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Kluivert à Lille : on n’attendait pas le vrai Patrick

Par Adrien Hémard-Dohain
Kluivert à Lille : on n’attendait pas le vrai Patrick

Cet été pendant le mercato, So Foot revient chaque jour de la semaine sur un transfert ayant marqué son époque à sa manière. Pour ce 43e épisode, retour sur une surprise du mercato estival 2007 : l'arrivée au LOSC de Patrick Kluivert, alors âgé de 31 ans, pour un dernier tour de piste, qui - comme prévu - ne marquera pas franchement les esprits sur la pelouse. Un peu plus en dehors.

Au rayon des panic buy, on a vu pire comme choix. Le 31 août 2007, le LOSC de Claude Puel est en quête d’un buteur. Orphelins de Keïta et Odemwingie, les Dogues n’ont planté que cinq buts sur les six premières journées de Ligue 1. En plus de ce manque d’efficacité criant, les dirigeants lillois veulent résoudre un autre problème : combler le manque d’expérience d’un effectif assez jeune, qui émerge alors – avant de connaître son apogée quatre ans plus tard, sous la houlette de Rudi Garcia. C’est alors que l’on souffle un nom à l’oreille du président Seydoux : Patrick Kluivert, légende néerlandaise du Barça qui, à 31 ans, veut se relancer. Banco !

Un géant du Nord

« On nous l’a proposé, reconnaît aujourd’hui Claude Puel, Patrick avait envie de prolonger sa fin de carrière. C’était tout à fait accessible pour nous au niveau financier, pour lui c’était l’opportunité de faire une dernière pige parce qu’il aime le foot et qu’il avait encore envie de jouer » . L’attaquant batave arrive en effet libre au domaine de Luchin, et accepte de voir son salaire indexé sur ses performances. « On s’est dit que ce type pouvait fondamentalement correspondre à ce dont on avait besoin pour aider Claude Puel à insuffler son exigence du haut niveau », explique Jean-Michel Vandamme, dirigeant historique du LOSC. Alors à la tête du centre de formation, il poursuit : « Il avait une valeur d’exemple forte et remarquable, même si les performances sur le terrain n’étaient pas celles de ses grandes années. Sa simple présence a validé le changement de dimension du LOSC, qui ne voulait plus être un club qui joue le maintien. »

En cette fin d’été 2007, alors que Lyon domine sans partage la Ligue 1, Patrick Kluivert est avant tout un symbole de la montée en puissance des Lillois. Même Claude Puel, architecte de ce projet, le concède : « Pour venir au LOSC à l’époque où l’on ne jouait pas les premières places, avec un petit budget, c’est qu’il aimait vraiment le foot. C’était extraordinaire pour les joueurs de côtoyer ce grand joueur, bien qu’en fin de carrière » . Sur le plan sportif, le pari est beaucoup plus risqué. Depuis son départ libre du Barça trois ans plus tôt, Kluivert multiplie les blessures et les saisons décevantes, que ce soit à Newcastle (37 matchs, 13 buts), Valence (16 matchs, 2 buts) et au PSV Eindhoven (21 matchs, 3 buts). A chaque fois non conservé par les clubs après une seule saison, c’est donc un joueur fragile qui arrive au LOSC.

« Physiquement, il faisait attention. Il a beaucoup travaillé, il a été surpris de notre préparation. On était allé au Touquet, où l’on faisait un rallye d’abord à pied en course d’orientation, puis en vélo et enfin en barque dans l’estuaire. Il fallait aller le plus vite possible, Patrick n’avait jamais vu ça, il râlait dans sa barque. Il n’avait pas connu ça à Barcelone (rires) », se souvient Claude Puel. Clairement en surpoids à son arrivée, le Néerlandais se met à la planche, et finira par perdre 15 kg. Ce qui ne suffira pas à lui redonner sa puissance : « On a bénéficié de sa technique, de sa vista, même s’il ne pouvait pas être titulaire à tous les matchs. Il était encore très intéressant, que ce soit sur le terrain ou sur le banc », relativise Puel, qui alignait souvent l’attaquant en milieu offensif : « On le faisait jouer plus bas parce qu’il aimait bien décrocher entre les lignes, se projeter, c’était un joueur complet. Sa technique, sa vision du jeu, c’était magnifique ». Avec un bilan de 4 buts en 14 matchs, et aucune passe décisive, difficile de dire que le passage de Kluivert au LOSC a été une franche réussite. Pourtant, tout le monde s’accorde pour dire qu’il s’agissait bien d’une bonne idée, qui a porté ses fruits.

Une légende à taille humaine

« Oui, il avait un peu perdu de sa superbe, mais il est aussi venu à Lille pour amener ce qui nous manquait : de l’expérience du haut niveau, sa connaissance du foot, sa sagesse. Il a su se faire apprécier en tant qu’exemple, il a montré ce qu’était un véritable professionnel dans son attitude dans le vestiaire, son comportement, et avec beaucoup d’humilité », rappelle Vandamme. Malgré son CV, Kluivert met un point d’honneur à se montrer accessible à tous lors de son année à Luchin, que ce soit dans le vestiaire ou les couloirs de l’ancienne ferme devenue centre d’entraînement : « Il était proche de tout le monde. Ce qui prouve que même les grands noms peuvent être d’une grande gentillesse », note Vandamme. Sur la pelouse – plus souvent à l’entraînement qu’en match -, Kluivert multiplie les conseils, et les gestes de classe.

« C’était magnifique de le voir tous les jours, quand il touchait le ballon c’était fantastique. Il avait une vision, une qualité technique… », salive encore Puel, qui explique les limites physiques du joueur : « Il avait des problèmes au genou, il avait du mal à freiner, sur les changements de rythme, parce qu’il était en bout de carrière. Mais dès qu’il touchait le ballon, il éclairait le jeu ». Lumineux sur le terrain d’entraînement, plus que sur ceux de Ligue 1, Patrick Kluivert aura surtout contribué à mettre la lumière sur le LOSC. Pour Jean-Michel Vandamme, il a même une part dans la réussite du projet lillois : « C’est évident qu’il a participé au développement, à la construction du nouveau LOSC, dont Claude Puel a été le grand bâtisseur, avant que Rudi Garcia ne prenne la suite ». Et que Kluivert ne prenne sa retraite.

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Par Adrien Hémard-Dohain

Tous propos recueillis par AHD.

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