On choisit rarement sa famille, mais on peut parfois choisir sa sélection. Et le football, ce grand scénariste un peu lourdingue quand il s’y met, adore placer deux frères ou deux sœurs sur le même terrain avec deux hymnes qui ne sonnent pas vraiment pareil. Les frères Doué pourraient découvrir ce scénario demain, avec France-Côte d’Ivoire à Nantes. Mais ils ne seraient pas les premiers à vivre ce grand moment de gêne familiale en mondovision.
Jérôme et Kevin-Prince Boateng
Allemagne-Ghana, Coupes du monde 2010 et 2014. La Coupe du monde adore les moments iconiques mais en 2010, puis en 2014, elle en a réservé une belle. Deux demi-frères face à face sur la plus grande scène du football. Jérôme Boateng sous les couleurs de l’Allemagne, Kevin-Prince Boateng sous celles du Ghana. Même nom, même père mais pas le même pays. Le premier duel, en Afrique du Sud, se termine par une victoire allemande 1-0. Quatre ans plus tard, au Brésil, la FIFA remet le couvert, comme un oncle qui insiste pour raconter la même blague à chaque Noël. Cette fois, ça fait 2-2. Dans le genre : «Maman, papa, j’ai joué contre mon frère en Coupe du monde», difficile de faire plus grandiloquent.
Granit et Taulant Xhaka
Suisse-Albanie, Euro 2016. Bon, ce n’était peut-être pas l’affiche que tout le monde avait cochée avant l’Euro 2016. Et pourtant, il y avait de très bonnes raisons de ne pas manquer cette rencontre. Un match à Bollaert, à guichets fermés, avec des racines kosovares un peu partout sur la pelouse. Et au milieu de tout ça : Granit Xhaka d’un côté avec la Suisse, Taulant Xhaka de l’autre avec l’Albanie. Deux frères, deux sélections, une mère qui est probablement le cœur le plus sollicité du Pas-de-Calais ce jour-là. La Suisse s’impose 1-0. Granit est élu homme du match, Taulant repart avec la défaite. À la maison, on imagine que personne n’a trop insisté sur le débrief pour ne pas froisser Taulant.
Cristian et Álex Roldán
États-Unis-El Salvador, qualifications pour la Coupe du monde 2022.Chez les Roldán, on a trouvé une manière très américaine de rendre la rivalité fraternelle encore plus bizarre : jouer dans le même club toute l’année, puis se séparer au moment des fenêtres internationales. Cristian Roldán représente les États-Unis ; Alex Roldán, lui, a choisi le Salvador. Et tous les deux évoluent aux Seattle Sounders. Les deux frères se retrouvent face à face en septembre 2021, lors des qualifications pour la Coupe du monde 2022. Alex démarre le match, Christian commence sur le banc. Tout semblait donc parti pour priver la famille du moment attendu, jusqu’à ce que Brenden Aaronson demande à sortir. Christian entre à la 78e minute, et voilà les deux frères sur la même pelouse, mais pas du même côté. Le match se termine sur un 0-0. Un score idéal pour ne vexer personne au prochain barbecue familial.
Sabrina et Monica Flores
États-Unis-Mexique, Coupe du monde U20 2016.Être deux sœurs et ne pas jouer pour la même sélection, c’est déjà quelque chose. Être deux sœurs jumelles et ne pas jouer pour la même sélection, c’est encore plus fort. Sabrina Flores porte le maillot des États-Unis ; Monica, elle, a choisi le Mexique. Deux sœurs, deux sélections, et ce bon vieux États-Unis-Mexique qui, pour une fois, ne se résume pas à un débat sur un mur en construction permanente par le blond de la Maison-Blanche. Les deux s’affrontent en 2016, lors de la Coupe du monde féminine U20. Et à la fin, les images sont belles à voir : Sabrina console sa sœur après la victoire des États-Unis 2-1. Les hymnes différents, c’est une chose. Le lien du sang, ça, on ne peut pas vraiment le retirer à la VAR.
Jack et Tyler Fletcher
Angleterre-Écosse, amical U16 2023. Être le «fils de», c’est déjà quelque chose. Être «fils de», avoir un frère jumeau et ne pas jouer pour le même pays que lui, là, il faut presque applaudir. Comme leur nom l’indique, Jack et Tyler Fletcher sont les fils de Darren Fletcher et pas de Steven Fletcher (les Marseillais vous pouvez souffler). Le père est écossais, mais l’un de ses fils a visiblement décidé de compliquer les repas de famille. Jack Fletcher joue avec les équipes jeunes de l’Angleterre. Tyler, plus fidèle au drapeau paternel, a choisi la Tartan Army. Lors du match opposant les deux frères, les Three Lions s’imposent 3-0. Et Darren Fletcher se retrouve devant le genre de dilemme qu’aucun parent n’a envie de vivre : applaudir son fils anglais sans trahir la mère patrie, ou consoler son fils écossais sans trahir son fils anglais.
Désiré et Guela Doué
France-Côte d’Ivoire, amical 2026.Les frères Doué pourraient donc bientôt rejoindre cette drôle de collection. Deux enfants d’Angers, tous les deux formés à Rennes, évoluant dans deux clubs différents et deux sélections différentes : le casting est parfait. Le duel a déjà eu lieu en Ligue 1, mais il ne manque plus qu’une chose : France-Côte d’Ivoire, avec les deux sur la même pelouse. On imagine déjà les caméras braquées sur les parents, les commentateurs ressortant trois fois la même phrase «Désiré Doué qui joue contre son frère Guela Doué» et les plans de coupe un peu appuyés dès que l’un des deux touche le ballon. Le football adore ce genre de scénario. Les familles, un peu moins.
Bonus carabine :
Fabien et Émilien Claude contre Florent Claude
France-Belgique, mais avec des skis et un pas de tir. D’accord, ce n’est pas du foot. Mais franchement, comment refuser une fratrie qui a réussi à transformer le biathlon en réunion de famille ? Chez les Claude, il y a Fabien et Émilien avec la France, et Florent avec la Belgique, qu’il représente depuis 2017 après avoir d’abord grandi dans le biathlon français. Résultat : ça fait beaucoup de prénoms, et quand les trois se retrouvent sur une même Coupe du monde, ça donne une sorte de France-Belgique permanent. Sauf qu’au lieu de parler de seum, on compare les temps de ski et le nombre de fautes au tir.
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