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La possibilité d’un Lille

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La possibilité d’un Lille

En gagnant ce soir face à Sochaux, le Losc serait officieusement champion de France. Mais l'affaire n'est pas pliée car la plus belle équipe de la saison va devoir affronter la plus belle équipe du moment.

Marco Simone est peut-être un lover dans sa vie privée mais quand on cause ballon, le bonhomme n’est pas romantique pour un sou. Selon l’Italien, il faut arrêter de maintenir un faux suspense : Lille va être champion dès ce soir. Pragmatique… mais pas mathématique. Avec six points d’avance en cas de succès face à Sochaux, Rio Mavuba et sa bande seraient encore à la merci d’un retour de l’OM au cas où les Dogues prendraient deux ratatouilles soignées lors des deux dernières journées en admettant que les Phocéens fassent le plein en retrouvant une attaque de malade… Bon ok, ok, Marco a raison, faut pas se la raconter : une victoire sur les Doubistes et les Nordistes renoueront avec le titre cinquante-sept ans après leur dernier sacre. « On sait qu’on peut doublement marquer l’histoire, assure Yohan Cabaye. Nous n’en sommes pas très loin mais il faut encore fournir de gros efforts. D’ailleurs, si nous étions très heureux après la victoire en Coupe de France, nous nous sommes tout de suite dit qu’il y avait un truc énorme à faire » . Reste à savoir si les Lillois ont dessaoulé de la double biture du week-end, après la victoire en Stade de France face au PSG en finale samedi soir (1-0) puis le lendemain devant leur poste de télé en matant la nouvelle plantade de l’OM à Lorient (2-2). Deux orgasmes à la suite, ça éreinte et bander une nouvelle fois pour un nouveau coup de rein demande un minimum de récupération.

Les Dogues et leurs doubles

Car en face, Lille va se frotter à l’équipe la plus hot du moment. Sochaux est invaincu depuis sept journées (cinq victoires) et reste sur deux avoines collées à Bordeaux (4-0) et Monaco (3-0). D’accord, on peut patienter encore un peu avant de faire de l’équipe de Francis Gillot la nouvelle héritière du Barça (une de plus). Mais il y a quelque chose d’un élan chez les jeunes Lionceaux plus que jamais en course pour une sixième place qualificative en Ligue Europa, emmenés par l’épatant Marvin Martin qui, du haut de ses vingt-deux printemps, a quelque chose d’un Xavi dans sa gourmandise à abreuver en (bonnes) passes ses jeunes partenaires (seize déjà cette saison). Une denrée rare ce Martin à une époque où le foot consacre plus que jamais les fous du scoring pour ressembler de plus en plus à « un sport individuel qui se joue à onze » selon la formule de Bernard Tapie dans les années 90. En ce sens, regarder Sochaux est un pur régal : mobilité, justesse et simplicité. C’est vrai que ça ressemble au portrait-robot d’une équipe bleu et grenat qui ravage quelques territoires en ce moment. Cela pourrait être aussi bien la fiche signalétique de Lille. Car si Marco Simone et quelques autres probablement annoncent autant les Dogues être titrés dès ce soir, il faut autant y voir un pronostic qu’une envie partagée par le plus grand nombre.

Le placebo lillois

Il faut dire les choses comme elles sont, le LOSC figure une sorte de baume adoucissant sur un football français qui sort de dix-huit mois proprement cataclysmiques. De la main de Thierry Henry en novembre 2009 à la récente affaire des quotas, en passant par Knysna, les primes, le conflit juridique avec Domenech et cette dernière pépite de Boghossian acceptant d’aller faire le clown en Tchétchénie et d’en revenir avec une montre sertie de diamants aussi chère que grossière, le foot hexagonal vit des heures sombres. Et ce n’est pas faire injure aux Marseillais que de dire que leur couronnement l’an passé n’avait pas exactement consacré le beau jeu qui aurait permis de souffler un peu. En ce sens, la fraîcheur lilloise aura fait office de véritable bouffée d’oxygène tant au niveau de l’esprit que du jeu proposé. A une époque où la France du ballon rond a fini par être caricaturé sur les cendres de 98 (un football défensif devenu trop défensif, une terre black-blanc-beur perçue trop black et beur) en lorgnant jalousement de l’autre côté des Pyrénées, le LOSC, par sa jeunesse, sa simplicité et son jeu, représente une manière d’espoir. Peut-être fictif. Mais parfois, un placebo, ça peut faire énormément de bien. Même si ça ne soigne pas.

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