière chez l’autre, avant d’en devenir peut-être le meilleur coach de l’histoire, au moins le plus titré, formant au passage peut-être le meilleur joueur de l’histoire (Messi, ndlr), au moins le plus titré individuellement. Quand ledit entraîneur a, en plus, rapatrié dans son nouveau point d’attache son fils prodigue et prodige (Thiago Alcántara, ndlr), dont le frère porte encore la liquette originelle. Voilà donc pour les gros titres, les choux blancs et gras. D’autant plus que le Barça surfe sur deux énormes victoires en Liga, 6-0 contre Getafe et 8-0 contre Cordoue, des équipes à la renommée certaine, alors que le Bayern s’est incliné contre Dortmund en Coupe en ratant quatre penalties (deux glissades et une barre de Neuer), et face à Leverkusen en Bundesliga avec une équipe bis. Emballé, c’est pesé, trop d’émotion, pression trop forte, logique de la série, le Barça va s’imposer. 4-0 même, disent certains. Rendez-vous compte, la stat est affolante, MSN a inscrit plus de buts que la majorité des équipes européennes. Sauf que Pep Guardiola est trop fier, et surtout trop intelligent pour s’avouer vaincu. Il se battra, avec toutes les armes à sa disposition. Malheureusement pour lui, elles sont bien peu nombreuses.

Tchao médecin

Cette saison, le Catalan n’a jamais pu compter sur un groupe au complet, devant bien souvent redoubler d’ingéniosité pour monter des compositions cohérentes, adaptées à l’adversaire. Tout le monde, ou presque, est tombé à un moment donné. De fait, seuls quatre joueurs n’ont pas raté de match à cause d’une blessure : Dante, Boateng, Bernat et Müller, ces trois derniers ayant été ménagés ce week-end. Même le cyborg Neuer a laissé sa cage à Reina quelque temps. De quoi profondément énerver Guardiola, qui s’en est pris au staff médical après la défaite à Porto, entraînant la démission d’Hans-Wilhelm Müller-Wohlfahrt, docteur-miracle en poste depuis à peu près quarante ans, et de son équipe, composée de son fils Kilian, de Lutz Hanse et Peter Ueblacker. Une démission expliquée dans un communiqué lapidaire : « Après la rencontre de Ligue des champions, le staff médical a été tenu pour principal responsable de la défaite, pour des raisons que l’on ne comprend pas. Le lien de confiance a été endommagé » . En même temps, comment faire confiance à un mec qui injecte des extraits de crêtes de coquelets, sang de veau et miel à ses patients ? Toujours est-il qu’à l’heure d’affronter « son » Barça, Pep ne peut compter sur Alaba, Badstuber, Ribéry, Robben, Starke (mais on s’en fout) et même Rode. Lewandowski est aussi incertain, après s’être fait casser la gueule contre le BVB (vengeance !), annoncé non-partant par Sammer le lendemain, avant de poster des photos de lui masqué sur Twitter, puis en tenue par le Bayern lui-même.

La victoire par soi-même

Alaba, Badstuber, Rode, Ribéry, Robben donc. À l’échelle du Barça, cela donnerait Alba, Mathieu (lui aussi cassé), Rafinha, Neymar, Messi. Assurément, avec Adriano, Pedro et disons Xavi (Iniesta à gauche), l’invincible armada de Luis Enrique ferait moins peur. Comment se battra alors le Bayern, privé de la plupart de ses solutions ? Neuer devra oublier son penalty sur la barre. Les latéraux ? Pas de problèmes, il n’y en pas d’autres : Rafinha continuera à droite de faire oublier le Lahm d’avant, et Bernat marquera des points de l’autre côté dans la course à la Roja. Dans l’axe, sacré dilemme. Boateng, reposé ce week-end, véritable patron cette saison dans la lignée de sa finale de Coupe du monde, suffisamment rapide pour suivre, sera de la partie. À ses côtés, mystère : Dante est une erreur ambulante, Benatia une énigme d’inconstance, Javi Martínez, tout juste de retour et pas forcément à son avantage face à Leverkusen. Milieu de terrain, clef de voute de l’édifice guardiolesque, il reste quatre hommes valides qui devraient tous être alignés : Xabi Alonso, Schweinsteiger, Thiago et Lahm. Non sans conséquence : seul le capitaine court dans le tas, Thiago peut craquer mentalement, Barbe Rousse et Basti sont beaucoup trop similaires. En plus, aucun n’est à 100%, soit revenant de blessure, soit lessivé. Devant, si milieu à quatre il y a, trois joueurs – et puis Pizarro -, mais seulement deux places pour Müller et « Robin » Lewandowski, Götze étant transparent en ce moment. Sans ailiers donc, a fortiori français et surtout hollandais, si nécessaires à l’implosion du système défensif blaugrana, comme l’a prouvé la démonstration heynckesienne. Le Bayern s’avance donc pour cette confrontation avec une équipe d’axe et des latéraux qui ne sont plus les meilleurs du monde. Un schéma potentiellement fatal, mais aussi salvateur. Contre le Real de l’an dernier, fantastique équipe de contre finalement pas si éloignée du Barça enriesque, les Bavarois s’étaient cassé les dents avec leur équipe type trop offensive. Et s’il fallait simplement battre le Barça en jouant comme sa précédente incarnation ? Après tout, Guardiola en est capable.

Lionel Messi : immortal combat

Par Charles Alf Lafon

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