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La LFP et la lutte contre les discriminations : un numéro d’équilibriste

Par Alexis Rey-Millet
5' 5 minutes
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La LFP et la lutte contre les discriminations : un numéro d’équilibriste

La LFP avance sur un fil. Scrutée de tous les côtés dans son combat contre les discriminations dans le foot, chaque pas qu’elle fait provoque une vague de réactions, bien que ces dernières émergent souvent de positions opposées. Le nouveau dispositif mis en place par la Ligue sur le flocage des joueurs ce week-end ne déroge pas à la règle, mais l’initiative est saluée par les acteurs.

Quelques semaines après l’annonce de l’abandon des couleurs arc-en-ciel sur les maillots pour la journée mondiale de lutte contre l’homophobie, la LFP a dévoilé une initiative inédite à laquelle ont participé les clubs de première et deuxième divisions ce week-end. Afin de sensibiliser aux discriminations, les tuniques des joueurs ont été floquées avec le nom d’une personne victime de racisme, de sexisme, d’homophobie ou d’antisémitisme, dont le témoignage a été recueilli par une des associations partenaires de la Ligue. Une campagne réalisée en collaboration avec plusieurs associations et décriée par les partisans d’un football apolitique, mais aussi par ceux qui accusent la LFP d’avoir cédé face à l’homophobie rampante. Au gré des saisons et des polémiques, la Ligue cherche encore la bonne formule pour lutter contre les discriminations. Mais existe-t-elle seulement ?

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Over, the rainbow

Pour comprendre les tenants et aboutissants de ce nouveau dispositif, il faut remonter (au minimum) sept ans en arrière. En 2019, la LFP instaure une opération spéciale pour la journée mondiale contre l’homophobie, le 17 mai, en partenariat avec plusieurs associations. À cette occasion, les couleurs arc-en-ciel du drapeau LGBTQ+ apparaissent sur le brassard des capitaines, puis, au fil des ans, sur les numéros des joueurs et le badge de la Ligue. Non sans polémiques, vous l’aurez compris.

Avant, on ne parlait que des quelques joueurs qui s’opposaient au dispositif, mais on n’a jamais remercié les centaines d’autres qui défendaient la cause.

Yoann Lemaire, président de l’association Foot Ensemble

Durant les six années d’existence de cette opération, plusieurs joueurs refuseront, ouvertement ou non, d’arborer les couleurs arc-en-ciel. La première polémique remonte à 2022, lorsque le Parisien Idrissa Gueye loupe le match face à Montpellier et son flocage coloré, invoquant des « raisons personnelles » pour justifier son forfait. Il sera en vérité l’un des premiers d’une longue lignée à boycotter la journée de championnat contre l’homophobie, suivi par les Toulousains Moussa Diarra, Saïd Hamulić et Zakaria Boucher, sans oublier le récidiviste nantais Mostafa Mohamed, qui refusera de participer à trois reprises. Au-delà de ces cas qui avaient fait couler beaucoup d’encre, il faut aussi dire que l’immense majorité des joueurs jouaient le jeu chaque année.

Bien que la LFP, plusieurs associations de lutte contre l’homophobie et la ministre des Sports aient condamné le comportement des « dissidents », ces derniers ont tout de même bénéficié du soutien de nombreux internautes et d’une partie de la planète foot. En guise de plaidoirie, certains invoquent le respect des convictions personnelles, quand d’autres dénoncent l’influence du « lobby LGBT ». Bref, cette journée de championnat contre l’homophobie faisait parler, mais pas forcément pour les bonnes raisons.

Mettre des prénoms sur les victimes

Le couperet est finalement tombé le 11 mars 2026. Après six années à essuyer les polémiques, la LFP décide de mettre fin à son opération annuelle contre l’homophobie au profit d’un nouveau dispositif qui rassemble sous une même bannière plusieurs luttes. À l’occasion de la 31e journée de Ligue 1 et de la 32e de Ligue 2, 34 prénoms de personnes victimes de discriminations ont remplacé le patronyme des joueurs sur les maillots — à l’exception de ceux du Havre. Un changement de cap brutal, perçu comme un abandon par différentes associations de lutte contre l’homophobie, telles que Rouge direct ou PanamPride. Dans un communiqué interassociatif, elles dénoncent un choix qui « semble se porter sur l’invisibilisation de l’homophobie comme discrimination particulièrement prégnante dans le football, pour la noyer dans un fourre-tout des discriminations ».

Si on a pu apporter un petit signal aujourd’hui avec cette initiative, on est contents.

Breel Embolo

Mais au siège de la LFP, on estime pouvoir mobiliser davantage avec une opération plus consensuelle, qui recentre le débat sur les victimes et leurs récits. « Avant, on ne parlait que des quelques joueurs qui s’opposaient au dispositif, explique Yoann Lemaire, président de l’association Foot Ensemble (partenaire de la LFP), mais on n’a jamais remercié les centaines d’autres qui défendaient la cause. » À l’issue de la journée de championnat, l’opération semble d’ailleurs plutôt bien accueillie par joueurs et entraîneurs, à l’image d’Antoine Kombouaré ou d’Estéban « Inès » Lepaul, qui salue « une bonne initiative », susceptible de « toucher tout le monde au quotidien ».

Même son de cloche chez son compère d’attaque rennais Breel Embolo : « Si on a pu apporter un petit signal aujourd’hui avec cette initiative, on est contents. Si on peut aider, c’est avec plaisir. » Un peu plus tôt, Franck Haise avait également salué que « le modèle choisi permette qu’il n’y ait pas de polémiques et que ça serve à parler de la lutte contre les discriminations. Ce qui compte, c’est de lutter contre toutes ces discriminations. Il faudrait en parler tout le temps, tous les jours. » De son côté, le milieu de terrain du LOSC Ngal’ayel Mukau estime que « ça fait partie du jeu », avant d’ajouter : « On nous a demandé de le faire, donc on l’a fait. »

Alors, le message est-il vraiment passé ? Si le nouveau dispositif cherche à mettre en avant les victimes, leur anonymisation et les quelques bribes de témoignages lâchés dans le cadre de la campagne ne nous permettent pas de résonner intimement avec leur vécu. La stratégie de la LFP pose alors une problématique transversale à n’importe quelle campagne de communication : peut-on faire du bruit sans faire de vague ? À vouloir éviter les polémiques, la dernière opération de la LFP ne prend-elle pas le risque de passer sous les radars ? Seul l’avenir pourra donner raison, ou non, à la Ligue, qui devrait reproduire cette journée la saison prochaine et les suivantes. La quête de la formule idéale continue, pendant que le racisme, l’homophobie, le sexisme et bien d’autres discriminations continuent de sévir dans les tribunes, comme en dehors.

Wahi always him

Par Alexis Rey-Millet

Tous propos recueillis par ARM, CG et TM

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